LA PETITE VILLE
à Eugène Dugue.
Petite ville au bord du Jleuve ,
Qui, dans l'eau toujours jeune et neuve
Mires tes pignons vermoulus,
De mousse et de lierre couverte,
Tu mets ta sombre teinte verte
Dans le vert léger du reflux -,
Petite ville au bord du fleuve.
Petite ville au bord du fleuve.
Qu'il fasse soleil ou qu'il pleuve , Dans tes murs de lichen jaunis La même ombre triste t'habite; Dans ta tourelle décrépite Les noirs oiseaux ont fait leurs nids ; Petite ville au bord du fleuve.
Petite ville au bord du fleuve.
Un cheval désœuvré s'abreuve Sur ta berge sans un bateau ; Quelques vieillards à barbe grise S'en vont du banc de ton église S'asseoir au banc de ton château ; Petite ville an bord du fleuve.
Petite ville au bord du jleuve.
Se peut-il que rien ne t'émeuve De nos luttes , de nos propos ; Me voit-on pas, de tes ogives.
Les trains ardents fuir sur ces rives Et les vapeurs fendre ces flots , Petite ville au bord du fleuve ?
Petite ville au bord du fleuve.
Ton sommeil est-il à l'épreuve De l'écho de nos mille voix ; Une si lourde rouille a-t-elle Frappé de torpeur éternelle Les girouettes sur tes toits.
Petite ville au bord du fleuve
AUTOMNE. l35
Petite ville ûu bord du Jlewe , Des temps défunts tu semblés veuve.
Leur regret tient ton cœur glacé ; Mais tu t'éloignes comme un rêve.
Un pan de rochers gris f enlève.
Vision brève du passé , Petite ville au bord du fleuve.
l36 LK CHEMIN DES SAISONS.