C. — Les conditions culturales
C'est avec intention que nous n'avons pas suivi, dans cette classification, l’ordre logique : méthodes de: reproduction, modes d’élevage...., voulant en effet jeter un coup d’œil sur l’élevage chez le colon et chez l’indigène avant d'examiner comment les méthodes de reproduction sont comprises et appliquées en Algérie.
Après quoi, nous pourrons constater, non sans un certain étonnement, les résultats presque satisfaisants, obtenus dans des conditions si spéciales.
A. — Elevage
Il n’est pas à proprement parler d'élevage en Algérie. Dans le Tell, le colon et l’indigène ont des
juments qui travaillent toute l’année, jusqu’au der-
HÉUE P
nier jour de leur période de gestation, etle poulain qui naît, tant bien que mal, tombe sur la litière, parfois même sur le sol, se relève, s’allaite... et bientôt partage la ration de sa mère quard l’auge n’est pas trop élevée et qu'il y peut plonger son petit museau.
De pâturage, point ! Un paddock, la liberté, de folles randonnées au travers des champs feutrés d'herbes touffues, quel rêve! Etle soir, la jument harassée livre sa mamelle flasque et poussièreuse au poulain étique qui la suce et se fàche.
Le sevrage se fait tout naturellement à l’âge de cinq ou six mois.
Oh, certainement il y a des fermes où les choses ont changé. De riches propriétaires, pour la plupart se livrant au conimérce des courses,ont fait et font de l'élevage. Mais il s’agit ici d’un élevage spécial, Ce sont des croisements avec le pur sang anglais que l’on yopère,croisements sur la qualité desquels noüs aurons bientôt à opiner.
Pour notre part, nous ne connaissons aucun éleveur, dans la colonie. qui se soit attaché à faire du barbe, rien que du barbe, et à orienter les qualités de cet excellent cheval vers les nécessités de son utilisation actuelle. L'élevage, dans le Tell, est une pratique trop onéreuse pour le colon absorbé par les multiples soins à donner à ses terres et les aléas d’une exploitation que toùt menace ét que troublént souventderuineuses surprises : sécheresse siroco, criquets, phylloxera, etc.
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L'installatiôon,l’alimentation, le repos des juments qui manquent aux labours, les soins que doivent recevoir journéllement les poulinières et leurs produits, — dans un pays où le sol est aride et sec huit mois de l’année et où les animaux ne connaissent guère que le collier qu'ils quittent pour prendre le licol rivé à la mangeoire, — comportent dé trop nombreux écueils.
Tout cela rebute l’européen et seul l’arabe peut élever quelques poulains. Les soins dont il entoure les mères et leurs petits n’ont rien d’excessif, et, malgré la pauvreté des pâturages(?) il laisse les unes et les autres, une corde au pied, vaquer à leur aise et se tirer d'affaire. Les frais sont réduits au minimum : un « Coulfin » de menue paille (teben) en rentrant, quelques poignées de grains aux poulains quand ils approchent de quatre ans et que'la vente prochaine exige un peu de préparation.
Le cheval du Tell a toujours souffert; c’est généralement un cheval sans moyens, sans résistance au moment de l'achat et qui demande un crédit d'au moins deux ans avant de pouvoir répondre aux exigences d’un service un peu dur.
Surles Hauts-Plateaux et dans les Territoires du Sud, un penchant naturel, la foi religieuse, la tradition et aussi l'intérêt poussent l’indigène à la production du cheval. Pasteur ou guerrier, le nomade a besoin de bons chevaux pour voyager et rayonnér sur lés vastes étendues où se disséminent les
troupeaux. Et puis, les & djichs » ne lui impo-
sent-ils pas une constante préparation au combat.
Les chevaux du Sud sont engrainés de bonne heure. Poulains èt pouliches sont montés par des enfants ou employés comme bête de somme dès l’âge de 16 mois et les pouliches sont livrées dès leur deuxième année à l’étalon.
Les Arabes, que l’on cite toujours comme des cavaliers accomplis, élèvent, soignent, utilisent le cheval dans des conditions telles qu’ils déroutent toutes nos connaissances hippiques. 11 faut cependant bien reconnaître que leurs élèves sont de belle venue et ne portent pas les signes d’une usure précoce.
Grâce à la vie au grand air qui est la règle primordiale de leur élevage, les chevaux deviennent sobres, résistants, agiles et peuvent être mis en service de suite; et l’arabe du Tell le sait si bien qu'il se débarrasse de ses produits pour acquérir des che-
vaux du sud,
B. Méthodes de reproduction.
Sélection et croisements.
L'Algérie est un pays assez favorisé pour ne pas avoir besoin de s’occuper de la conservation de ses races; la nature se charge de faire le nécessaire.
Avant l'occupation française, la race barbe évo-
luait donc toute seule, sous l'impulsion du passé, en
harmonie avec les climats, les mœurs dés indigènes. Aussi sa physionomie et ses qualités remarquables, parfaitement adaptées au pays, se transmettaientelles invariablement, en dépit des causes de dégénérescence.
De nos jours, les choses se passent encore de même dans les régions éloignées des centres de colonisation, dans les tribus où la tradition musulmane a été davantage respectée, où les habitudes nomades restent en vigueur. Les Arabes, livrés à eux-mêmes, à leur instinct pourrait-on dire, n’utilisent que des étalons barbes et ne veulent à aucun prix de croisements. |
Le mode de régénération de la race par elle-même a tout au moins l'avantage de conserver l’espèce telle qu'elle est et de ne pas l’empoisonner par des reproducteurs mal choisis.
Dès les premières années de la conquête, les nouveaux occupants s’aperçurent ou crurent s'apercevoir que le barbe ne convenait plus aux exigences de l'époque ; il fallait l'améliorer, élever sa taille et amplifier ses forme$, pour répondre aux besoins de l’agriculture et des transports. |
Pour atteindre le but deux méthodes pouvaient être utilisées : la sélection et les croisements. Toutes deux donnent d'excellents résultats quand elles sont employées en suivant les règles de lois bien définies qu’il est indispensable de ne pas transgresser.
Par la sélection, on pouvait améliorer la race an-
cienne comme on pouvait obtenir une race nouvelle
avec des caractères et des aptitudes appropriés aux exigences nouvelles.
Mais il fallait aller vite, très vite!
On négligea donc la sélection, méthode trop lente, et on eut recours aux croisements.
Tout d’abord, on prit exclusivement comme améliorateur l’étalon arabe.
Originaire des pays chauds, élevé à la même école quoique moins à la dure, il montre comme le barbe de grandes qualités d'endurance et de rusticité. Malgré sa finesse prononcée, il supporte assez bien les années de misère et atteint son plein développement sans trop garder l'empreinte des pénibles conditions de l'élevage indigène. De plus, ce croisement supprime les aléas de l’acclimatation des géniteurs et de leurs issus; or, l'adaptation au milieu a toujours été, en Algérie, — nous aurons l’occasion de le constater à nouveau, — la pierre d’achoppement de tous les croisements tentés avec des races importées.
« L’arabe transmet ses qualités à ses produits : finesse de tissus, distinction, sang » — « Il donne une vitalité teile qu’il donne ce qu'il n’a pas: taille, force, moyens de vitesse ».— « L'arabe-barbe est plus séduisant que le barbe ». — Jacoulet et Chomel (21).
Il faut reconnaître avec MM. Jacoulet et Chomel que le croisement arabe-barbe a donné de bons résultats comme types. Il est curieux également
d'observer que le pur sang arabe donne avec le barbe
AE
des produits de grande taille. Mais i] faut aussi constater, et les colons ne tardèrent pas à s’en apercevoir, que l'amélioration recueillie de ce croisement se cantonne à la taille, aux qualités de sang, de distinction et d’allures, et ne pousse pas précisément le barbe vers sa nouvelle utilisation qui Le à en faire un cheval de trait.
Dans le commun, l’arabe-barbe, serré dans son devant, manque souvent d'unité; ses canons sont grèles et l’attache un peu longue de son rein le rend moins apte au service de la selle que le barbe. Enfin d’une manière générale, il se montre moins résistant,
Les étalons arabes furent bientôt délaissés.
Tour à tour les étalons français et anglais firent leur apparition. Les anglo-arabes, pur-sang anglais, anglo-normands, ardennais, tarbais, bretons, etc. donnèrent lieu aux croisements les plus abracadabrants, les plus inconsidérés.
Les résultats furent naturellement désastreux. La colonie fut infestée de métis pour la plupart ratés, usés avant l'âge où ils auraient dû raisonnablement entrer en service, perdus dans leurs aplombs et ruinés dans leurs membres pour avoir été mis trop tôt au travail.
Imbus de préjugés et d’idées erronées, les premiers colons, sous prétexte de bousculer des siècles de routine, avaient fait exactement le contraire de ce qu'ils devaient faire. Au lieu d’exalter les tendances
naturelles de la race, ils en avaient pris le contre-pied,
En prétendant que l’on pouvait obtenir partout les mêmes produits avec les mêmes moyens ils avaient méconnu l'influence du sol, de la nourriture, du climat, des soins et du mode d’élevage, facteurs essentiels en matière de croisement.
La reproduction, quand il s’agit d'améliorer une race ne peut marcher sans direction et réclame savoir, esprit d'observation, unité de vue et persévérance. Elle ne peut être abandonnée à l'initiative privée. +