SCÈNE V
BACHU, ANDRÉ.
ANDRÉ, d'une voix entrecoupée par la joie.
Mon bon, mon cher Bachu !
BACHU, joyeux, essoufflé, faisant de vains efforts pour parler.
Mon a...
ANDRÉ
Je te revois enfin !
BACHU.
Je te re... ouf! Je demande à respirer.
ANDRÉ
Remets-toi.
bachu \ C'est fini... mais j'ai diablement couru !
ANDRÉ
Comment se fait-il que je te retrouve ici à Baveno?
Comme se font toutes choses... mais je suis trop fatigué pour courir après le mot de cette énigme.
ANDRÉ
Quel qu'il soit, je bénis le hasard !
BACHU.
Non pas le hasard... la Providence ! qui est encore le mcil- *B. A.
leur dramaturge que nous ayons ; toutes les bonnes scènes de la vie sont d'elle, d'elle seule, quoique le hasard en touche les droits d'auteur.
ANDRÉ
Va pour la Providence ! et que fais-tu sous ce beau ciel ?
BACHU.
C'est honteux à dire, je fais de la médecine.
ANDRÉ
Ah! et ta clientèle?
BACHU.
Se compose d'une famille peu nombreuse, mais qui le deviendra si ce voyage tourne à bien.
ANDRÉ
C'est assez bon genre d'avoir un médecin attaché à sa berline!
Oui, ce sont des gens riches... de bons vivants...
ANDRÉ
De bons vivants... Décidément, tu choisis tes malades, et tu les accompagnes pour qu'ils ne s'échappent pas...
BACHU.
Depuis deux mois... et toi ?
ANDRÉ
Moi, je reviens du fond de la Hongrie, par Vienne et le Tyrol.
BACHU.
Et tu vas î
ANDRÉ
Devant moi...
BACHU,
Tu as beaucoup voyagé?
ANDRÉ
Oui. J'ai pris pas mal de chemins de fer, que j'ai quittes pour beaucoup de bateaux à vapeur, que j'ai quittés euxmêmes pour une infinité de diligences. J'ai rencontré des hommes spirituels, des malles très-commodes et partout une température assez douce. J'ai beaucoup voyagé.
BACHU.
Comme tu me racontes tes impressions I ne serais-tu pas content de ta tournée ?