PIÈCE XIV
M. Frantz Guiderin, député, à M. le Sous-Préfet de Tarentonne.
Monsieur, Vous vous êtes permis de m'écrire qu'en exigeant de votre complaisance le classement imnu'diat du chemin de Saint- Marcel;, je vous i)laçais dans une pénible alternative, Madame la marquise de Flam-' meray vous mettant, d'autre part, en demeure d'ajourner ce classement. Vous entendez vous l'aire un mérite auprès de moi de ce (jue, réduit à opter entre la la marquise et moi, entre son amitié et le classement du chemin, vous n'avez
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})ns liésité, pour me plaire ù sacrifier cette amitié, à rompre de cliers liens. Vous ajoutez qu'oublieux de toute reconnaissance, vous avez contre le gré de cette dame, procuré ou presque procuré le classement du chemin, et, par suite, renoncé à vos intimités à la Glanderaie.
Vous me faites là, Monsieur, de bien étranges confidences.
Sans doute, je vous ai, je crois, exprimé... vaguement... le désir de voir se créer un chemin que de premières informations m'avaient représenté comme utile ; mais il n'était pas indispensable, en m'annonçant la suite donnée à cette affaire, de ternir, comme vous le faites indignement, la réputation d'nne femme considérable et charmante. Il n'est ni généreux, ni délicat, à un homme, de faire entendre qu'une femme l'a honoré de quelque attention ; toute insinuation de cette naliuv, même adressée à quel-
qu'un (ju'on suppose l'ennemi de cette femme, est une faute, et pis que cela.
Dans le cas présent, d'ailleurs, ces insinuations s'appellent des calomnies. M. de Flammeray est mon ami intime, et j'ai depuis longtemps l'honneur d'être admis dans le salon de sa femme ; la courte séparation qu'avait récemment amenée entre M. de Flammeray et moi un passager malentendu n'autorise personne à énoncer devant moi d'injurieuses suppositions sur le compte de Madame de Flammeray. C'est à tort qu'on croirait me servir en desservant les hôtes de la Glanderaie.
N'a-t-on pas eu l'impudeur de supposer que j'avais l'intention de maintenir ma candidature aux prochaines élections contre la candidature de M. de Flammeray ! Je ne sais qui a pu accréditer ce faux bruit. M. de Flammeray et moi marchons d'accord ; je n'ai autrefois accepté un siège au Parlement que pour le préparer
à ce clier el digne ami ; je compte prochainement lui restituer un poste où l'appellent ses éclatantes lumières, et rentrer dès lors dans une obscurité que charmera une intimité reconnaissante et croissante avec les châtelains de la Glanderaie.
Quant à la question spéciale de ce chemin, Monsieur, c'était à vous de m'éclaii-er au lieu de servir mon erreur au profit de je ne sais quel odieux cabaretier!
Si, comme je crois me le rappeler, j'ai demandé l'exécution de ce chemin, c'était , à vous de m'apprendre ce que je constate depuis que mes excellents hôtes m'ont fait étudier la chose sur place; depuis cjue, réconcilié avec eux, je suis à la Glanderaie, où j'avais quelcpie temps cessé de me présenter I C'était à vous de me faire remarquer la parfaite inanité de ce projet de classement.
Madame la marquise de Flammeray,
dont l'esprit est si pénétrant, n'a jjourtant, me dit-elle aujourd'hui, rien négligé pour vous intéresser à cette sotte affaire.
Que ne m'éclairiez-vous sur les arguments, si convaincants prodigués par cette personne d'élite dans les entretiens particuliers qu'elle me fait quelquefois l'honneur de m'accorder depuis notre réconciliation, alors que fuyant la foule des invités et retirés dans quelque coin solitaire du parc ou du château, nous épuisons, sans nous lasser, cette matière et l'étudions sur toutes ses faces I
En résumé, Monsieur, vous avez négligé d'apporter à cette affaire le sérieux qu'elle comporte ; et vous aggravez vos torts en essayant de faire, à mes yeux, planer quelque nuage sur l'inattaquable réputation d'une femme supérieure. Mais, sachez-le bien, je me déclare champion et défenseur d'une vertu que je connais et j'apprécie plus que personne...
Cette femme haute et grande vous pardonne, Monsieur; elle me charge de vous le dire... Mais ne vous avisez pas, je vous prie, de vous présenter à la Glanderaie.
Je vous déclare que rien au monde ne pourrait m'être plus désagréable que de vous y voir, et que je vous le témoignerais : d'abord, en vous faisant immédiatement destituer ; ensuite en vous plaçant six pouces de fer dans le ventre I