‹ Le chemin des écoliersChapitre 35 sur 245 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

placé en dessous, à la place du pêne, et qui glisse facilement dans la gâche. Par ce moyen si simple on évite ces verrous massifs qui encrassent et fatiguent les chambranles de nos portes.

Immédiatement je pris note de ma serrure.

Ma chambre est à la fois décorée d'un poêle et d'une cheminée. La cheminée ressemble à toutes les cheminées et ne mérite aucune remarque particulière. Il n'en est pas ainsi du poêle. Étroit et grêle , montant du parquet au plafond , comme un pilastre de faïence, que fait-il là, engagé dans la muraille? Je ne lui découvre d'autres ouvertures, de mon côté, que des bouches de chaleur. On l'allume (et c'est là ce que je glorifie en lui! }, on l'allume en dehors, par la galerie qui règne le long des chambres. Si vous mettez à profit cette excellente invention, mes chers compatriotes, je ne regretterai pas ma station forcée à Carlsruhe ; vous ne risquerez plus de voir votre domestique venir, le matin, troubler et enfumer votre sommeil. Après une nuit froide ou humide, vous vous réveillerez, comme par enchantement, au milieu d'une douce atmosphère , et si vous jugez à propos de faire flamber votre cheminée, ce sera seulement par sybaritisme et pour vous réjouir la vue.

Quoique né curieux, très-curieux (c'est mon vice radical ; mais je lui ai dû tant de jouissances que l'heure du repentir n'a pas encore sonné pour moi), je signalerai moins honorablement cette petite glace oblique placée en dehors de la vitre, et commune à toutes les maisons de Carlsruhe , meuble commode , distrayant, mais immoral , qui vous met à même de voir sans être vu, et livre à votre merci les mystères de la voie publique. Il présente toutefois cet avantage

réel. Un visiteur vous arrive; prévenu par votre espion, vous avez tout le temps nécessaire pour vous préparer à le recevoir convenablement, et mieux encore, si c'est un fâcheux ou un créancier , pour lui' faire défendre votre porte.

Après ce mûr examen de mon mobilier, n'y trouvant plus rien à relever , la main sur la conscience , à mon poêle en pilastre je donne le premier prix, le second à la serrure à verrou et au pêne horizontal ; quant à la glace oblique, je la mets hors de concours.

A mon retour à Paris , cependant, il se pourrait bien que j'en fisse orner les deux côtés de la fenêtre de mon cabinet , qui donne sur la rue A^endôme.

Pour m'essayer au jeu du miroir, tout en faisant ma barbe devant la croisée, je jette de droite et de gauche un regard dans ma double glace; de droite et de gauche le joli boulevard d'Ettlingen se développe à mes yeux dans une partie de sa longueur.

Comme M. de Chamilly sur le pont de Baie, je ne vois d'abord que des paysans et des moutons , des vieilles femmes et des ânes qui passent. Attendez !... Sur les bas cotés de la route quelles sont ces filles blondes, traînant après elles de petits chariots semblables à des chariots d'enfants? Ce sont les laitières du pays. Ici, Perrette ne porte plus son pot au lait sur sa tête; elle peut rêver à son aise, si rêver lui est doux , sans crainte de voir , sous une cabriole , s'écrouler ses châteaux en Espagne.

Parmi ces blondes filles, j'en remarque une; avec plus de nonchalance, mais aussi avec plus de grâce que les autres, elle tire à elle son petit chariot, laissant volontiers ses compagnes la devancer. Demeurée en arrière de la bande, elle s'arrête. Un grand gar-

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