ME M OR
Avec le rythme lent des reflux sur la grève, De leur lèvre d'argent baisant le sable amer, La vague de tes seins vers l'invisible mer De mes anciens désirs emporte encor mon rêve.
Je les revois dressant à leur cime, sans trêve, Flots de nacre, la fleur de pourpre de ta chair. Et, dans leur bercement mélancolique et cher, Mon souvenir grisé revit l'heure trop brève
Où, mort vivant couché dans leur sillon vainqueur,
J'écoutais palpiter sous leur neige ton cœur !
— Naufragé du bonheur, de mon esquif sans toiles,
Je regarde s'enfuir, par le vent emporté,
Le fantôme divin de ta chère beauté.
Sous le ciel où tes yeux allument deux étoiles.
Pour charmer le regret qui, sans fin, me dévore, Je \eux chanter aussi la gloire de tes flancs, Rebondis et jumeaux, plus que la neige blancs, Polis, fermes et ronds comme ceux d'une amphore.
Comme aux treilles le pampre amer qui les décore, A leur noble contour, enlacés et sanglants, S'obstinent mes désirs, et de baisers plus lents La mortelle douceur monte à ma lèvre encore.
Rien qu'au ressouvenir des baisers abolis !
— 0 flancs jumeaux et plus que le marbre polis.
Vous êtes comme un temple assis dans ma mémoire.
Au-dessus de l'autel où, lévite altéré.
Sacrilège un instant j'ai bu le vin sacré iDans le calice d'or couvert de blanche moirci
L'ivoire transparent de ton beau pied que veine Un filet d'azur clair comme un ruisseau perdu Sous la neige, des bords d'un lac bleu descendu, Et qui roule en son cours un parfum de verveine
A dire ta blancheur la poésie est vaine, 0 pied d'Eve jadis par le serpent mordu, Et qui, baisant le sol sous tes pas étendu, L'effleure plus léger qu'un souffle sur l'avène.
Comme une fleur de sang sur ton chemin vainqueur, S'efl'euillant en désirs, s'est dispersé mon cœur; Et, comme un encensoir où brûle le cinname,
Devant le coussin d'or où mes vœux t'ont posé.
En adorations, dans le vent embrasé.
J'ai senti lentement se consumer mon âme !