‹ Le chemin le plus long: comédie en trois actes, en proseChapitre 2 sur 58 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

MADAME DE LORMOY, BERTHE

(Un domestique porte leur paroissien. Elles sortent de la messe.) MADAME DE LORMOY*.

Vous n'avez pas dit un seul mot depuis le seuil de l'église, Berthe; à quoi dois-je attribuer cette mélancolique rêverie?

BERTHE, tressaillant.

Moi, ma chère tante, je ne suis ni mélancolique, ni rêveuse, je vous jure.

MADAME DE LORMOY

Tu es gaie, peut-être?... Voyons, Berthe, essuyez ces yeux humides et répondez. Il faut cependant que quelque chose vous rende triste : Est-ce la proposition de mariage que je vous ai faite ce matin?... Ohî vous étiez gaie hier soir... Je ne me trompe pas plus à vous que je ne me tromperais à ma fille, Berthe; et, au fait, mon enfant, ne suis-je pas ta mère?

BERTHE

Oh! oui... et une bonne, une excellente mère.

MADAME DE LORMOY

Sois donc franche avec moi, dans ce cas; d'autant plus, chère enfant, que ma proposition n'est encore que l'expression bien vague du désir de vous voir établie. Elle n'a trait à personne en particulier, et n'engage point votre liberté pour le

moment. Vous n'êtes point encore mariée, ma chère Berthe, il s'en fyut; et si vous pleurez avant, je ne puis guère conserver l'espoir de vous voir rire après... Or, ce que je veux, c'est votre rire et non vos larmes, c'est votre joie et non votre tristesse.

Oh! je le sais, chère tante, et, Dieu merci! je conserve dans mon cœur les mille preuves de tendresse que vous me donnez chaque jour. Pourquoi donc serais-je triste aujourd'hui quand j'étais joyeuse hier? Vous riez, n'est-ce pas, en disant que je pleure? Voyez, ai-je encore les yeux rouges?...

MADAME DE LORMOT.

Un peu. . . mais n'importe ; tels qu'ils sont, ils valent toujours un baiser. (Elle rembrasse.) Ne soyez jamais triste sans m'en donner la raison. Je vous défends la tristesse, Berthe, entendez-vous?... N'êtes-vous pas riche comme une Américaine et libre comme un oiseau?... Quant au mariage que, d'un moment à l'autre, je puis avoir en vue pour vous...

BERTHE

Oh ! non, non, pas de mariage, ma bonne tante, ma tante chérie...

MADAME DE LORMOY

Oh! voyez-vous, la câline! . Eh bien! soit, on ne vous en parlera plus... Non, ma tante chérie; un jour viendra où vous direz ; Oui, ma tante chérie, et cela avec la même voix, la même intonation presque... Vous doutez de mes paroles? En vérité, je ne veux pas prendre au sérieux cette incrédulité de vingt ans.

BERTHE

Pardon, chère tante, je ne les aurai qu'à midi.

MADAME DE LORMOY

Eh bien! soit, vous avez vingt ans moins cinq minutes, Mademoiselle, cinq minutes de retard sur l'heure du déjeuner. Rentrons, j'attends une visite ce matin.

berthe.

Ma tante...

MADAME DE LORMOY

Quoi?

BERTHE

Et si je vous présentais, un inari de mon choix... l'accepteriez- vous pour neveu?...

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