HORS DE CHEZ LUI
De l'étude que nous venons de faire de l'histoire du cheval anglo-normand depuis le commencement du siècle, il résulte d'une façon nette et précise, pour tout esprit non prévenu, que si de grands et nombreux sacrifices ont été faits par l'Etat pour doter notre production équine des types les plus précieux, nos éleveurs, de leur côté, ont répondu à l'impulsion donnée par les Haras et que l'anglo-normand s'est affirmé en Normandie comme reproducteur du plus grand mérite..
En présence des attaques dont l'anglo-normand est l'objet, alors qu'on l'accuse d'empoisonner les pays où on lui fait faire la monte, il n'est pas inutile de le suivre dans les divers centres de production, où l'Administration des Haras juge bon de le placer, de voir s'il répond partout aux exigences de l'éleveur et du consommateur.
De ce que l'anglo-normand est un métis, c'est-àdire un produit dont les attributs mixtes participent de leur double origine, en se rapprochant davantage de l'une ou de l'autre, selon que l'un des parents aura
prévalu dans l'acte de la génération, s'ensuit-il qu'il soit un mauvais reproducteur ?
Evidemment non !
Sans doute, d une façon générale, dans le début, il ne faut pas s attendre à voir les produits d'accouplements parfois disparates, se perpétuer sous un type bien constant ; sans doute, il doit arriver et il arrive que le type de la nouvelle famille varie, comme flottant entre les points extrêmes qui différenciaient les deux races dont il provient; mais, néanmoins, il survient un moment où une longue suite d'alliances, constamment assorties dans le sens du moyen terme, rapprochent et confondent toutes les nuances en une complète uniformité.
La race est alors confirmée et il ne reste plus qu'à en allier les produits entre eux, en opérant une sélection, c'est-à-dire en choisissant ceux qui, sous le rapport des formes et des qualités, conviennent le mieux aux besoins et aux goûts du consommateur..
Que s'est-il passé en Normandie?
Acceptant le cheval de pur-sang comme laméliorateur type, on l'a croisé avec des juments déjà améliorées choisies avec soin.
Il s'est ainsi créé des types en sous-ordre qui, à leur tour, ont transmis l'amélioration à des types divers, jusqu'au point où, par une combinaison suivie et habilement pondérée entre le sang régénérateur et le sang indigène, on est arrivé à fixer les traits caractéristiques de la race, transmissibles, dès lors, d'une façon certaine.