‹ Le chemin des saisonsChapitre 81 sur 100 · LE COTEAU SOUS LA NEIGE · texte numérisé non relu

LE COTEAU SOUS LA NEIGE

à Raymond Conihret.

Il }i' est plus ni sentiers , ni haies , Sur le coteau couvert de neige, Mais à peine quelques futaies , Comme les groupes d'un cortège Otii cherche un chemin effacé.

Quelques chaumières déformées, Encor plus basses et massives , Laissent leurs grisâtres fumées S'élever, pâles et chétives.

Dans le ciel bleu , clair et glacé.

Helasl le bûcher n'est pas riche-.

Un peu de tourbe et de broussaille ; Ont-ils dans la huche une miche , Une couverte sur leur paille.

Ceux qui sont, en cercle presse.

Blottis au plus loin de la porte , Entre ces murs minces de glaise ?

Lorsque la pauvre Jlamme est morte.

Sur le pauvre foyer sans braise , Près du dernier sac affaissé

Où le dernier froment s'épuise, Oiiand la femme ou que l'enfant tousse. Ou pleure de froid, sous la bise Oui fait choir, à chaque secousse. Un fin grésil du toit percé ,

Comme la nuit est douloureuse

Pour l'Iiomme impuissant et farouche.

Dont la face hâve se creuse.

Et qui sent aux coifis de sa bouche

Le sel par les larmes laissé!

Sous ces mi7mbles toits de chaume.

Que longue et rude est la semaine , Lorsque le bras Jioio'ricier chôme , Et que dans un coin l'outil traîne.

Loin des yeux tristes repoussé!

A côté de chaque chaumine.

Une ombre plus dure s'allonge , En assombrissant la colline ; Dans une brume qui le ronge , Le soleil rougeâtre a baissé ;

Mais avant qu'il ne s'y enlise.

Pendant un riche instant rapide , Quand, sur la vapeur encor grise.

Son disque, élargi, plus solide, Pose encore à peine enfoncé.

Une belle lumière rose , Glissante , oblique et délicate , Sur la blancheur morne se pose , Et le coteau, presque écarlate.

Dans l'azur froid s'est redressé ;

fhits, cï(i7îs r atmosphère durcie, La colline redevient blême , Et bleuit, de nouveau transie, E7i retombant sur elle-même , Sous un ciel soudain plus fonce.

Page 1