DEUXIEME PARTIE
manifesté par l'étranger. Elles n'entendaient point comme lui les sons d'une voix, le fantôme de l'officiant ne se mouvait point sous leurs yeux, mais d'autres effets, non moins étranges, leur révélaient l'apparition merveilleuse. Les plis de la nappe d'autel obéissaient aux mouvements d'un corps qui les frôlait en passant; le livre sacré s'ouvrait spontanément à l'endroit voulu ; ses signets multicolores semblaient d'eux-mêmes en retourner les feuillets; le bruit des harpes et des violes prenait un caractère plus distinct, plus expressif, comme pour accompagner le Pater et le Credo.
Les religieuses de Lichtenthal, acceptant franchement le miracle, tombèrent à genoux et joignirent leurs voix à cette voix mystérieuse qu'elles ne pouvaient entendre ; elles se levèrent, se prosternèrent selon la liturgie et répondirent ime//.
Ce fut là surtout un spectacle saisissant quand, au moment de l'élévation, devant cet autel, en apparence désert, sans qu'une main humaine se fût montrée, on vit s'ouvrir le tabernacle, quand l'hostie consacrée s'éleva, redescendit et disparut, après avoir touché les lèvres de cet officiant invisible.
Tous les témoins de cette scène étaient pâles d'émotion et de sainte terreur.
La messe terminée, on trouva le jeune margrave pantelant, collé contre la porte de sortie et la main au bénitier. Il avait voulu fuir, il n'en avait pas eu la force.
Lui-même confessa avoir vu l'abbé Bénédict, assisté de deux anges, officier devant l'autel.
Le procès était terminé.
C'est alors que, voulant perpétuer le souvenir de f-
cette musique céleste de harpes et de violes qui, ce jour-là, avait résonné sous les voûtes de Liciitenthal, la princesse Sibylle dota le couvent, à cette fin que, tous les dimanches et fêtes, les religieuses y jouassent du violon. L'idée était digne de la pieuse et mondaine margrave.
Charles-Guillaume, le héros de cette histoire prodigieuse, est ce même prince qui, après la paix de Rastadt, renonçant à sa résidence de Dourlach, entreprit, en 1715, la fondation de Garlsruhe. Comme, de fait, l'Alcide-Cupidon était de mœurs fort galantes, je suis porté à croire que la forme en éventail de sa nouvelle capitale se rattache à quelque aventure amoureuse. Le roi d'Angleterre Edouard III avait fondé un ordre de chevalerie à propos de la jarretière de la comtesse de Salisbury, pourquoi le margrave Charles-Guillaume n'aurait-il pas fondé une ville en souvenir de l'éventail d'une autre belle dame quelconque, d'Allemagne ou de France ?
Je l'ai dit, je crois, ma dernière journée de Bade, je la voulais consacrer à mes recherches historiques sur le grand Louis-Guillaume.... Hélas!... hélas!,., je me présentai au Casino de Hollande ; il était fermé pour cause de dimanche.
Qu'allais-je faire de mon temps?
M. Heiligenthal, mon hôtelier, me conseilla avec un plein désintéressement d'aller dîner à Achern, petite ville assez importante située sur la route de Kehl. Le jour même s'y devaient réunir tous les orphéons, toutes les sociétés chorales et philharmoniques de l'Alsace et du grand-duché. En lui entendant