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COURSES DE DEMI-SANG

Courses au trot. — Malgré la défaveur dont elles continuent à jouir parmi le grand public, qui ne voit dans ces épreuves qu'un spectacle émouvant et un jeu, les courses au trot n'en constituent pas moins la méthode la plus sûre, la plus certaine, pour juger des mérites d'une certaine catégorie de demi-sang qu'on a désignés sous le nom de trotteurs.

Les courses au trot sont, pour le demi-sang, ce que les courses au galop sont pour le pur-sang, c'est-àdire des épreuves propres à mettre en relief les qualités indispensables de tout reproducteur.

Instituées vers 1836, grâce aux efforts de M. Houel, un des plus distingués inspecteurs des Haras, les courses au trot ne prennent véritablement une certaine extension que lorsque le ministre de l'agriculture pose en principe, dans son arrêté du 30 septembre 1846, « qu'aucun étalon ne sera acheté par les Haras, s'il n'a été éprouvé, en concours public, soit dans des courses générales, soit dans des luttes particulières ouvertes à cet effet, » et donne suite à cette pensée en créant, par son arrêté du 4 février 1848, les courses d'essai au trot, à la guide et sous V homme, au Pin, à Caen, et à Alençon,

L'arrêté du 12 avril 1849, qui vient ensuite et géné ralise la nouvelle création en la réglementant, vise un double but : il ne veut pas seulement encourager l'éleveur à produire de bons et beaux étalons, en

lui accordant des prix rémunérateurs, il veut encore écarter de la production les animaux qui n'auraient qu'une seule qualité la vitesse,

C'est ainsi que l'article 5 exclut du concours « tout cheval entaché d'une tare héréditaire», ou qui, « sans être taré, n'aurait pas la construction désirable chez rétalon. »

Le môme arrêté stipule que, dans la majorité des cas, l'épreuve ne sera pas inférieure à 4 kilomètres et, distinguant les prix en prix de première et de deuxième classe, indique dans quelles conditions ces prix peuvent être disputés.

Comprises ainsi, les courses au trot ne devaient donner que de bons résultats et permettre à l'Administration des Haras, non seulement de se diriger dans le choix des étalons par la beauté, la distinction des formes, mais parles qualités de vigueur, de vitesse et de fonds.

Mais, si les courses au trot ont eu l'immense avantage de faciliter le choix des reproducteurs d'élite, elles ont encore engagé l'éleveur à mieux nourrir ses produits pour les mûrir plus vite, à leur donner une éducation plus rationnelle et plus hâtive en les entraînant méthodiquement.

Elles ont donc résolu un problème important et fait connaître les qualités inhérentes aux produits de demi-sang normands qu'elles permettent d'approprier et de livrer plus tôt au travail.

Ce n'est, en réalité, qu'à partir de 1864 que les courses au trot ont été définitivement consacrées

par la fondation de la Société d'encouragement pour V amélioration du cheval français de demi-sang, et que leur budget, qui n'était alors que de 92,000 francs, y compris les subventions de l'Etat, des départements et des villes, s'est successivement accru pour atteindre 201,845 fr. en 1872 et 1.492.337 fr. en 1897(1). Grâce à ces subventions relativement élevées et

qui, pour l'Etat seul, s'élèvent à 412,775 francs; grâce à la création des hippodromes de Vincennes et de Neuilly, les courses au trot ont donné les résultats les plus satisfaisants.

C'est ainsi qu'aujourd'hui les trotteurs forment une race à part dans la population normande, race ayant ses origines distinctes et tendant à se confirmer de plus en plus par une sélection sévère et continue.

Mais, comme pour les courses au galop — il ne faut pas hésiter à le dire — l'Administration des Haras, au lieu d'appliquer toujours l'arrêté du 12 avril 1849, conçu avec une si grande hauteur de vues, a, dans nombre de circonstances, sacrifié la conformation à la vitesse.

La vitesse, nous l'avons vu, s'est accrue dans des proportions incroyables, l'on est arrivé à produire des chevaux couvrant leurs 4 kilomètres en 6'08", mais à quel prix? -

Non seulement l'allure est absolument désunie, ne lient ni du trotni du galop, mais la plupart du temps, spécialisés à outrance, fatigués par un entraînement

(1) Dans cette somme sont comprises celles affectées aux épreuves d'étalons et aux épreuves de pouliches.

excessif et prématuré, les trotteurs les plus appréciés sur l'hippodrome ne constitueraient que de mauvais reproducteurs.

De l'origine, de la vitesse, tels sont les principaux facteurs dont le poids fait pencher la balance.

Ce n'est pas assez et Ton est en droit de crier gare !

Reconnaissons toutefois que les courses au trot sont excellentes en soi, qu'elles ont donné de très bons résultats, que la plupart des étalons de l'Administration sont des reproducteurs d'élite, bien suivis, bien soudés dans toutes leurs parties et, pour conclure, disons :

Réglementez les courses, comme en 1848, excluez de V hippodrome tout animal entaché d'une tare héréditaire ou n'ayant pas la conformation du rejiroducteur \

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