À TOUS CEUX QUE J’AIME
Avant-Propos
La zootechnie est déjà riche en précieux documents sur la question que nous nous proposons de développer ici. De nombreux travaux ont été publiés sur le cheval Camargue, mais souvent incomplets. En outre nos races animales sont en évolution incessante : l'orientation à leur donner varie avec les conditions économiques perpétuellement changeantes. C’est pourquoi il nous a paru intéressant de rappeler dans ces quelques pages, non seulement les données essentielles déjà publiées à ce sujet, mais d’y ajouter quelques considérations personnelles que nous a dictées l’observation du Camargue, envisagé au point de vue de son exploitation actuelle.
Le sujet est extrêmement vaste, et s’il fallait l’envisager dans tous ses détails, ce serait un travail de longue haleine qu'il nous serait impossible d'élaborer devant l'obligation de satisfaire aux exigences professionnelles.
Nous nous bornerons à étudier rapidement dans cette thèse ce que fut la race Camargue, ce qu’elle est aujourd’hui et ce qu’elle pourrait devenir si l’on s’intéressait sérieusement à elle,
En France, les races indigènes ont été souvent abätardies, soit par incurie, soit par suite de dangereux errements, au point qu’elles ont failli cent fois être à jamais perdues. |
Ces erreurs, dont la race Camargue a été une des principales victimes, ont fait que la riche pépinière de chevaux que possède cette région, n’a pas donné les résultats merveilleux qu'on aurait pu en retirer, si elle avait été exploitée d’une façon rationnelle et intelligente.
L'importance de cette petite tribu de chevaux est bien maigre si nous la comparons à celle de beaucoup d’autres races françaises, et cependant par le nombre des services, tous locaux il est vrai, qu’elle a rendus, elle mérite d’être mieux connue et appréciée à sa juste valeur.
Loin d'encourager son amélioration on n'a fait bien souvent que la combattre. Sans raisons, on a proclamé le peu d'intérêt que présentaient des chevaux destinés fatalement à disparaître sous peu, abâtardis qu'ils étaient par les influences inhérentes au milieu dans lequel ils vivaient, abandonnés ou à peu près à eux-mêmes depuis de longs siècles, et sélectionnés par la seule « lutte pour la vie ». Tels qu'ils étaient, ils suffisaent, disait-on, aux besoins du pays, alors que, moins rustiques, il ne vivraient que difficilement et retomberaient dans leurs défauts primitifs.
Cette opinion ne fut heureusement pas celle de tous les hippologues. Au cours des siècles, de timides essais d'amélioration furent tentés, mais, hélas, tous abandonnés sitôt qu'entrepris, malgré des résultats souvent
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prometteurs. Aussi, loin de nous désintéresser d’une étude sur le cheval Camargue, nous la regarderons comme étant très digne d'attention, à l’heure où pour relever notre commerce nous devons suffire à nos besoins nombreux, sans secours étrangers, et retirer de notre élevage toutes les richesses qu'il peut renfermer.
Les progrès actuels de la mécanique, objecteront quelques adversaires du cheval, pourraient nous faire croire à l’inutilité qu'il y a désormais à améliorer une race chevaline. Qu'ils se détrompent, l'engouement: pour l’automobile aura son temps ; le cheval, ce moyen
de locomotion bien lent et bien primitf, jouera toujours un rôle des plus importants dans de nombreuses branches de notre économie nationale. L'homme ne pourra jamais l’exclure de ses travaux quotidiens ; ses façons de l'utiliser pourront varier sans doute, mais ce noble animal n’en restera pas moins un élément indispensable d'activité et un facteur de richesses de tout premier ordre. C’est pourquoi, quelques considérations sur la race chevaline Camargue. nous ont semblé présenter un intérêt suffisant pour que nous risquions de l’aborder, malgré les nombreuses difficultés qu’elles comportent. j
Notre but sera d'attirer l’attention des éleveurs sur la race qui nous occupe ; leur faire comprendre la valeur qu’on pourrait lui faire acquérir par des croisements choisis et répétés, et de les convaincre de la nécessité qu'il y a de poursuivre à son égard les timides essais d'amélioration déjà entrepris dans quelques rares « manades »,