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la monte se fait dans la manade, en liberté. au hasard, l’idée dominante n'étant pas la « qualité » mais là « quantité » des produits. |
Cette cupidité mal placée fait souvent servir à la reproduction de trop jeunes sujets, et ceci au détriment de qualités déjà bien compromises par les conditions d'entretien.
Des chiffres nous indiqueront mieux encore les résultats déplorables qu’on obtient de cette manière de faire : dans une manade, sur 25 juments livrées sans aucun soin à un étalon indigène, les résultats ont été : 6 juments stériles, 5 ayant avorté pendant l'hiver ; on obtint donc 14 produits naissant en février et mars, et sur ce nombre 4 furent victimes par la suite des intempéries ou des maladies. On voit qu'en somme une dizaine de poulains parvinrent à l’époque du sevrage.
L’incurie complète pendant l’époque de la croissance, fait prendre à ces jeunes animaux des formes disgracieuses et des constitutions chétives : la tête acquiert parfois un poids énorme contrastant avec la taille du sujet et la finesse de l’encolure ; les membres antérieurs se ressentent également des fatigues prématurées, on a souvent à déplorer de la raideur et de la gêne dans les mouvements ; l’arqure dont parlait Gayot n’a pas d’autres causes. En un mot ces jeunes sujets offrent souvent l'aspect de la fatigue et de l’usure avant même d’avoir été mis en service.
Seuls les plus robustes, ceux qui sont doués d’une constitution très forte résistent : on les sèvre alors à l'entrée de l'hiver, c'est-à-dire à l’époque ou la disette
commence à se faire sentir, mais alors, inhabiles à trouver une nourriture suffisante, ils restent longtemps chétifs et rabougris et ne peuvent faire des chevaux de service avant l’âge de quatre ans.
La même insouciance existe lorsqu'il s’agit du choix des étalons. Les juments sont saillies par les « grignons » ou étalons Camargues qui vivent avec elles dans les marais, le tout au hasard des rencontres ; très souvent des étalons s’enfuient dans une manade voisine et se livrent entre eux des combats terribles. Quelques rares éleveurs cependant choisissent parfois un « grignon » pour faire saillir leurs juments, mais ce choix n’a pour toute donnée scientifique que le plus ou moins d’aptitudes dont le cheval a fait preuve à la dernière « ferrade ». Ce choix fait, les autres chevaux sont alors châtrés. Cette opération était pratiquée autrefois par les gardians eux-mêmes. Ceux-ci avaient pour abattre les animaux un procédé tout particulier que nous tenons à décrire car il est encore employé de nos jours pour la castration, comme pour ‘ertaines opérations, hernie, clou de rue, etc. Ce procédé est fort simple et ne demande aucun matériel spécial, une simple corde suffit.
Après toutes les difficultés que nous avons déja décrites, le cheval une fois pris au « Seden » et amené près du lit de paille, est entravé et couché de Ia façon suivante : on se munit d’une corde longue de 8 à 10 mètres et de la grosseur du pouce.
Supposons qu'on veuille coucher le cheval sur le côté droit ; la corde est pliée en deux, exactement en son milieu, on fait un nœud coulant au-dessus du ge-
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nou droit en passant les deux bouts libres dans l’anse formée au milieu replié de la corde ; le nœud est serré de façon à l'empêcher de glisser sur le genou.
Avec les deux bouts libres de la corde, on fait un nœud au-dessus du genou gauche : les deux membres antérieurs ainsi fixés l’un à l’autre ont été rapprochés le plus possible.
Les deux bouts libres sont rassemblés ensuite et jetés entre les membres postérieurs à un aide placé derrière le cheval, ils sont ensuite séparés pour être passés l’un de dedans en dehors dans le pli du paturon postérieur gauche, l’autre de la même façon dans le pli du paturon postérieur droit. Ces deux extrémités libres sont ramenées en avant, puis passées chacune au-des-. sous de la partie de la corde qui relie les antérieurs aux paturons postérieurs, et passées ensuite entre les membres antérieurs, au dessus de l’attache qui les relie l’un à l’autre. Chaque bout de corde est confié à un aide, tandis qu'on place un homme à la tête et un autre à la queue.”
L'aide qui tient le bout de corde venant du paturon postérieur droit, tire de façon à soulever le membre correspondant, c'est ce moment, où le cheval ne repose que sur trois membres, que l’on doit choisir pour le coucher en tirant violemment sur la queue, et rompre facilement son équilibre. L'aide qui tient l’extrémité . de la corde venant du paturon postérieur gauche se contente de tendre la corde pour l'empêcher de glisser du paturon, jusqu'à l'instant où le cheval va basculer. À ce moment, et dès que le cheval a perdu l'équilibre, cet aide doit tirer violemment la corde :
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de façon à ramener le membre le plus près possible des antérieurs, et éviter ainsi que le postérieur ne se désentrave.
Le cheval étant couché, les deux bouts de corde sont trés par les aides afin de rapprocher les membres postérieurs des antérieurs. Chaque membre est alors respectivement fixé en entourant le paturon avec le bout de la corde correspondant serré suffisamment, puis noué.
Les deux parties de corde qui fixent chacun des membres postérieurs sont ainsi indépendantes à partir du nœud qui est au-dessus du genou gauche, on peut donc libérer un des membres pour le fixer dans la position spéciale nécessitée par l'opération à pratiquer.
Cette méthode d’abatage au moyen d’une seule corde supprime les difficultés et le danger qu'il peut y avoir à placer des entravons à un cheval jeune ou méchant, lorsqu'on n’a pas d’aides suffisamment habiles à ce travail. Ce procédé est rapide, très employé en Camargue ; il est simple, le peu de matériel qu'il nécessite et les avantages qu'il présente paraissent suffisants pour le faire connaitre.
Dressage des chevaux Camargues
Le dressage des chevaux est fait assez tard en général, il est l’œuvre du gardian ou du propriétaire. Les gardians, ces intrépides cavaliers, tant de fois célébrés dans les légendes et les récits provençaux, sont pres-
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que tous de véritables maîtres dans ce que nous appellerons la science pratique du cheval. Rostan écrivait à ce sujet : « Les bonnes qualités naturelles de ces chevaux résistent rarement à l'ignorance de la plupart de ceux qui les montent, à la rudesse avec laquelle on les traite, et aux châtiments presque continuels et le plus souvent infligés mal à propos, qu'on leur fait supporter. Les hommes qui se mêlent dans ce pays de l'éducation des jeunes chevaux s’y prennent si mal, la plupart emploient envers eux tant de dureté et de brutalité, que ce traitement finit toujours par rendre vicieux un cheval violent, et par ruiner celui qui est d’un caractère doux. De sorte qu'il est rare de pouvoir se servir avec sûreté et quelque agrément d’un cheval dressé à la Camarguaise... » |
À notre avis cette appréciation est fausse. Né et élevé au milieu des chevaux, le gardian en connaît les mœurs, il possède un sens inné de l'équitation, et sait tirer un excellent parti de sa monture pour le service spécial qu'il lui demande. Il montre une dextérité toute particulière lorsqu'il s’agit d'approcher, puis de saisir l’animal dans la manade, nous connaissons déjà avec quelle habileté il utilise son lasso de crin. Il semble exercer sur le jeune sauvage une sorte de magnétisme qui attire et maîtrise les plus farouches. En selle, il est remarquable, plein de puissance, d'adresse et d’audace pendant les courses folles de la ferrade. |
Il est regrettable qu'on n'ait pas songé à utiliser au profit d’un dressage plus utile l’habileté et le savoir faire de ces vaillants cavaliers. Ils sont doux, pleins de
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tact et d'expérience, et leur patience arrive aisément à bout des plus rebelles. On est surpris de la facilité avec laquelle ils travaillent en selle ; ils lancent leur « seden » sans jamais faire une fausse manœuvre et, c'est toujours le cheval qu'ils veulent maîtriser qui est pris. Celui-ci, inquiet comme s’il était en péril, s'épouvante aussitôt et fuit ; le gardian se laisse entratner un moment, mais gagne du terrain et arrive doucement à la bête ; il s’en approche, lui inspire confiance du regard, de la main et de la voix, puis sans l’effrayer, d’un geste habile, il lui enroule autour du nez une corde en manière de caveçon. Le jeune sauvage, un moment affolé, est vite un esclave docile qu'on peut examiner à loisir, sans trop le brusquer cependant, car si le Camargue n’est pas méchant par nature, il le devient vite par peur de l’homme.
Malheureusement, un dressage méthodique n'est exercé que sur un petit nombre de sujets, et, quoique plein d'intelligence, le cheval Camargue reste toujours un sauvage craintif.
Amélioration de la race Camarguë
Dune façon générale les méthodes d'élevage sont dominées par quelques principes essentiels.
Pour voir ses efforts se terminer d’une façon heureuse, c'est-à-dire économique, l’éleveur doit avoir égard aux ressources dont il dispose. Il prendra en considération le milieu où il doit faire son élevage, la fertilité de ses terres, la quantité et la qualité du fourrage qu'il y récolte, le climat de sa contrée, ainsi que le prix de la main-dœuvre.
Il ne suffit pas en effet de créer une race nouvelle, améliorée, il faut encore pour lui faire conserver les qualités acquises, lui procurer, et à assez bon compte, de bons aliments en même temps qu’un sol et des conditions d'entretien favorables.
A ce sujet, l’éleveur de la Camargue n'est pas particulièrement favorisé. Nous connaissons la pauvreté actuelle d’une grande partie de l’île, son climat rude, ses communications difficiles encore de nos Jours et sa main-d'œuvre rare. Autant d'obstacles que l’éleveur voit se dresser devant lui, et qu'il ne pourra surmonter
qu'au prix de grands sacrifices.