‹ Le chemin le plus long: comédie en trois actes, en proseChapitre 37 sur 58 · ACTE H, 6CÈNE X. Si · texte numérisé non relu

ACTE H, 6CÈNE X. Si

BEBTHE.

Oh! ne cherchez pas à vous justifier... vous me feriei croire que vous êtes réellement coupable. Non, non , André, je ne les ai pas conçues ces craintes folles... je n'ai pensé , au contraire, qu'à vos promesses, qu'à votre amour; j'avais un André, un André à moi... celui de mes rêves, celui que j'ai toujours aimé... celui qui m'aime... celui-là me souriait en me tendant la main. Que m'importait le silence de l'autre! Tandis que l'autre me disait : Oublie ! mon André me disait : Souviens-toi! Oh! comme nous serons heureux, André! Comprenez-vous... pouvoir s'aimer sans crainte aux yeux de tous.... s'appuyer sur un cœur qui est à vous tout entier... voir se succéder aux jours unis des lendemains ensemble... Oh! j'en mourrai de joie, André!

ANDRÉ

Berthe, calmez-vous î

BERTBE.

Vous avez raison, Apdré, j'oublie toujours qu'une mariée ne doit pas être joyeuse... vous me le rappelez... merci l Ne parlons donc plus de mon bonheur, puisqu'il effarouche le vôtre... parlons de M. de Reuille qui a été si bon pour moi, de ma tante qui a été si indulgente... pour vous... Oh! nous leur rendrons tout cela en affection... n'est-ce pas, André?

ANDRÉ

Certainement.

BERTHE, épuisée.

Mais voilà donc tout ce que vous avez à dire, André?... A ma folle joie, vous répondez par un silence de glace!... Oh i André! André! pas un mot... pas une consolation... pas une bonne parole. Rien! rien!

ANDRÉ

Ce que je vous dirais, vous le savez déjà... je vous l'ai tant dit... Ce qui me reste à vous dire : c'est que le notaire sera ici dans dix minutes, et que nous serons mariés dans une heure.

(Silence.)

BERTHE, tombant assise, à gauche.

C'était donc vrai que vous ne m'aimiez plus!

ANDRÉ

Avouez, Berthe, que l'endroit est mal choisi pour me faire un pareil reproche.... au moment où nous allons signer le contrat.

BERTHE, m levint.

Ce n'est point un reproche que je tous adresse, André, c'est de la franchise que je tous demande.

ANDRÉ

Je tous épouse.

BERTHE

C'est juste!... il ne me reste qu'à tous remercier. Je tous remercie, André!

ANDRÉ

Nullement... on ne remercie pas un honnête homme d'accomplir un devoir...

BERTHE

Un devoir... Ah ! (Elle chancelle.)

ANDRÉ

Qu'avez-Tous?

Rien... rien ... Oh! je l'attendais ce mot-là! il ne me surprend pas et j'y étais préparée. Oui, vous avez raison, André, c'est un devoir, un triste devoir que vous accomplissez... que nous accomplissons... J'étais bien folle d'y chercher un autre sentiment... un devoir... rien de moins, rien de plus!... Oh! notre amour est bien mort, et cette fête est son enterrement... ce voile blanc, son linceul !.. Vous m'avez aimée pour tuer le temps, comme on dit, et c'est moi que vous avez tuée!

ANDRÉ

Voyons, Berthe, n'exagérons rien, ne dramatisons rien, surtout. Ce sont nos noms, nos fortunes, nos positions qui se marient aujourd'hui... laissons-les faire. Quant à nos coeurs, ils sont mariés depuis longtemps.

BERTHE

Oh! que votre condition est douce, et que la nôtre est cruelle ! Vous rencontrez une jeune tille, vous lui dites que vous l'aimez; vous êtes là, à ses côtés, à ses genoux, à ses pieds; vous mourrez si elle ne vous aime, elle, que vous torturerez, que vous tuerez plus tard!... Elle ne veut pas vous laisser mourir... puis un jour l'aventure a dépassé les bornes . que vous-même lui aviez fixées; peut-être les parents s'inquiètent de l'honneur de la jeune fille, le grand mot de réparation est prononcé... Vous alliez fuir... mais le devoir est là qui

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