APTE H, SCÈNE VII
BERTHE, «an* changer de potîtion.
Qui, ma tante... (gotiveau silence.)
MADAME DE LORMOT.
J'avais hier recommandé au jardinier de renouveler pour aujourd'hui toutes les fleurs des corbeilles, j'ignore s'il l'aura fait; y avez-vous pris garde en sortant?
BERTIOS.
Non, ma tai^te. (Nouvelle pau*e.)
MADAME DE LORMOT.
Pourquoi vous tenir ainsi debout, mon enfant? cela vous fatigue... Mon Dieu! ne soyez donc pas triste à ce point. Berthe, vous m'effrayez.
BERTHE, se rapprochant de madame de Lormoj, et s'asseyent.
Je ne suis pas triste du tout... je vous assure...
MADAME DE LORMOT.
Oui, je comprends ; vous pensiez le trouver 1^, et que ce serait lui qui nous recevrait, et non pas M. de Reuille, ou tout au moins qu'il serait avec son père.
BERTHE
Je né comptais sur rien, ma tante.
MADAME DE LORMOT.
Oh! ne faites donc pas ainsi la résignée, et avouez que cette absence vous préoccupe.
BERTHE
Je pense que, ne fût-ce que pour vous, M. André devrait mettre un peu plus d'empressement à venir nous joindre.
MADAME DE LORMOT.
Voyons, Berthe, n'en soyez pas plus blessée que moi-même ; vous êtes injuste envers votre fiancé.
BERTHE
Je vous fais observer que c'est vous qui me parlez de lui, je ne dis rien.
MADAME DE LORMOT.
Eh ! croyez-vous que je n'interprète pas votre silence ! Eh bien! je vous dis, moi, que je suis certaine que si M. André n'est point près de vous, c'est qu'il est forcément retenu ailleurs... Quand les choses marchent avec cette rapidité... on a bien des soins à prendre, croyez-moi, bien des démarches à faire... Enfin, je le répète, mon enfant, il y a des moments dans la vie ou il ne faut se montrer ni exigeant, ni susceptible.
i \ LE CHEMIN LE PLUS LONG.
BERTHE, rtTwiia.'
Ainsi, ma tante, tous croyez qu'il ne m'aime phis.~ n'estce pas?
MADAME DE LORMOT.
Moi?... Et comment voulez-vous que je suppose cela au momi nt où il vient demander votre main? Comment me serait-il possible d'admettre qu'un amour né d'hier, à peine, a déjà perdu de sa jeunesse et de son ardeur. Car enfin, Berthe, en assignant à cet amour le terme le plus éloigné, il ne date que de trois mois; avant sa visite à Enghien, M. André ne vous connaissait pas, vous ne l'aviez jamais vu, vous me l'avez dit du moins. Pourquoi irais-je redouter pour vous, qui n'êtes encore que la fiancée qu'il désire, ce que je craindrais pour la femme à laquelle il n'aurait plus rien à demander?». Alors, seulement, Berthe, de pareilles craintes seraient explicables... alors, seulement, vous, pourriez demander s'il vous aime encore... mais aujourd'hui...
BERTHE, tombant à genoux.
Oh! matante! vous avez tout deviné... vous savez tout... pardonnez-moi!
MADAME DE LORMOT.
Je ne sais rien, Berthe, et ne veux rien savoir... Tu vas être madame de Reuille... je n'ai rien à te pardonner.
BERTHE
C'est possible... mais moi, ma tante... mais moi, la coupable, j'ai besoin de votre pardon... Ma pauvre mère n'est plus, elle ne peut plus abaisser sur moi son regard miséricordieux .. mais ce regard, je le retrouve dans vos yeux; plus heureuses que les autres enfants, j'ai eu deux mères, moi... cette main, qu'elle m'eût tendue avec bonté... la voilà, je la tiens, je la presse contre mes lèvres.
MADAME DE LORMOY
Ma fille!
BERTHE
Vous voyez bien...
MADAME DE LORMOT.
Ma pauvre enfaut!
BERTHE
Oh ! ce fut une fatalité que cette longue absence que vous files de Paris... et pendant laquelle je restai seule un mois entier... Oui, je me vois encore à cette fenêtre, j'avais un bou-