‹ Le chemin des saisonsChapitre 71 sur 100 · SEPARATION · texte numérisé non relu

SEPARATION

â Charles Maiirras.

Ainsi donc tu t'en es allée ; Tu suivis, sans te retourner, La pâle et jaunissante allée Oii Octobre allait découronner !

Je vis s'éloigner ta démarche.

Oui vers moi se hâtait jadis ; Mes yeux, plus tristes à chaque arche De rameaux déjà déverdis

Dont allait s'accroissant fespace Oui nous séparait pour toujours.

Admiraient cependant la grâce De ton corps souple aux fins co?îtours.

O doux corps de lait et de neige.

Toujours latiguissant et frileux , Toujours priant qiioyi le protège.

Doux corps d'albâtre lumineux.

Toujours blotti d'une caresse Qui semblait chercher un abri Dans l'amour plutôt qu'une ivresse.

Doux corps moins ardent qu' attendri ,

Mais qui, trouvant dans son asile L'ardeur qu'allumait sa beauté , En gagnait la flamme subtile , Et s'embrasait de volupté ;

O doux corps, digne du Corrège Par l'exquise et molle lueur Oiii vêtait, comme un sortilège , Sa grâce lente et sa blancheur !

Il s'éloignait hors de moi-même.

De ynes bras déserts évadé , Me laissant un front toujours blême, Un cœur toujours dépossédé.

l8o LE CHEMIN DES SAISONS.

Tu marchais la tête penchée ; Le regret, peut-être , un instant, De notre tendresse arrachée, Ralentit ton pas hésitant ;

Et peut-être même une larme.

Tremblait-elle en tes chers yeux bleus.

Au moment où mourait le charme Dont nous aurions pu vivre heureux !

Ah! peut-être un regard rapide.

Un seul, t'eût remise en mes bras , Et rendue à mo7i cœur avide ; Mais tu ne te détournas pas l

Tu marchais la tête penchée.

Sur le jaune et fauve tapis Dont l'avenue était jonchée , Sous les grands ormes assoupis ;

Je t'ai jusqu'au bout regardée Dans la brume et dans le lointain, . Voyant ta forme dégradée Flotter dans Tair plus incertain ,

AUTOMNE. l8l

Jusqu'à Tâpre minute obscure.

Où, dernier adieu des adieux, Le point d'or de ta chevelure Mourut dans les pletirs de mes yeux.

l82 tlî CHEMIN DES SAISONS.

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