VICTOIRE DE LUNE
Un nuage obscur a couvert la lune.
Comme une infortune Recouvre la joie et l'espoir d'un cœur. Et, voilant soudain leur blanche lueur.
L'emplit d'ombre brune.
Autour du nuage, un rebord d'argent,
Fragile^ changeant.
Flotte faiblement, s'effrange, s'efface , Ourlet floconneux que la sombre masse
Brise en s allongeant.
y6 LE CHEMIN DES SAISONS.
Datis les champs douteux, seule une lagune.
Que borde une dune.
Conserve un reflet louche et ynenaçant.
Comme dans la nuit d'un cœur impuissant
Luit une rancune.
Mais le globe clair, de V ombre émergeant.
Ressort, propageant Un coup de clarté qui court, s'épand, passe. Et par 7%appes d'or traverse l'espace.
En le submergeant.
GALATEE.
à Frédéric Boniol.
Le l'ieux pommier était tout enflammé de pommes,
Mais ses plus bas rameaux, juste atteints par les hommes.
Pour elle étaient trop hauts, et l'on dressa l'édulle.
Elle laissa rouler à terre son ombrelle ;
Elle bondit, légèi'e , et bientôt jusqu'aux hanches.
Fut perdue au milieu du feuillage et des branches.
Son visage brillait à travers les ramures
Qu'illuminait l'éclat ardent des pommes mûres;
Son coude nu sortait de ses manches ouvertes,
Ses mains blanches jouaient parmi les feuilles vertes.
Où se jouaient aussi des rayons de soleil;
Et son bras paraissait plus pale ou plus vermeil ,
yS LE CHEMIN DES SAISONS.
Selon que la lumière ou l'ombre le touchaient. De temps en temps, ses doigts agi/es détachaient Un globe rouge et or qui luisait dans sa main , Et quelle rejetait pers le panier mi-plein. Riant quand il allait dans l'herbe rebondir. On eût dit Galatée occupée à cueillir Les fruits qui voleront par dessus ses épaules. Quand elle s'enfuira vers le bosquet de saules. Ah ! pauvre Damœtas ! la bergère est gourmande , Car le tas s'accumule et la corbeille est grande !