‹ Le chemin des écoliersChapitre 37 sur 245 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

jouer la pompe pour se désaltérer à un mince filet d'eau, si mince qu'il est forcé de s'y reprendre à diverses reprises pour étancher sa soif, il arrive enfin au tas de briques , le but de sa promenade. Il en prend six, pas davantage ! et, d'un véritable pas de flâneur, les porte aux ouvriers. Alors , se croisant les bras , témoin impassible, j^ assiste au scellement des six briques. Quand il se décide à reprendre son tranquille mouvement de va-et-vient, c'est le tour des ouvriers de se croiser les bras , en attendant que leur approvisionneur de briques ait fait retour vers eux. Il est rare que le jeune manœuvre passe devant la petite fontaine s'en s'y désaltérer de nouveau, et pas un reproche ne lui est adressé , pas une parole excitante , pas un geste d'impatience ne le troublent dans son indolence, tant les allures engourdies sont dans les habitudes de tous.

Troisième tableau ! Parfois , à la lenteur de l'individu vient s'ajouter la complication des moyens. J'ai déjà parlé du garçon baigneur servant dans son haden, voyons-le portant à domicile.

Une grande voiture s'arrête devant votre logis ; vous y voyez figurer douze petits tonneaux, bien bondés. Étranger, français , vous croyez à l'arrivée du brasseur, avec ses quartauts de bière; mais près des tonneaux est une baignoire : ceci vous éclaire. Le garçon de bain prend d'abord soin de son cheval; il l'examine ; si la course l'a mis en sueur, il le caparaçonne d'une couverture et l'empanache de quelques branches de feuillage, pour le garantir de l'importunité des mouches. Ces préliminaires indispensables achevés, après une petite causerie avec la servante, votre homme apporte la baignoire. Il retourne en-

suite à sa voiture , donne à son cheval quelques poignées d'herbes, et, si la maison est hospitalière, il le dételle et le conduit à l'écurie ; car , pour se dispenser d'une course nouvelle, il compte bien attendre que le client ait pris son bain pour rentrer en possession de sa baignoire.

Ceci fait, il se décide enfin à enlever un des petits tonneaux, le porte dans votre chambre, le débonde, ce qui parfois exige du temps si la bonde résiste; puis il verse le liquide, qui aussi en prend à son aise pour passer de la douve dans la baignoire. Cette opération , interrompue par une nouvelle causerie avec la servante, ou une nouvelle visite au cheval , doit se reproduire douze fois.

Généralement, il en résulte ce petit inconvénient qu'au lieu d'un bain chaud c'est un bain froid que vous prenez. Yoilà ce qui m'est arrivé à moi-même ce deuxième jour du mois de mai. Je n'ai pas de bonheur avec messieurs les garçons de bains.

Je ne donne point ici des tableaux de fantaisie, mais des tableaux photographiés sur nature. Patience! tel est le mot d'ordre que doit adopter tout Parisien voyageant dans cette partie de l'Allemagne.

J'en ai fini de mes observations ethnologiques. J'emploie ce mot grec avec intention ; il est fort à la mode.

Comme je sortais de mon bain, l'heure du dîner sonnait à ma pension bourgeoise.

A la table d'hôte, je me trouvai avec huit ou dix individus, tous parlant français ou s'évertuant à le parler. La maison ayant pour spécialité d'être le rendez-vous de la langue française, les Français et les Belges y viennent naturellement; quelques Badois

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