‹ Le chemin le plus long: comédie en trois actes, en proseChapitre 35 sur 58 · ACTE II, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VIII

quet de lis à la main. Je rêvais... et dans ma rêverie... mes doigts se desserrèrent graduellement sans que j'y fisse attention, et mon pauvre bouquet tomba... Oh! André! vous, que je ne connaissais pas alors... pourquoi m'avoir rapporté ces fleurs si elles devaient un jour mourir effeuillées par le vent des rues ? Pourquoi m'avoir demandé une des pensées qui venaient d'effleurer mes lèvres, et qu'en tremblant je détachais pour vous? Hélas! elle est tombée de plus haut et elle a roulé plus bas que son bouquet, la pauvre enfant qui vous souriait alors!

MADAME DE LORMOY, la relevant.

Tais-toi, Berthe, tais-toi !

BERTHE

Un mois s'écoula. Vous étiez impatiente de me voir... une lettre de vous m'ordonna de venir vous rejoindre... J'obéis à vos ordres... J'allai vous retrouver... mais la jeune fille, que tous aviez quittée pure et joyeuse, revenait à vous pâle et tremblante.

MADAME DE LORMOY, se levant. — Elles descendent.

Oh! assez! assez!

BERTHE

Àu mépris de tous ses devoirs, qu'elle avait foulés aux pieds, l'orpheline s'était donnée... et donnée, en aveugle, en aimante!... Les leçons de sa mère, elle ne s'en était pas souvenue... votre exemple... elle l'avait oublié... Tout son passé s'était écroulé devant deux mots menteurs et décevants : Je t'aime! 11 est vrai qu'ils étaient prononcés par une bien douce voix, Pour ces deux mots-là, elle avait engagé son avenir, et aujourd'hui... oh! elle comprend bien cela, allez... l'avenir, l'estime, la considération publique, la vie... tout, jusqu'à votre pitié, peut-être, lui échapperaient, si ces deux mots le vent les avait emportés. Oh ! laissez-moi pleurer à vos pieds., cela fait tant de bien de pleurer aux genoux d'une mère... laissez-moi, quand personne ne songe à flétrir sur mon front ma couronne de mariée... laissez-moi la détacher de mes mains dans les épanchements de mon repentir, et vous dire tout : à vous... comme à ma mère dans la tombe... comme à Dieu dans le ciel!... Pardon! pardon! pardon! (sue s'agenouille.)

MADAME DE LORMOT, la relevant.

Berthe, ta faute a été grande, mais ma tendresse la plaint mais ton repentir l'expie, mais l'amour d'André la rachète. .

Mettons l'une et l'autre en oubli un passé pénible... dont dans quelques heures personne ne se souviendra plus que toi... J'ai toujours traité Berthe comme mon enfant, je dirai toujours ma fille à madame de Beuille. Hélas! mon enfant, tu ne sais pas ce que j'ai souffert depuis quinze jours ; l'empressement de M. de Reuiile, ses soins pour me tout cacher, tout remplissait mon cœur de soupçons et de doutes.

BERTHE

Oh! ma tante!

MADAME DE LORMOT. l'embrassant.

Pauvre chère enfant !

BERTHE

Ah! qu'un baiser de vous fait de bien, et comme on se sent heureuse après l'avoir reçu; c'est plus que lepardop, c'est l'espérance!...

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