LA TOILETTE DE GENEVIEVE
La toilette de Geneviève, — cela est bientôt dit; — je vois d'ici •votre mauvaise humeur, madame ; vos lèvres déjà un peu minces se sont resserrées, et il a passé par votre tète une pensée injurieuse pour moi. A quoi hou, en effet, faire deux gros volumes, — sept cimts pages, ma foi, et plus de quatre cent vingt-huit mille letirts, — pour passer sous silence précisément ce qui peut se reuconln'- d'intéressant? Je m'expose à vous voir comparer chacune dts cl uses que je dis à la chose que je ne dis pas, — et ne rien
trouver dans mes sept cents pages qui vaille la page que j'ai né gligé d'écrire.
Ce monsieur, dites-vous, — a le plus grand soin de nous détailler la parure des prairies: parure du printemps, parure, d'été, parure d'automne, parure d'hiver; — il n'oublie pas un seul bouton d'or, — ni une sauge, ni une marguerite.
Il ne néglige pas de nous apprendre de quelles teintes se parent les forêts de l'automne : — les tilleuls sont jaunes ; les marronniers roux ; les chèvrefeuilles bleuâtres ; — tout cela est fort joli ; — la vigne-vierge pend des grands murs en hardis festons pourpres et amarantes. — Je le veux bien. — Il ne rencontre pas une ileur, sans nous préciser sa couleur et son parfum ; il nous dit bien au juste la nuance de vert de chaque brin d'herbe. — Cela fait bien quelque plaisir ; mais enfin, c'est ce que nous savons aussi bien que lui ; et au fait, cela ne sert à rien. — tandis qu'on peut trouver un bon modèle à suivre dans une jolie toilette, — et il pourrait bien nous parler des femmes avec autant de détails et d'amour que des fleurs de son jardin.
Je pourrais répondre à cette exclamation par trois cents raisons ; — mais j'aime autant céder, et je vous dirai la toilette de Geneviève, —
Et aussi la toilette de Rose, —
Lt aussi la toilette d'Anaïs, —
Et aussi, — si cela peut vous être agréable, la toilette de madame***.
Et aussi la mienne, — mais cela ne serait pas convenable : je .-.uis, en ce moment, en robe de chambre et en pantoufles.
Je vais faire allumer par mon nègre, — un Savoyard de treize ans intitulé père Michel, la plus grande de mes pipes de cerisier. — Le père Michel va serrer ses soldats de plomb et me donner du feu ;
Albert Chaumier.
— et je vais me rappeler les toilettes en question, en fumant un tabac parfumé de benjoin et d'aloës, — ce que. je vous recommande, ô vous qui fumez, — ce que je vous recommande, o vous qui ne fumez pas, de recommander à ceux qv \ fument près de vous.
i Si Hv.i-inO.-St. M . 3. t ». S....I11.H. 44.
GENEVIÈVE
LA TOILETTE Dl GENEVIÈVE — Lit TOILETTE DE ROSE — D'AHaIS. — LA TOILETTI Dl HADAMI M1CBAUD.
i \ mu. m il.
Commençons par Anaïs. — Voulez-vous aussi le portrait d'Anaïs? — Anaïs est asseï jolie, mais insignifiante, c'est loul ce que je me rappelle. Malheureusement je n'invente pas ce que je raconte, et il y a des choses que j'ai oubliées, d'autres que je n'ai pas regardées au moment où elles se sont passées, et quand il in'arrive de vouloir comhler une lacune avec l'imagination , cela fait disparate de la manière la plus choquante, et j'efface. — Voila donc tout ce '|iie je sais d' Anaïs; — mais sa toilette, je nie la rappelle parfaitement, parce que j'ai entendu des femmes en parler dans les plus grands détails; — celait:
Une robe de velours épingle blanc , garnie d'angleterre , un voile d'angleterre , des manches et une mantille pareilles: — une petite couronne en fleurs d'oranger naturelles, montées sur des fils d'argent (ah ! je me rappellequ'Anaïsetait blonde), un bandeau, un collier et des bracelets en perles ; — la jupe de la robe un peu traînante.
Cela avait un grand succès; — Geneviève, si elle eût ose donner audience à aucune pensée contre Anaïs, eût trouvé cela trop paré et trop riche pour une mariée, et à coup sûr, si elle eût été la mariée , ce n'est pas ainsi qu'elle aurait été habillée, — si elle eût été la mariée ; pourvu , Dieu tout-puissant , que cette idée-là ne soit pas venue à la tète de la pauvre enfant ; elle aurait bien souffert !
La toilette des deux demoiselles d'honneur ne devait pas attirer les yeux; — Rose avait une robe de taffetas changeant vert et noir; un chàle de taffetas, un chape
On le regardait, on parlait bas et avec respect.
' U™£TUG ~ ^ Un»eJf d'odes ^pt^ ^^
mais
une ,a u.uuue ue L.eon, laquelle était une
bi5n£me^ïneharU0dbpVait, UQ'chaPeau J™ne avec des plumes exormere^- 1" re de ^adant' ? ?" ?¥ "T" ; " toileUe de belle- P^«o«rt ( Un »rrKT P' de Jn0tre roman le Chemin le
a déclare n'J . °- "™î£,a cour royale du ~ au diahle les dates!
aarssïs"'"
ne que ce n était
'pas un roman, mais une histoire vraie ; —
Po, r mn? J Us dlsais tout à 'heure ? ) Pour moi qu, assistais au mai
^Sâ-l'Si^f.^^e n'était
s au mariage, je ne remarquai qu'une pas en blanc; —j'en tirai la
je kvojais a"nï;ielSa. C,°.Uturiere ; .^ta!t .la R*»*™
et avait
- fois que
peut-être aussi u'avait-elle pas voulu ressem-
bler a la mariée, - Le Boir, cependant, au bal, elle était vêtue di
blanc, mais c'était une robe qu'elle avait depuis longtemps. Je crois que c'est tout.
Geneviève pria à l'église .<\<c plus de ferveui que personne; — le sacrifice était accompli ; elle demandai! à Dieu de la loue, —
puis elle priait pour Albert, et aussi pour Anaïs. <i mon Dieu, disait-elle, — qu'Albert au moins sou heureux! — Je ne peindi ti pas comment chaque parole, — a la mairie et a l'église, lui ilonn.nl
un coup au cœur ; — il
vint un i nt où tout
fut fini ; — une vii ille femme dit en voyant Albert et Anaïs entrer à la sacristie . pour écrire les choses qu'on écrit en ce cas; — Le joli couple! ils sont faits l'un pour l'autre. Ce mot fut cruel pour (jeu, \ ieve Llle sentit un mouvement de colère contre la pauvre vieille, mais elle le réprima aussitôt , en demanda pardon à Dieu, et, s' arrêtant, donna à la vieille une pièce de monnaie. — Ma bonne demoiselle, dit la vieille, je vais prier Dieu pour que votre tour arrive bientôt. Quand on remonta en voiture, la robe d'Anaïs se prit dans la portière sans que personne s'en aperçût, excepte Geneviève. — Si l'on descendait par la portière opposée, nul doute qu'Anais déchire rait sa robe. — Le malin esprit donna à Geneviève de bonnes raisons pour ne rien dire , et laisser fane ; — mais Geneviève lit ouvrir la portière, et rentra la robe de si nouvelle cousine.
Le soir, après le bal , — elle se coueba mourante ; — cependant, quand elle fut seule, en se déshabillant , ses regards tombèrent sur elle, — elle se mira, et dit: — J étais belle aussi, moi.
Le lendemain , — elle envoya à Anaïs les quelques bijoux qu'elle possédait ; — de ce jour on put remarquer dans sa mise une simplicité qui n'osait pas tout à fait être du deuil , mais qui en avait bien envie.
La saison s'avançait assez pour qu'il revint quelques élèves de Léon ; quelques-uns revinrent en effet, — mais en petit nombre. — Un soir, en rentrant, le portier de la maison donna a Léon un papier plié en quatre : — c'était un papier timbré ; — Léon le lut dans l'escalier : — c'était un style singulier, seulement ou comprenait que l'on était menacé de quelque grand malheur.
La loi est pour tous, même et égale pour tous, — et tout le monde est censé la connaître. — Pourquoi alors s'exprime-t-elle dans un langage bizarre et in intelligible, surchargea la fois de périphrases et d'abréviations? C'était une assignation pour s'entendre condamner au paiement d'une petite somme qu il devait au marchand.
La chose finissait ainsi :
« Mandons et ordonnons à tous huissiers sur ce requis, de mettre le présent jugement à exécution. A nos procureurs généraux, à nos procureurs près les tribunaux civils de première instance, d'y tenir la main, à tous commandants ou officiers de la force pu-
LES VEILLÉES LITTERAIRES ILLUSTREES
blique d'j prêter main-forte lorsqu'ils en seront légalement requis. »
Ccqui, lu dans un escalier, le soir, à la lueur d'une ehandelle, — donne un frisson el évoque un tableau d'une armée entière aril en armes contre vous. Léo/i eul peur, — mais à sa peur entot une autre pensée. „ ijuel bonheur, se dit-il que apier ne soit pas tombe dans les mains de Geneviève ! —c'est -ment une somme dépensée pour elle que l'on réclame de moi ; — elle aurait eu bien du cli.i-nn. — Il redescendit, donna de I argent au portier et lui dit: — « S'il arrivait par hasard d'autres papiers du genre de celui- ., àyes soin, quoi çfu'il arrive, de ne jamais les reun ttie à tua sœur. »
Il rentra sans bruit pour ne pas éveiller Geneviève, et passa une partie de la nuit a relire ce fatal papier. Ce papier lui était envoyé
Au nom du roi, de par la loi et la justice.
Ce n'était plus simplement l'armée qui s'élevait contre Léon c'était la société entière. Le lendemain, il sortit des qu'il fit jour et courut cher I huissier rédacteur du papier.— Il abaissait son chapeau sur ses yeux et évitait les regards des passants. — Il se considérait hu-uièiiii: comme un paria, comme un ennemi de la société nid criminel, ayant autant de droits à la curiosité publique que l'assassin que l'on va guillotiner (quand on Guillotinait - ;- ainsi — dernièrement, à Paris, une tille avait tué son amant .l'un coup de fusil, pour crime d'infidélité, — le jury a déclaré que l'amant était dans son tort). J
11 rencontra par hasard des sergents de ville, et il prit une autre rue. Il lui semblait que tout le monde le regardait, qu'on se le montrait les uns aux autres en se disant : — C'est lui.
Arrive au numéro indique , il regarda si personne ne le vovait et ■ta d'entrer dans l'allée de l'huissier; il arriva par un escalier sombre à une grande pièce ornée d'un poêle sans feu. Il y avait là des cartons et des tables noires pour tout mobilier.— Quatre escogriffes jaunes, vèrus de prétendues redingotes noisettes ou vert olive, penchés sur les tables, les doigts allongés, écrivaient incessamment des papiers semblables à celui qu'avait reçu Léon- il v avait une odeur de vieux papier nauséabonde; je ne parlerai pas de l'odeur des clercs. 11 demanda l'huissier; un des escogriffes lui dit • — Je suis le premier clerc, dites-moi votre affaire. — Léon qui pour rien au monde, n'aurait osé dévoiler sa honte devant quatre personnes, insista pour parler au patron. — Le patron sortit deson cabinet, et, devant les clercs, lui dit : — Que veut monsieur?
— Vous parler en particulier.
— Entrez dans mon cabinet.
Léon n'osa pas s'asseoir devant un aussi puissant personnage un
homme qui donnait des ordres, comme le disait le papier aux procureurs généraux, et à tous les commandants de la force' publique de France. L'huissier alors lui demanda son uom.
— Léon Lauter.
— Ah ! M. Léon Lauter, affaire Chabanne !
r ~ 3?,e !, cria"t il par la Porte reslée en tr'ou verte, où en est l'aflaire Chabanne contre Léon Lauter?
— A l'audience du jour.
— Monsieur, votre affaire vient à l'audience du jour.
— Pardon, monsieur, mais je ne comprends pas.
— Vous plaisantez, monsieur?
— Jamais je n'en eus moins d'envie, monsieur
— Eh bieu ! monsieur, c;est-à-dire qu'aujourd'hui, heure de midi, a 1 audience publique du juge de paix...
— Publique? — dit Léon.
— Publique , — répondit l'huissier, à l'audience publique du jus-e de paix on appellera votre affaire, et vous serez condamné a paver
— M*is, monsieur, je ne refuse pas de payer.
— Alors, payez.
— Je ne le puis aujourd'hui , — mais demain.
— Demain, vous aurez des frais.
— Uu'est-ce? — dit Léon.
— En voici le compte, dit l'huissier en prenant sa plume :
Protêt Ol'r.
Enregistrement )
Assignation s
Pouvoir 2
Jugement '>(>
Total.
45 fr. 05 c.
qu'il vous faudra payer en sus ce la somme.
— Mais, monsieur, le petit b »u que j'ai fait n'est que de cinquante francs.
— Cela ne fait rien , — et ». vous ne payez pas demain, nous aurons a ajouter ;
Signification. . . .
Commandement. . .
Procès- verbal de saisie.
7 fr.
Total.
'Mi'. 15 c.
— Irez-vous a l audience du juge de paix'»
— A l'audience publique''
— Oui.
— J aimerais mieux mourir.
— Alors, au proçès-yerbalde saisie, v,, us formerez opposition dès
"■'■ ■•jugement sera p;,r défaut; - ,1 faudra p ■ cela une aùto-
' isation particulière du juge de paix, — et nous aurons encore :
Assignation en débouté. .
Nouveau jugement. . .
Signification
Commandement. . . .
Procès-verbal de saisie. .
Procès-verbal d'affiche. .
Total. .
•S fr. 20 c.
as
83 fr. 80 c.
ensemble,— 154 fr., plus le capital de 50 fr. - Je ne vous parle la, ni de proces-verbal de récolement de vos meubles, ni des frais de vente, etc.
— Mais, monsieur, que faire?— dit Léon.
— M'anporler demain 50 fr., plus 45 fr. 05 c, et tout sera dit.
— Oh ! monsieur, je vous remercie.
— Monsieur, il n'y a pas de quoi.
Et Léon fut oblige de passer devant les quatre clercs, instruits, maigre ses mecautions, de l'affaire qui l'amenait.
Le lendemain, — il vint encore plus tôt que ce jour-là apporter la somme demandée, else confondit en remerciements envers l'huissier.
Depuis le jour du mariage d'Albert, Geneviève était en proie à une lièvre ardente ; malgré la résignation qu'elle s'était promise, elle avait par moments des accès de désespoir auxquels elle ne pouvait résister. — Elle sortait alors et allait prier dans les églises. — Depuis sa découverte des soins que Léon prenait deson habit, Geneviève avait soupçonné les difficultés qu'éprouvait son frère à subvenir aux soins de leur petit ménage, et elle avait observé ; elle n'avait pas tardé à deviner le sort de sa montre ; mais Léon paraissait attacher tant de prix à lui cacher ses misères, qu'elle n'osait pas faire semblant de s'en apercevoir; aussi évita-t-elle de lui reparler de sa montre, ni de jamais s'enquérir de l'heure devant lui. Léon rentrait habituellement, fort tard et ne se levait que vers huit ou neuf heures : il n'avait rien à faire plus tôt et avait souvent besoin de repos. Un matin il dit à Geneviève: — Mais, Geneviève, je ne vois plus la femme de ménage? — Elle a trouvé un autre ménage à faire, dit Geneviève, et m'a demandé la permission de venir le matin de très bonne heure; sans quoi, m'a-t-elle dit, elle serait obligée de refuser le bonheur qui lui arrivait. Elle vient ici un peu avant le jour, et elle est souvent partie longtemps avant que tu sois éveillé.
11 s'était élevé entre le frère et la sœur une noble et touchante lutte de générosité et de dévouement. Jamais Geneviève n'eût demandé de l'argent à Léon, mais Léon lui en donnait toujours avant que celui qu'elle avait fût dépensé. Bien souvent, Geneviève lui disait : — Je n'en ai pas besoin, j'en ai encore. La vérité était qu'elle avait supprimé la femme de ménage, à laquelle on donnait vingt francs par mois.
J'ai souunt pensé à l'indifférence de la divinité sur les actions humaines , — en voyant la même lune répandre les mêmes rayons sur l'homme qui rentre porter du pain à sa famille, et sur le brigand qui l'atlend au détour d'une rue pour l'assassiner; — maisje n'ose pas croire que Dieu ne reposait pas un moment ses regards surGeneviève, quand le matin, une- heure avant le jour, elle se réveillait, — allumait une chandelle, et se levait sans bruit. Elle se livrait alors aux ti a vaux lis plus vi'fs : — elle lavait la vaisselle, elle balayait, — n'ayant d'autre soin que de ne pas réveiller Léon qui devait être fatigue delà veille, qui se chagrinerait de la voir ainsi travailler, et s opposerait à ce qu'elle continuât a employer le seul fnoyen qu'elle avait pu lioiiMi'de contribuer aux dépenses de la maison; mais ce qu'elle faisait surtout avec un soin et un respect touchant, c'étaji de nettoNer les vêtements de Léon. — Comme elle ménageait ce pauvre vieil habit qui lui retraçait toutes les privations que Léon .-.'fiait imposées pour elle ! avec quel soin elle faisait une reprise floitt elle avait aperçu l'urgence pendant le jour, mais dont elle n'avoit pas
Paru. ■. In
GENEVIÈVE
parlé, parce dù'erto comprenait qwe ce seraH ajontet aui cho de Léàn, celai de lui montrer qjril ne réussfesail pas à tromper sa sœur !
Habit, en effet, vieil htaoll pins t-.-sp.cial>!.- qtie la pourpre — wavail plus noble que la broderie des femmes di sœcrvrées sur des. tofi, s d'or ri d'argenti
Elle m se rewitarl devant aueon soin, ou plutôt eHe ne voyait pas ce ipf il ,-n.iit de ni. niant.
Geneviève avait de jolies mains délicates, effiWeSj blan.li. des ongles idUra rose tendre, —et avec ses jolies mains, si pleines de distinction, elle nettoyait jusqu'à la i haussure de son frère, puis cite r.'iiirii.iii tout en place; bien (Wéoiséme'ftt comme raisaH autrefois la femme de ménage
!.,■ ménage l'.iit. cil.' pi. parait le déjeuner, — puis .11. • faisait
cette; elle peignait el nattait se* beaux cheveux, car il fallait
,|ur Léon, en se r.-\ cilla ni , la trouvât habillée', et que rien dans
sa toilette du matin ne pût laisser soupçonner la tâche qu'elle
avait remplie.
Kl c'étaient .lia. pic matin les mêmes travaux et les mêmes soins.
Ht ivpcmlant, jamais femme ne l'ut plus .Iclicatcment belle qOe Geneviève;— jamais femme n'inspira plus naturellement Cette pensée, que c'était- pour elle qu'avaient été inventes le velours el la soie ; jamais plus .1'. -levant.- mollesse .lans les formes et daifs les mouvements ne lit songer à entourer une femme d'esclaves attentif- à prévenir même la fatigue d'un désir î
I n son, l.cou lui voulut donner dé l'aTgent; elle lui montra qu'elle en avait beaucoup plus encore qui nia n'était probable ; pauvre lille! comme elle était heureuse ce soir-là! Léon pensa alors qu'il pourrait peut-être remplacer sou chapeau, qui depuis longtemps ne subsistait qu'à force d'industrie. — Le lendemain, il passa cinq ou six fois devant la porte du chapelier sans oser entrer; — entin, l'aspect de son chapeau dans une glace le décida; — et il entra, honteux pour les autres d'avoir gardé son chapeau si longtemps, pour lui-même, de ne pas le garder encore un peu.
Rien des fois déjà, Geneviève avait décidé qu'elle devait renoncer à Albert; mais, quelque entière que lut sa résignation', elle cachait toujours quelque reste d'espérance, même à son insu. Le mariage avait cette fois tout fini.
Rose ne voyait plus Léon; elfe croyait un juste orgueil etfg'â'^é à ne pas le rappeler; mais elle avait pris en horreur M. dé Redeuil, qui avait été pour elle le prétexte d'un essai de coquetterie qui avait si mal tourné. Rodolphe était toujours fort assidu chez M. Chaumier, et toute la société des Chaumier' et des Rédeuil croyait qu'il épouserait I
M. Chaumier s'efforçait en vain de mettre de l'ordre dans sa maison, dont les dépenses dépassaient de beaucoup les revenus. Il prit lep prétexte d'e quelques réparations à faire à Forttaihebleau, pour aller y passer un mois, quoiqu'on fut au milieu de l'hiver. Au bout de huit jour-. Rose n'y pouvant plus tenir, écrivit à Geneviève que, si elle voulait lui sauver la vie et l'empêcher de mourir d'ennui, il fallait qu'elle vînt partager son exil. Il y avait en P. S. : « Amène si lu veitx M. Léon, si toutefois il ne craint pas trop de s'ennuyer avec nous. »
Geneviève était malade, le chagrin et la fatL-ne avaient achevé de détruire sa santé. — Léon ne pouvait quitter ni sa sœur ni ses leçons. Rose vit dans ce refus une rupture complète. Elle tomba dans une sombre tristesse ; - le séjour de Fontainebleau lui rappelait trop vivement sa tendresse pour Léon; tendresse vraie et frofonde, dont le monde avait pu la distraire, mais non la deouiller. Chaque arbre du jardin, chaque meuble de la maison, lui montraient des circonstances de son amour. Les détails lés plus futiles l'attendrissaient et lui arrachaient des tannes. — Elle retrouva, sous l'herbe jaunie, les limites de son jardin, — de son jardin a elle et à Léon. — Elle se rappela que. tandis que Léon était chez M. Semler, — et qu'il ne revenait à la maison que le dimanche, il lui avait bien recommandé de soigner les pois de senteur qu'il avait semés. Quand quelqu'un allait chez M. Semler, Rose tirait de terre un des pois avec la petite tige verte et sa racine, et l'en- Voyàït à Léon pour qu'il pût juger de l'état de végétation. Le messager était chargé de le rapporter, et Rose le replantait.
Quand Rose profitait d'un de ces rayons si doux du soleil d'hiver pour se promener dans le jardin, il fui semblait que les sorbiers, les rosiers, les brins d'herbe, murmuraient le nom de Léon.
Joui avait changé, lés journées s'étaient envolées; madame Lan 1er était morte, Geneviève et Rose étaient séparées, Albert marie dans une nouvelle famille, M. Chaumier vieilli et cassé Léon artiste de talent et de réputation.
Mais les arbres et les rosiers «'avaient pas changé ; tous les ans
ils donnaient I.. mêmes lleui- el les même- parfum-: la même herbe i nejidiail les |.a\.s .1. la cour; les mêmes m. îles ve-
naient beCqaeléi l< -ombelle-, de Corail dés sorbiers.
l'n jour. M. Semler disait ; - Comme je m'. -tais liompe' j'iiwis l.iup.iirs cru que vous rp. .useriez LéOtf, et que (,.i|.\..\e Serait
la femme .r II Sert.
Roffi le quitta, et alla se promener .1 ins le jardin ; elle peu ,. S tout ce qu'il J aurait eu de lioiilieiir a réunir entre eux q I loules les afftctlotlS qui remplissent la \ le ; a n'en rien distraire, a n'en rien gaspiller -m le reste du moud.-. — amour de parents,
— amilies déniants; — premier amour de jeun.- gâflCOhfl .1 di jeunes tilles; déni or amour du maria-.-; — Ions e.s ttmOUrS ren-
! en eii\ qnalro. lu SOil 'il' écrivit a l.en.vieve :
u Ma Geneviève, c'est a Léon que j'écris, — donne-lui celle lettre.
.. Léon, nous sommes fous, — fé l'aune, et je suis sûre que tu m'aimes. — Je suis a Fontainebleau ; je t'écris' assise dans ce même fauteuil où j'étais quand nous nous sommes promis d'être l'un à l'autre, — le jour où on enterra ma tante Rosalie.
« Tiens, Léon, je n'ai plus d'orgueil, je suis trop maflh'ètarëDse ;
— ta ne m'as pas oubliée, — n'est-ce pas? — Viens à Fontaine-' bléau, amène Geneviève; — nous serons seuls tous les trois avec mon p. re ; nous lui rappellerons ce qu'il a promis a ma tante. — Pauvre taule ' si elle n'était pas morte, nous n'aurions jamais été séparés! Pendant que ma lettre ira à Paris, je vais aller au cimetière prier sur son tombeau ; — viens, vous manquez ici tous les deux ; — il y a partout des places vides. >
A ce moment arriva Albert ; il était venu achevai en poste ; il dit au postillon de lui ramener d'autres chevaux dans une demiheure, pour retourner à Paris.
— Mais, dit Rose, es-tu fou'.' Tu ne peux faire ainsi vingt-quatre lieues sans le reposer. — Albert ne répondit rien et demanda à parler à son père. Rose le conduisit jusqu'à la porte de la chambre de M. Chaumier, et voulut se retirer; mais Albert lui dit . — Reste, ma sœur,- il faudra bien que tu saches ce que j'ai à apprendre à notre pire; — j'aime autant n'avoir à en parler qu'une fors,
Rosé' alors regarda Albert, et pensa que ce n'était pas seulement à la fatigue de la route qu'il fallait attribuer l'excessive pâleur de son frère.
Voici en effet ce qu'Albert dit à son père : —Le vol fait par mou clerc est bien plus considérable que je ne l'avais cru d'abord ; j'ai découvert depuis qu'il avait fait à ma place divers recouvrements' dont l'absence m'a beaucoup gêné ; j'ai été obligé de Contracter un nouvel emprunt, dont les termes vont échoif en même temps que ivlui pour lequel mon père s'est engagé solidairement avec moi. — Je rte sais comment mon beau-pôrê et ma belle-mère ont appris l'état de mes alfaires, mais, après une scène assez violente qui a eh lieu entre nous, ils ont mis An aïs de leur côte, et ils me menacent d'un procès en séparation de biens. — C'est un éclat qui détruirait toutes mes dernières ressources, je suis donc oblige d'y doirner les mains pour que la chose se passe sans retentissement; — avant tout, j'apporte à mon père des valeurs pour se mettre à couvert d'une partie des paiements qu'il va bientôt avoir à faire pour i.
Et en même temps Albert remit à son père plusieurs papiers de commerce.
— Je sais bien, ajouia-t-il, que cela ne fait pas une somme suffisante et que votre fortune s'en trouvera un peu entamée ; mais c'est tout ce que j'ai pu réunir en dehors de la dot de ma femme. Je vais rendre l'étude à mon prédécesseur, qui. en échange des sommes qu'il a déjà perçues, paiera uiie partie des dettes de l'étude ; le reste, à la grâce de Dieu. Je m'en vais.
— Mais, dit M. Chaumier...
— Mais, dit Rose...
— Vous voulez, reprit Albert, que je vous donne des explications, il n'y en a pas à donner ; vous savez tout Ce que je vous dirais ne servirait qu'à rendre moins clair ce que je vous ai déjà dit. Pardonnez-moi la brèche faite à votre fortune, et adieu.
Ace moinenl, en effet, on entendait claquer le fouet du postillon, qui tenait un cheval en main, à la porté. Albert embrassa sou père et sa sœur; et partit au galop.
M. Chaumier ef sa fille restèrent stupéfaits. — M. Chaumier calcula qu'avec cette nouvelle perte et les extravagantes dépenses qui l'avaient précédée, ils allaient se trouver précisément un peu moins riches qu'avant le gain de son procès, et par conséquent hors d'état de venir encore en aide à Albert.
Rose ne s'affligea pas autant qu'on aurait pu le croire de la diminution de la fortune de son père, qui les obligeait à reprendre leur ancienne \ie de Fontainebleau. Dejmis qu'elle y était revenue, ses plaisirs de Paris lui semblaient fades et creux auprès de tous les souvenirs qu'elle y trouvait. C'était un concert où tout disait : Geneviève el Léon, — amour et amitié.
LES VEILLÉES LITTÉRAIRES ILLUSTREES
La pensi e de vivre à Fontainebleau renfermai I celle d'] vivre avec ■—elle courut dans le jardin plein de neige, —comme pour aller «lire aux arbres qu< G< nevii ve el Léon reviendraient, el qu'ils les, abriteraient bientôt tous ensemble sous leur feuillage priutanier. Mais bientôt une triste pensée s'empara de l'àroedeKose. — Quoi! sa lettre arriverait à Geneviève el .1 Léon en même temps que la nouvelle de leur ruine; — leur cœur si noble el si fier pou irait croire un moment que !<■> bons sentiments n'étaient rentrés dans le sien qu'avec l'infortune, el qu'elle ne se pal achail k l'amour et à Tannin que parce que les plaisirs du monde allaient lui manquer.
Cette impression ne dût-elle rester qu'un instant dans l'esprit de iciensamis, rien n'aurait décidé Rose à la l'aire naître.
Elle n'envoya pas sa lettre; et, seulement alors, elle comprit qu'elle était ruinée et malheureuse.
Elle se coui lia de bonne heure pour ne pas dormir,— el quand, le surlendemain de la visite d'Ail» 1 1. M 1 haumier partit pour Paris, afin dé mettre ordre a ses affa resel si débarrasser de tout l'attirail de la maison de Paris, elle refusa de l aci ompagnei . 1 1 resta seule, -!• . à Fontainebleau. Elle repassa toute cette douce vie de famille dont la maison et le jardin avaient . te le théâtre ; — elle se rappela ses moindres torts, pendant le séjour de Paris, envers Léon et Geneviève — Si elle avait em ore été riche, elle sérail allée se jeter a leurs genoux el haïr dire : Geneviève, ma sœur,— Léon, mon cousin, mon amant, mon mari, ne nous quittons jamais, et reniermous toute notre vie entre nous trois.