‹ Le cheval anglais: extrait du manuel du sportChapitre 30 sur 62 · VITESSE ACTUELLE ET USAGES DES CHEVAUX DE COURSE · texte numérisé non relu

VITESSE ACTUELLE ET USAGES DES CHEVAUX DE COURSE

MODEUNES.

Section I. — Vitesse actuelle.

27. En examinant les chroniques des courses telles qu'elles sont tenues dans les années qui viennent de s'écouler, Ton verra que de 13 1/2 à 14 secondes par furlong, est la plus grande vitesse obtenue dans aucune de nos courses de plus d'un mille de longueur, et avec 8 st. 7 Ib. (1) portés par les chevaux de trois ans. En 1846, SurpUce et Cymba gagnèrent le Derby et les Oaks, chacun courant la distance en 2 minutes et 48 secondes, exactement 14 secondes par furlong (2). Ce train n'a jamais été atteint depuis cette époque, cependant ^he Flying Dutchman en a bien approché, en restant 2 secondes de plus, ce qui met son train à 14 secondes 1/6 par furlong. Mais la plus magnifique prouesse d'un cheval de trois ans est celle de Sir Tatton Sykes, sur l'hippodrome du Saint Léger, qui a 1 mille 6 furlongs 132 yards (3) de longueur, qu'il parcourut en 3 minutes et 16 secondes à un train qui donne à très-grande proximité 13 secondes 1/2 par furlong (4). Avec une année de plus et le même poids, cette vitesse a été légèrement dépassée par West Australian, même sur un espace plus étendu, quand il battit Kingston seulement d'une tête, courant 2 milles et 4 furlongs (5) en 4 minutes 27 secondes, aussi près que posble de 13 secondes 1/3 par furlong. Cette course est la meilleure de l'époque moderne, en considérant le poids, l'âge et la distance, et elle soutient bien la comparaison avecl'exploitsouvent cité de Childers sur le terrain de Beacon, quand à six ans il battit Almanzor et Brown Betty, portant 9 st. 2 livres (5), et faisant la distance en 6 minutes et 40 secondes, ou au train de 14 secondes 1/3 par furlong (6). Ainsi, en lui passant son

fl) 8 st. 7 = 53k. 947.

(l) 1 mille vaut 1609'n3l49. -- 1 yard, O^giAi. — l furlong (220

yards) 201 '"164 4. — 2'48" à 14" le furlong font 2413nï9728 pour le Derby (pour 2 kl'., 2ml9".)

(4) Pour 2000". Sir Talion aurait mis 2 m. 13 s.

(5) 4023»n28, ou pour 4000™. 4 m. 25 s. (West Australian et Kingston). Furlong, 20l"'l().

année pour le mille de plus qu'il avait à courir et pour les deux livres qu'il portait de plus que Kingston, il aurait été dépassé à Ascot de 1 seconde par furlong, et aussi par New Australian avec ses conditions d'ftge. Si nous comparons encore ces résultats sur le turf anglais avec les exploits récemment vantés des chevaux américains, Ton trouvera qu'il n'y a aucune raison de craindre que nos rivaux, dans le jeu du progrés, ne viennent à nous dépouiller de nos lauriers. Le 2 avril 1855, l'on a fait courir à la Nouvelle-Orléans une course de longueur à Lecomte et Lexington, tous les deux de quatre ans. Le dernier, qui gagna, parcourut les 4 milles portant (7 st. 5) (1) en 7 minutes 19 secondes 3/4, ou à une grande approximation 13 secondes 3/4 par furlong. Cette course passe en Amérique pour la meil • leure que l'on ait enregistrée, et c'est sans contredit un résultat estimable, quoique (si l'on considère combien le poids était léger) il ne soit pas aussi près de nos meilleures vitesses anglaises que l'on pourrait le croire au premier coup d'oeil. Le 14 avril dernier, Brown Dick et Arrow coururent 3 milles sur le même hippodrome en 5 minutes 28 secondes, ou au train de 13 secondes 2/3 par furlong ; le premier, âgé de trois ans, portait 6 st. 2 Ib. et le dernier, qui avait cinq ans, 7 st. 12 Ib. (49 k. 76). D'où l'on verra que Kingston, du même ège que Arrow et portant 9 st. (57 k. 05) au lieu de 7 st. 12 Ib. (2) courut 2 milles 1/2 à un meilleur train que Arrow ses 3 milles, et cela à 1/3 de seconde par furlong (20 1™1 6), et nous venons en outre de montrer que, l'année dernière, deux chevaux ont excédé le plus beau résultat des anciens temps de 1 seconde par furlong, et surpassé la plus grande vitesse de l'Amérique actuelle de 1/3 de seconde par mille (1609°*). Ainsi, il n'y a aucun fondement dans l'assertion qui attribue à nos chevaux d'être dégénérés dans leurs moyens de courir une bonne distance avec du poids sur le dos, puisque j'ai montré qu'en prenant pour exact le temps pris par Childers, temps sur lequel il y a encore du doute, ce cheval avait été récemment très-considérablement surpassé par West Australian et Kingston. Plusieurs assertions hasardées ont été faites sur la vitesse, pourunmiUe, de chevaux du dernier siècle, mais on ne peut leur accorder aucune con-

(1)7 st. 5 font 46k. 624.

4 mi les, 6437'»2596.

(2)7 st. 12 1b. 49 k. 7971.

fiance. C'est une fiction absurde de supposer que jamais cheval le course ait pu parcourir un mille dans une minute , et il n'est [MIS supposable que Childers, qui ne pouvait mieux faire que nos chevaux modernes sur l'hippodrome de Beacon, eût réussi à les Borpasser pour une plus courte distance. Le fonds était inconhBtoblement le forte des premiers coureurs ; ils étaient petits, nerveux et près de terre, indubitablement ils bravaient la disluice, et pouvaient courir successivement pendant des mois et les amiéesy d'une façon bien rarement imitée de nos jours ; Dais que, dans leur petite forme compacte, ils pussent fournir une petite course aussi vite que nos chevaux de trois ans modernes, c'est une illusion, qu'un homme de quelque expérience des courses n'admettra jamais un seul instant*

28. — La taille et la forme du cheval de pur sang mo-^ deme sont supérieures à celles des anciens temps, si nous en ponvons juger par les portraits que nous en a laissés Stubbs, qui était de beaucoup le plus fidèle des peintres d'animaux dans k dix-huitième siècle. En élégance de formes, nous surpassons considérablement les chevaux de cette époque, surtout parla >beauté de la tête et la forme de l'épaule, dont les éleveurs se 6ont beaucoup occupés. Pour la taille aussi l'on a fait un pas immense, la taille moyenne du cheval de course ayant été aug-^ mentée d'au moins une main (1) dans le siècle qui vient de s'écouler. Cet accroissement est, je crois, principalement dû à. Tarabe Godolphin, qui fut le père de Babraham, le seul cheval de son temps qui atteignît 16 mains, et aussi père et grandpère de plusieurs qui dépassèrent 15 mains, très-au-dessus de la moyenne des chevaux de l'époque, comme par exemple,. Peamought, Genius, Gower Stallion, Infant, Denmark, Bolton, Cade, Chub, Lofty et Aniphion. Sans doute l'on trouvera, en examinant les chevaux de ce temps, qu'entre 130 vainqueurs dans le milieu du dix-huitième siècle, il y en avait seulement dk-huit de 15 mains et au delà, parmi lesquels dix-huit, onze étaient par Godolphin et ses fils, trois par Darley Arabian, deux par le turc de Byerley, et deux d'autres provenances. L'on peut donc assurer, avec quelque degré de probabilité, que raccroissement de taille est en grande partie dû à Godolphin,

(l) Imain, 0>"1016.

ISmans, in»5î40.

16 mains, 1<°6256.

56 • LA CHEVAL AXCiLAÎS.

sans compter ce qiie Ton a dû anx soms excessifs ei à l'aftentiondont la râce de chevaux a 'êteYobjèL Toutefois, il n'y a point de soins ni d'efforts qui puissent accroître la taillé de certaines races, et «'il n'y eût eu cette aptitude à l'accroissement, aucune masse d'attentions n'aurait pu porter le cheval à la moyenne actuelle, qui peut être misé aux environs de 15 maîns 3 pouces (l'^eo). ' '

Section III. — La maturité prématurée est incompatible avec la

durée.

29.-^ Les lois qui règlent la croissance et la décadence sont immuables, et l'on peut toujours proclslmer qu'en. proportion de la rapidité de l'accroissénient on trouvera le dépérissement prématuré de l'être animal ou végétal. Ainsi le chêne est plus duraWe que le mélèze, et l'éléphant vit plus que le cheval ; de même l'on trouvera dans les lévriers, les chevaux, les moutons ou les bœufs, que ceux qui. viennent les premiers à maturité sont les premiers à décroître ou du moins à en donner des signes palpables, cardans l'état de domesticité la véritable décrépitude est rarement tolérée. Il faut en conclure que quand l'éleveur s'attache à produire des poulains qui, à deux ans, soient formés comme de vieux chevaux et soient en état de lutter avec eux pour de courtes distances, il en résultera toujours qu'il atteindra son but en sacrifiant en grande partie leur durée, comme se manifeste la diminution de force dans la constitution et la nature faible et peu résistante des organes de la locomotion. Le bois dont on les fait n'est plus du chêne, mais du sapin, et ne peut pas plus être comparé aux matériaux dont on faisait les chevaux à l'ancienne mode que l'on ne peut assimiler ces bois de construction. 11 est vrai que même aujourd'hui l'on peut présenter quelques exceptions qui semblent provenir de matériaux comparables au fer, aussi bien qu'autrefois Eclipse, Childers et leurs contemporains ; nous pourrions citer Rataplan, qui la saison dernière a couru 29 fois, gagnant 18, et Angelo, qui a couru 35 fois, mais n'a été que 10 fois vainqueur. Cependant ce sont des exceptions, et la grande ma • jorité de nos chevaux ne peuvent paraître sur l'hippodrome plus de 8 ou 10 fois, et beaucoup n'approchent pas de ce' nombre. Childers et Eclipse avaient l'un et l'autre cinq ans quand on leur fit subir l'entraînement, et c'était l'usage ordinaire de l'époque. Pour en citer un exemple. Miss Neesham naquit en

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1720, et courut pour la première fois pour le Plat royal, à York, en 1726, elle continua à courir tous les ans jusqu'en 1731, où elle fut employée comme poulinière pendant deux saisons, produisant miss Patty. En 1733, Miss Neesham, maintenant sous le nom de Mère Neesham, gagna un plat à York, et ensuite, en 1734, gagna deux poules sur le même hippodrome dans sa quatorzième année. L'on ne connaît rien de pareil de nos jours, et môme un cheval courant h 8 ans est une rareté. Beeswîng, il est vrai, courut et gagna de bons prix dans sa neuvième année, mais c'était une rara aviSj et nous devons attendre quelque temps avant de retrouver sa pareille.

30. — Les chevaux de course ne doivent pas néanmoins être considérés comme réellement dégénérés simplement parce qu'ils sont plus tôt mûrs qu'autrefois, mais il n'y a pas de doute que leur type n'ait été modifié par T attention que Ton a mise à produire cette particularité. Le type du cheval de course est maintenant plus rapproché de la forme du poulain de deux ans; il est devenu plus vite, mais il perd du fonds en proportion. Cela se comprend facilement, parce qu'il est impossible qu'un cheval puisse maintenir une haute vélocité pour un aussi long temps et pour une distance comparable à celle qu'il franchirait à un«galop moins rapide. J'ai montré qu'il pouvait faire et faisait maintenant la même distance en moins de temps que Childers, mais qu'il puisse maintenir son fonds de train aussi longtemps que le cheval à la mode d'autrefois, je suis loin de le croire. Un cheval lent peut maintenir le train qu'il peut atteindre pendant longtemps si on le compare au cheval vite, et on peut le mener ventre à terre pendant toute la distance, à nfoins qu'elle ne soit fort longue. Encore faut-il qu'il ait assez bon caractère pour s'y prêter. Mais le cheval vite se crèverait promptement si on lui permettait de s'étendre ou si on l'excitait à le faire pour n'importe quelle distance d'hippodrome ; il faut donc le ménager à un certain degré, de peur des conséquences. Id, nous devons d'abord prendre en considération ce type poulain, puis l'état des os et des muscles à l'ftge de deux ans, puis l'épreuve à laquelle on met tout cela par l'entraînement prématuré. De sorte que toutes choses concourent à la production d'animaux tarés et de faible complexion, et l'on ne peut s'étonner si la proportion des boiteries et autres infirmités s'en accroît, n est vrai aussi que nos hunters et autres chevaux arrivent ausâ plus tôt à leur entière croissance, cela procure sans doute

ifi LE CHEVAL VS&LAXS.

un avantage; mak je crains qu'il ne sôit plus \ne «ontre-^iMlrlancé par leur décadence prématurée et le manq^ue de durée dô leurs jambes et de leurs pieds, comme le témoigne la. fréquence des cas d'articulations enflammées et de pieds malades qui prévalent maintenant chez les chevaux de chasse et déroute. Aina, ce que l'on gagne de trois à cinq ans se perd de dix à quinsfe, et il y a surcroît de perte, je le crains, car il est hors de doute qu'il faut élever plus de chevaux pour un temps donné .qu'il n'était autrefois nécessaire, soit pour la chai^se, la routé ou le harnais. Toutefois, et comme je l'ai dit précédemment, le chaagement n'est pas entièrement en mal, et l'utilité anticipée du cheval est une légère compensation de son usure prématurée. 31. — Le grand ohjet de nos jours est la production d'un grand nomhre de chevaux de pur sang en état de produire de solides chevaux de route et de chasse. Maintenant, ce but est incompatible avec le système actuel ; on doit s'attendre & les voir de jour en jour plus délicats et plus frêles. Pour plusieurs objets, le cheval oriental est tout à fait impropre, comme» par exemple, pour tirer du poids et donner dans le collier ; là, son courage, sa légèreté et la vivacité de son tempérament sont l'inverse de ce que la besogne réclame, et il est de beaucoup surpassé par le vieux cheval de charrette anglais ou pai^ l'espèce moderne perfectionnée pour le gros trait. Aucun cheval de pur sang ne voudrait faire des ejïorts suçcessife à plein col-^ lier comme les chevaux de nos bonnes espèces chaaretières^ ^^ par conséquent, il n'a pas été formé pour une <euvre qm doit être accomplie par des efforts lents et persévérants. Le cheval oriental et ses descendants tirent par saccades, et, quoique Tha-^ bitude puisse les modifier jusqu'à un certain point, jamais on ne les élèvera pour le trait au niveau du 'cheval de charrette anglais, même si l'on pouvait augmenter suffisamment leur poids, la grosseur et la force de leurs membres.

33. — Il a été ainsi démontré que le cheval de pur sot^ td qu'on le produit est seulement utile pour améliorer les races de nos hunters et de nos chevaux de selle un peu légers, et que, par son accroissement et son usure prématurés, il porte jpréjudice à leur résistance au travail sur nos routes^ qui devienu^it de plus en plus dures et éprouvent plus les memln^ et les pieds, n est assez clair, toutefois, qu'il a s^rvi à p^ectionuer ces races sous tous les autres rapports, et nous postédons dles chevaux parfaite à cet égarà^ exeett^ts ha(dâ3^ hmiters ^ ié-

gers chevaux de voiture, souvent tout cela à la fois dans le même individu. Ceci est la pétfectibn, et si Von pouvait en produire beaucoup, ce serait un grand avantage, car la plupKtt â6i3 g^fijs aimerafeût un cheval qui pût servir k tout, si pareil animal pouvait s'obtenir. Sans beaucoup de sang, la chose est impossible, et encore avec nos races les plus pures, quand le résultat est atteint, cela n'est pas pour longtemps, en eonséquence des effets que la dureté des routes produit sur l^urs membres délicats et ïeur^ pieds contractés. En conséqnencei ainsi que je Tai déjà remarqué, il y a nécessité que le gouvernement intervienne pour aider, par des choix attentif, à la production d'ime race de chevaux de pur sang qui nous donnent les trois espèces des hacks, hunters et carrossiers légers, utiles dans la vie civile, et dont on pourrait au besoin tirer des remontes abondantes pour la cavalerie* Les mêmes qualités sont requises pour le cheval de guerre que poui^ la vie civile ; ce qui convient bien pour un de ces services sera avantageux pour Vautre.

Section IK— 'Chevaux dé pur sang unique^Ttent ëleiyés pour

les œurses.

S4. — Mais en outre du service d'amélioration de notre population chevaline, le cheval de pur sang est emplojé à un usage fui n'est profitable en lui-même ni à' la nation ni aux individus, et que Ton soit en partie comme un plaisir et trop souvent par spéculation; Comme néanmoins c'est le seul moyen d'encourager cette ei^ce de chevaux essentielle à l'amélioration des e$|>èces utiles à noire existence et à notre bien-être, le mal peut être supporté en raison du bien qui l'accompagne, et BOUS devons des remerciments h ceux qui, pour un but quelconque, jettent des sommes considérables pour la production de ces admirables spécimens de l'espèce chevaUne que l'on présente tous les ans au poteau. Ils ne sont peut-être pas les meilleurs pour la production ; j'ai déjà indiqué qu'on la voudrait autrem^t dirigée ; mais jusqu'à ce que le gouvernement s'empare de la question et nous donne des animaux encore plus parÊeùts^ nous devons nous contenter de ce que nous pouvons avoir et faire l'éloge du pont avec lequel nous traversons l'eau, bien qu'il ne soit pas construit en cœur de chêne.

60 tE CHEVAL ANGLAIS,

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