SES QUALITÉS : FOND ET VITESSE
On trouve consignés dans le livre du Général Daumas, que nous citions plus haut, des exemples extraordinaires de fond concernant le cheval barbe.
Le capitaine de Saint Jullien, commandant l’annexe de Méchéria, rapporte que le colonel Ben. Daoud, alors capitaine, devant se rendre à Tlemcen, partit de Maama (à 32 kilomètres de Méchéria), à 7 heures du matin et arriva le soir même à El.Aricha, ayant parcouru environ 460 kilomètres avec lamême jument.
Pendant l'insurrection de Bou-Amama, un indigène des Ouled-Mansourah, apprenant que des Marocains étaient en route pour razzier son douar, partit en toute vitesse donner l’alarme au douar, en repartit après une heure de repos et se trouvait le lendemain à 8 heures, à 35 kilomètres du Chott-
Tigri, ayant pris part avec son goum à un engage-
ment avec les Marocains. [l avait parcouru 255 kilomètres dans les 24 heures.
Le général de Gallifet a connu les propriétaires de plusieurs juments qui, poursuivant l’autruche ou lantilope addax, fournissaient, au galop, des traites interrompues de 22, 28 et 35 kilomètres.
L'Emir Abd-el-Kader affirme que « sans abuser, en mangeant de l'orge ce qu’il veut, un cheval peut faire tous les jours, sans se reposer un seul jour, pendant trois ou même quatre mois, seize parasanges (80 kilomètres)» (20).— Et il cite des groupes de 30 à 40 de ses cavaliers faisant des marches forcées de 300 kilomètres, opérant une razzia et revenant en trois nuits.
Aux courses de Méchéria, en 1913, Saad, entier, 9 ans, À m. 46, bai (des Ouled-Fradba, Hamyans), arrive premier après un parcours de 27 kilomètres en 44 minutes.
Les raids effectués par les 1” et 5° régiments de Chasseurs d’Afrique, sous les ordres des colonels Varin et Aubier, méritent d'êtres cités comme de beaux exemples d'endurance et démontrent la science parfaite des cavaliers en même temps que la résistance des chevaux nord-africains.
Voilà pour le fond.
Pour ce qui est de la vitesse, le barbe n'est pas un coursier aussi rapide que le pur-sang de choix : ilne parcourtpas le kilomètre en { minute 5. Cependant les qualités de quelques uns se sont affirmées
de facon indiscutable.
En 1890, César IE, 4 ans, fit 3.600 mètres en 439:
à Oran.
En 1891, Bou-Abdelli, a-b, fit 3000 mètres en 343, à Alger. |
En 1892, Professor, a-b, court à Blida, Souk- Ahras, Tébessa, Bougie, Guelma, Le Sig, Pérrégaux, Aïn Témouchent, Alger, Oran, fournissant pendant trois semaines consécutives üne ou deux courses par semaine. — En 1893, à Oran, il enlève la course de fond contre Silphide, pouliche de pur: sang anglais, Faisan, 1/8 de sang anglais et Frondeur, anglo:arabe, Mascara, également barbe arrivait second, les autres très loin. — Le 21 maï de la même année, Professor gagnait à Blida la course de fond, 4.500 mètres en 451, sur une piste bien connue et dans un terrain fort détrempé. — Il faisait, quelques jours après, sous 70 kilogs, 3.009 mètres en 340 ; Jallah, a-b, faisait 1.500 mètres en L m 46,
En parlant des succès remportés par certains chevaux barbes sur les hippodromes, notre intention n’est pas de conclure à des généralités englo bant l’ensemble de la race. Ce sont là quelques exemples seulement ; mais ils montrent que le che: val du Nord de l'Afrique est un cheval qui n'est pas dépourvu d'intérêt, qu’il possède souvent des qualités de haute valeur, que certains hommes de cheval, hypnotisés par les performances des chevaux de pur sang, ne veulent pas voir. Et quand quel-
ques-uns les veulent utiliser, c’est de facon si bru:
tale, tellement en déhors de toute méthode et de toute raison,qu'il semble que l'on assiste auxébats de jeunes enfants livrés à leur jeu favori qui cassent les jambes de leur chevaux de bois pour les faire courir sur le ventre.
Nous avons cité les pages élogieuses inspirées par ce fameux cheval de cavalerie, Mais à coté de ce héros, drapé dans son manteau de noblesse, qui de nous n’a pas vu ce vaillantet obscur barbillon, attélé pendant ces longues journées d'été, sur des routes défoncées, aveuglantes de soleil et de poussière, trottant toujours et tirant ces lourdes diligences bondées de voyageurs et surchagées de bagages. Rien n’égale l’endurance de ces braves bêtes,et quand arrive le relai,joyeusement la ration, souvent bien maigre pitance, est attaquée, et c’est en gambadant qu’elles vont à l’abreuvoir.
Attelés aux arabas, nos barbes assurent le ravitaillement des colonnes, des redoutes et des blokhaus, rivalisant de vigueur et de sobriété avec les
mulets. |
Pour se faire une idée exacte du cheval barbe utilisé au trait, pour savoir ce qu’il vaut réellement et ce qu'il peut faire, il faut s’en servir ou le voir à l'œuvre.
En 1910, une batterie du 3° groupe d’artillerie de campagne d'Afrique, attelée avec des chevaux barbes originaires de la Province de Constan-
tine, était désignée pour participer à la Colonne de
Métarka-Anoual (27 avril). Vétérinaire, chef de service, nous pouvions voir ces chevaux faire des étapes quotidiennes de 35 à 40 kilométres, à travers une région accidentée, dépourvue de pistes, se nourrissant sur le pays, s’abreuvant aux « r'dirs » dans le lit desséché des Oueds.Le 6 juin,la batterie rentrait à Aïn-Sefra, sans avoir éprouvé une seule perte !
On se demande de quoi serait capable une telle race, si on apportait dans son élevage un peu plus de soins etde méthode et dans son éducation plus de principes et de sollicitude.
LATE 8° PrdrS