‹ Le chemin des écoliersChapitre 82 sur 245 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

« Ce matin, comme je flânais hors de la ville, rêvant à de grands projets dont je t'instruirai à moQ retour, une petite averse tombe à l'improviste. J'ai à peine eu le temps d'ouvrir le susdit parapluie, qu'une femme vient à moi et d'une voix suppliante : « Ah! monsieur, je vous en prie, rien qu'un instant! »

« Je comprends qu'elle m'implore en faveur de sa toilette menacée par l'averse. En galant chevalier, je lui offre mon bras, lui proposant de la reconduire à son hôtel. Nous n'avons pas fait cent pas : « Dieu! «mon mari! s'écrie-t-elle. Ah! monsieur! il est si a jaloux!... S'il nous trouve ensemble.... ^^

« Je m'empresse de me réfugier sous un arbre, lui laissant entre les mains l'objet en question. Le mari se présente, lui prend le bras à son tour, tous deux s'éloignent le plus paisiblement du monde, et le tour est fait.

ce Que dis-tu de ce vol au parapluie? La nouvelle est bonne, n'est-ce pas? d'abord pour toi. Tu auras enfin l'occasion, une fois dans ta vie, de te moquer justement de ma galanterie avec les dames; elle est bonne aussi pour moi, si heureusement débarrassé de ce meuble incommode et inutile. Je ne voyage qu'en voiture.

« Je ne t'en dirai guère plus aujourd'hui, dans le doute si ces quelques mots te trouveront encore à Marly. En tout cas, je compte sur Madeleine ou sur le vieux Jean pour te les retourner si tu as perdu patience à m'attendre. Je me reproche vivement de ne pas l'avoir écrit depuis ma malencontreuse arrivée à Garlsruhe. Tu dois me croire mort, mort assassiné par quelque brigand de la foret Noire. Rassure-toi; messieurs les brigands de la forêt Noire, à

Bade, leur quartier général, ont pu attenter à ma bourse, même à mon parapluie; quant à ma vie, non-seulement ils l'ont respectée, mais encore rendue douce et facile. Je te conterai cela de vive voix. Après-demain, lundi, je quitte Bade, que je n'ai pu me dispenser de visiter en passant. Adieu donc et à bientôt, mon cher Antoine; je commence à en avoir assez des voyages.

a Ton ami,

« Bade, 10 mai.

Œ PosT-scRiPTUM. Je rapporte quelques traditions assez curieuses du pays; cependant je n'ai plus l'esprit aux légendes. Tout bien examiné, tu as raison, ce sont là des passe-temps frivoles, parfois dangereux, tendant à fausser, à dénaturer l'histoire, à propager des erreurs nuisibles; j'y renonce. Une idée plus grave me préoccupe. Il se pourrait bien faire que, aussitôt mon retour en France, je me livrasse exclusivement à des travaux historiques. Oui, mon ami, oui; que veux-tu? je ne suis plus jeune; tu me l'as répété assez souvent pour que la conviction me soit venue. L'historien qui se respecte devant bien se garder de faire montre d'esprit et surtout d'imagination, ce rôle convient à mon âge, et me va sous tous les rapports.

« Antoine, je te vois écarquiller tes petits yeux et t'écrier : <f Historien, toi! toi, jusqu'à présentie zéla- « teur passionné du conte bleu! C'est impossible! « Comment une semblable idée a-t-elle pu te venir « en tète? »

Œ Eh! bon Dieu! cher ami, elle m'est venue comme

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