SCÈNE V. Les mêmes, ANDRÉ
ANDRÉ*
Terre! terre!
BACHU.
Nous allons déjeuner, n'est-ce pas? j'ai un appétit de collégien qui sort du réfectoire.
COTTELET.
Mettez la nappe, je vais aider à débarquer les colis.
d'athïs.
Tu ne réponds pas?
BACHU.
André!..*
ANDRÉ
Prête-moi ton mouchoir, Bachu.
BACHU.
Pourquoi faire?
ANDRÉ
Pour essuyer mes larmes.
COTTELET.
Pauvre ami, tu iîi'in quiètes... que sont devenues le* provisions?
ÀCf Ê 1, S(ÎÈNE V. Il
Dans le lac!
COTTELET.
Le déjeuner naufragé!
ANDRÉ
. 11 a péri corps et biens!
, BACHU.
Sacredié! Repàsse-moi le mouchoir, je partage ta douleur.
(il s'essuie les yeux.)
d'athis.
Mais comment cela s'est-il fait?
ANDRÉ, se tarant.
Comment?. .. voilà ce que Ton demandé toujours. Gomment? hommes de peu de foi, il vous faut des explications... Comment! par un balancement immodéré de la nacelle... par un choc violent sur un récif de vieilles souches, par la fausse manoeuvre d'un ridicule batelier, qui, sans doute, en voulait à mes jours...
COTTELET.
Et aux nôtres, le gredin !
BACHU.
Et tu n'as pas plongé dans l'onde doublement amèref
ANDRÉ
Si fait!
TOUS
Ah!
J'ai sauvé une pantoufle... elle est dans le bateau, on peut 1§l voir.
BACHU, désespéré.
Oh! les voyages par mer!... les voyages par mer ! je ne les comprendrai jamais.
COTTELET.
Que pourrions-nous bien manger ici?...
BACHU.
Que ne l'as-tu apporté, ce déplorable batelier? nous l'aurions dévoré.
ANDRÉ
J'y ai bien pensé... niais il était si maigre !
d'athis.
Moi, j'attaque le gazon.
M LE CHEMIN LE PLOT L<fflG.
ANDBft.
Une primeur!
BACBU.
Tu ris... tu as déjeuné!
ARDRE
Je ris, parce qu'il y a une Providence pour les naufragé»... Voyez» j'ai eu le bon esprit de vous conduire devant une maison habitée... c'est bien le diable si nous n'y trouvons pas 4 qui-manger.
Oui, compte sur l'hospitalité des naturels dlSnghien».
d'atbis.
Serions-nous en pays sauvage?...
BACHU.
Nous sommes en pays bourgeois... c'est bien pis.
COTTELET.
Voyons, tu connais la dame du logis?
ANDRÉ, quittant la grille.
Moi? le ciel m'en garde !.. c'est sans doute quelque petite bourgeoise, bien rouge et bien sotte, veuve d'un monsieur qui a eu l'inappréciable bonheur d'inventer un pétrin mécanique. Elle dévore miette à miette son gâteau doré, et promène sous ces verts ombrages sa mauvaise humeur en chaussons de lisière... Non, je ne connais pas l'idéale ou bourgeoise beauté qui habite cette demeure... le ne suis pas plus monsieur de Richelieu qu'elle n'est mademoiselle de Belle-lsle, et que Bachu n'est d'Àubigné. Mais je parierais n'importe quoi, avec n'importe qui, que dans cinq minutes j'aurai son coeur si elle en a un.
d'athis.
Monsieur de Richelieu demandait trois jours.
COTTELET.
André demande cinq minutes... Autres mœurs, autre temps.
ANDBÉ, faisant quelques pat t puis revenant.
Non , je pourrais gagner. . .
Voilà comme nous comprenons l'amour, nous autres jeunes gens... il pourrait être, mais il n'est pas... il n'a pas vécu,