‹ Le chemin des saisonsChapitre 62 sur 100 · SUR UNE VIOLE · texte numérisé non relu

SUR UNE VIOLE

à /Armand Ephraïin.

Si tu veux que je te console, A ton cœur dolent et blesse Je ne dirai pas de parole ; Car peut-être il fut offensé Par un mot pareil, prononcé D'une bouche fausse et frivole.

Qu'il reste triste et qu'il s'isole Dans son souvenir du passé; Comme, sous un arbre qui frôle Son front pâli, son front baissé, S'assied un voyageur lassé , Tandis qu'au loin le vent s'affole.

Je jouerai , sur une viole.

Un air très ancien et tissé D'une musique douce et molle.

Dont V accent est presque effacé.

Tant il vient d'un temps délaissé , Comme un lointain soupir de saule.

Et ton front qu'un regret désole.

Pareil au cher enfant bercé D'un chant de nourrice, qui vole Autour du blanc rideau plissé, Par cet air touchant caressé S'endormira sur mon épaule.

l58 LE CHEMIN DES SAISONS.

LA ROSE FANEE

à Henri Chamard.

La rose que tu m'as donnée S'est faite pâle et s'est fa^iée.

Mais non le sonveni?' du soir Où tu m^as donné cette rose , Oui, fanée et pâle, repose Dans ce coffret au vieux fermoir.

Quand tu l'as prise à ton corsage .

Ma lèvre effleura ton visage.

Et la rose fut ton aveu ; A ton corsage tu F as prise, Sur ma lèvre en feu tu l'as mise , Et ton aveu fut un adieu.

AUTOMNE. iSg

Le soir était tiède et humide , Quand passa ce baiser rapide Qui fut un adieu pour jamais ; Quand le soir est humide et tiède.

Ce rapide baiser m'obsède.

Et je songe que je t'aimais.

Mais, loin de la tienne, ma vie A pris la route qui dévie Vers la solitude et t ennui ; Mais ma vie est loin de la tienne ; Par quel chemin veux-tu que vienne Vers moi le bonheur aujourd'hui}

l60 LE CHEMIN DES SAISONS.

Page 1