ACTE III, SCÈNE V
Si... cela m'a fait marcher.
BACHU.
Voyons, tu dois avoir des aventures à me conter? On ne fait pas...
ANDRÉ
Cinq cents lieues...
BACHU.
On ne fait pas cinq cents lieues, sans rencontrer... surtout quand on a ton âge !
ANDRÉ
En effet... j'ai rencontré beaucoup de monde.
BACHU.
Tu te moques de moi, mais je te préviens qu'il me faut une aventure. Arrange-toi.
ANDRÉ
Des aventures inédites , mon pauvre Bachu, des impressions de voyage; sais-tu que c'est l'impossible que tu me demandeslà ? Lorsqu'on voyage seul , toujours seul ; si tu savais combien j'ai souffert de ma solitude , de ce vide qui était en moi et autour de moi, combien, parfois, je me suis trouvé ennuyeux ! Tiens, mes larmes te conteraient mieux que toutes les paroles ce long, ce triste pèlerinage, (iu se lèvent.)
BACHU.
Tes larmes?
ANDRÉ
Oui, et mon récit serait alors trop long! Mais tu n'as donc pas reçu mes lettres ? Je t'ai écrit de Vienne à mon premier passage ; dix lettres restées sans réponse, si tu les avais reçues, tu saurais...
BACHU.
Quoi donc?
Mes impressions ?
ANDRÉ
BACHU.
Est-ce que tu m'y faisais part de quelque chose de particulier ?
André.
Non... oh ! non... je te parlais de moi... voilà tout.
BACHU.
Mais c'est très-intéressant de savoir ce que tu fais... de con-
naître les pensées d'un esprit aussi peu bavard que le tien. Au temps où nos deux existences marchaient côte à côte , ton cœur était un roman qui devait toujours paraître et qui ne paraissait jamais , comme beaucoup de romans que nous connaissons ; tu te promenais des journées entières au bras d'un paradoxe mal vêtu... mais le voyage semble t'avoir métamorphosé. . tu n'es pas encore un autre , mais tu n'es déjà plus toi... ton cœur a-t-il enfin paru, et vas-tu m'en faire tir» la première livraison? cette livraison égarée par la poste?
Ah ! tu es cruel, Bachu ! mais non , tu ne peux pas savoir. • • tu n'as pas reçu mes dernières lettres.
BACHU.
J'étais informé cependant que tu viendrais en Italie par le Tyrol, et en France par la Lombanlie.
ANDRÉ
Je ne viens pas en Italie, je retourne en France.
BACHU.
Toi?
ANDRÉ
Oui, je rentre à Paris auprès de M. de Reuille; il ne m'a jamais écrit, tu- sais. (Après un silence.) Elle a été bien triste > n'est-ce pas, bien désespérée?
BACHU.
Qui ça? Ah ! oui, oui.
ANDRÉ
Elle m'a maudit?
BACHU, très-indifféremment.
Je ne sais pas; je n'étais pas là.
ANDRÉ
Mais tu sais qu'elle a été malade, mourante; tu me l'as écrit.
BACHU.
Ai-je dit mourante? c'est peut-être exagéré; mais elle a été fort malade , c'est vrai.
Et à présent?
BACHU.
Oh ! à présent il n'y paraît plus, elle va on ne peut mieux , cher ami.
ANDRÉ
BACHU.
ANDRÉ