A MADAME A. DUMONT
Entre deux bords étroits d'herbes hautes serpente L'eau claire où le martin-pêcheur s'en va plongeant ; Et, parmi les reflets vagues du ciel changeant, Le saule y vient baigner sa racine rampante.
On rencontre, en suivant son insensible pente, Maint îlot que fleurit un iris émergeant ; Et la fraîcheur du soir, sur les rides d'argent Aiguise les baisers de la brise coupante.
Solitude qu'emplit la chanson des oiseaux. J'aimais poursuivre, au cours verdoyant de tes eaux La perche aux flancs rayés comme ceux du phalène.
Mais j'arrêtais ina course et je restais pensif.
Quand descendait dans l'onde, au revers d'un massif,
L'image delà blanche et fière châtelaine.
DJALMA
Comme il l'avait surprise effleurant de sa bouche
Dans un baiser furtif une petite fleur,
Il avait deviné son crime à sa pâleur
Et, l'attirant à lui dans un geste farouche :
— Djalma, dit-il, un homme osa jusqu'à ma couche Elever son désir. Malheur à lui ! Malheur !
Ce fer de ton beau sang connaîtra la couleur Si tu me tais le nom dont la douceur te touche.
Trois fois, il lui dit : Parle ! Elle se tut trois fois.
Alors il enfonça dans sa gorge sans voix
Son couteau, puis sans pleurs contempla sa victime.
Son cœur avait raison de rester sans remord.
— Ceux-là sont des élus dont l'amour est la Mort, Puisqu'aimer, ici bas, est le devoir sublime!
JAPONNERIE
A YAMAMOTO
Par une soudaine avalanche L'hiver, semblant se rapprocher, Étouffe sous sa neige blanche, La neige rose du pêcher.
Les oiseaux blottis sous la branche En \ain cherchent à se cacher.
Et sur le lac gelé se penche Un canard d'or, triste nocher.
Comme une poudre d'étamine Un moineau rageur dissémine Du bec les flocons blancs dans l'air,
Pendant qu'à l'horizon de brume, Comme un espoir qui se rallume.
Le printemps met un frisson clair.
130 i,A CHANSON DES JOURS,