‹ Le chemin le plus long: comédie en trois actes, en proseChapitre 24 sur 58 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

convenir!... voici un garçon auquel on offre les deux plus beaux yeux et le plus gros million qu'il soit en France, il refuse... il refuse impertinemment, et puis il se plaindra de sa destinée... il maudira le jour où il est né... il parlera d'avancer l'heure où il doit mourir... Où donc va se nicher le bonheur, que tout le monde court après et que personne ne peut l'atteindre... chacun croit le bonheur chez son voisin, jamais chez soi. Les heureux! la porte en face.

ANDRÉ

Soit ! mais auparavant rends-moi un service.

BACHU.

Comme ami ou comme domestique?

ANDRÉ

Comme coureur.

BACHU.

Je comprends... il s'agit de congédier ton cœur par le petit escalier.

ANDRÉ, se levant.

Écoute : un commissionnaire pourrait égarer cette lettre, un domestique à ma livrée être reconnu. . . un facteur prendre la tante pour la nièce; en tout état de cause, je me soucie peu de voir tomber celte lettre entre les mains de madame de Lormoy.

BACHU.

Ta confiance m'honore ; mais, je te le répète, c'est le testament de ton bonheur que tu me confies là.

ANDRÉ

Mon ami, le bonheur n'est qu'un substantif.

BACHU.

Singulier masculin. Tu parles comme un dictionnaire, André.

Va, mon cher Bachu, et pour régaler ton amitié qui aime à monter en chaire, en revenant je te permettrai un nouveau sermon.

BACHU.

Merci. Horace pouvait chanter pour les sourds, je ne parle pas pour eux.

ANDRÉ, à un domestique qui entre.

Que voulez-vous?

LE DOMESTIQUE

M. le comte m'avait dit de m'informer si Monsieur était seul.

ANDRÉ

Vous lui direz que je suis avec un de mes amis, M. Bachu, mais que M. Bachu sort. (▲ Bachu.) Il n'y a pas de réponse, mon

brave homme. (Le domestique tort.)

BACHU.

Qui sait? A bientôt!

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