‹ Le chemin des saisonsChapitre 69 sur 100 · DERNIERE PROMENADE · texte numérisé non relu

DERNIERE PROMENADE

à Henri Sauvage.

Fois ! que le ciel est sombre et bas !

A peine on aperçoit, là-bas.

Le grand geste de l'orme en haut de la colline.

Quand Vautre jour nous pouvions voir

Les feuilles mortes en pleuvoir Dans la lumière d'or où le soleil décline.

Dans l'épaisseur du gris brouillard.

Un cercle de clarté blafard, Qtii se meut lentement sur l'immobile voûte.

Révèle seul que le soleil.

Le doux soleil au front vermeil, Dans les deux attristés poursuit encor sa route.

Aux arbres nus chaque rameau

Reluit d'un fragile ourlet d'eau , Qui descend vers le tronc et de traits noirs le mouille;

Chacun des clous de l'espalier.

Sous chacun des liens d'osier, Allonge sur le mur un suintement de rouille.

De feuilles jaunes est jonché Le sol où nous avons marché.

Sous l'amical abri de la verte avenue ; Dans le branchage dépeuplé.

Notre vieux banc est décelé,

La discrète charmille est dégarnie et nue.

Un grand silence oppresse l'air

Jadis sonore d'un concert De cris d'oiseaux, de brise et de frondaison fraîche -,

Aucun bruit dans ce jour sans voix,

Ou un pleur de brume, qui parfois Tombe d'un rameau noir sur une feuille sèche.

Tout expire ; le soir descend.

Comme un mince Jilet de sang.

De ce ciel douloureux de lumièi'e meurtrie ;

Notre jardin est dévasté.

Il ne reste rien de Tété Que ce papillon mort dans cette fleur flétrie.

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