CRÉPUSCULE SUR LA GRÈVE
à A. Dehon.
La mer, ce soir, est taciturne , Lourde, lisse, lasse, immobile.
Commue de l'huile dans une urne ; Et, dans le ciel déjà nocturne.
Un puissant nuage est tranquille.
L'horizon est voilé de brume , Qui dort dans un fond gris et rouge Où la fin du jour se consume ; Sauf lorsqu'une étoile s'allume , Rien , au ciel, ni sur mer , ne bouge.
l68 LE CHEMIN DES SAISONS.
Seule dajis l'immense étendue De la silencieuse grève , Une femme, de deuil vêtue.
Paisible comme une statue , Sur un rocher assise , rêve.
Son front sous son voile se penche , Ses mains, sur ses genoux croisées.
Tiennent entre elles une branche, Et sa robe aux plis noirs s'épanche Jusqu'à toucher les eaux bronzées.
La nuit, qui monte du rivage , De ses crêpes sombres la voile ; Bientôt de l'immobile image Rien ne reste que le visage.
Qui semble toucher wie étoile.
Puis il s'efface ; et rien n'exprime La tristesse qui s'accumule Au dernier ijistant qui supprime La figure étrange et sublime.
Lame humaine du crépuscule.