‹ Le Cheval Camargue: Son élevage. Son améliorationChapitre 8 sur 18 · PAL · texte numérisé non relu

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d'élégance, étaient appréciés pour leur sobriété et leur résistance. Quinquéran de Beaujeu dit à leur sujet « Ils se trouve plusieurs parmy les nostres, lesquels avec toute leur mauvaise mine sont pourtant si légers, si prompts et ont tant de courage et de fougue, et sont si longs d’haleine, qu'à force de travailler ils font quasi périr ceux qui les montent. »

Ce sont pour les gardians de précieux auxiliaires pour parcourir de jour comme de nuit les vastes étendues marécageuses du delta. Guidés par un instinct très sûr, aucun obstacle ne les arrête : ils franchissent avec aisance de larges fossés, passent des haies élevées avec une hardiesse peu commune, traversent des étangs et des marais fangeux avec une patience étonnante.

Les purs Camargues trottent médiocrement, leur allure favorite est le pas, qui se rapproche de l’amble ; ils marchent très vite, arrivant à faire 7 à 8 kilomètres à l'heure, et peuvent couvrir 15 à 20 lieues dans une journée et cela pendant plusieurs jours de suite. Ils galopent assez vite, et sont souples à cette allure ; cette qualité leur est d’ailleurs nécessaire pour le travail auquel ils sont presque exclusivement destinés de nos jours, la garde des taureaux qui vivent avec eux dans les marécages.

À la voiture, le Camargue est un cheval médiocre, vu son caractère pas toujours très maniable ; on lui préfère généralement aujourd’hui le Camargue croisé, c’est-à-dire le produit issu d’une jument Camargue et d’un étalon Arabe ou Anglo-Arabe.

Importance économique de la race

L'ancienne race de chevaux Camargues n’a eu jusqu'à aujourd’hui qu’une importance économique très secondaire : elle n’est que très exceptionnellement sortie de son île ou des régions voisines en tout point semblables au pays d'origine. Le fait le plus important qui ait été rapporté est l’essai d’acclimatation que fit, il y a quelques années, M. le Général Ducros, qui, à Madagascar, voulut acclimater des chevaux importés de Camargue ; essais qui furent prometteurs, sans doute, mais cette louable tentative n’eut pas de suite et c’est fort regrettable, car c’eût été un important débouché pour notre race.

Ces chevaux groupés par « manades » dans les pâturages du delta, sous la surveillance des « gardians », n’ont été que très peu élevés en vue de la vente. Le duc de Newcastle écrivait en 1660 que les gen-

tilshommes des bords de la Méditerranée achetaient tous les ans aux foires de Frontignan, d’Arles ou de Saint-Gilles des chevaux-barbes, qu'ils croisaient avec des juments du pays, et qu'ils vendaient ensuite les produits comme chevaux nés en Afrique.

Au.

Bouche, dans son « Histoire de Provence » dit qué Ramond Béranger, comte de Provence, acheta à Arles au XII° siècle, 300 chevaux Camargues pour monter sa cavalerie.

Vers la fin du XVII siècle, Jean Laporte, chef des Camisards et ses principaux lieutenants, équipèrent leur vaillante petite troupe de Calvinistes avec des Camarguais de race pure. Leur petite cavalerie, qui comptait deux cents chevaux environ, lutta courageusement dans les montages des Cévennes, et put, grâce à son agilité et son endurance, déjouer longtemps les ennemis.

En 1793 et 1794, les réquisitions enlevèrent la plus grande partie des bons chevaux ; il en fut de même en 1807 où Napoléon, ayant su apprécier toute la valeur des chevaux sauvages de cette île déserte, ordonna d’en réquisitionner le plus grand nombre possible pour équiper sa grande armée. A la suite de ces événements malheureux, la région resta longtemps appauvrie.

L'élevage connut cependant des jours heureux ; sou: Louis XV, il prit un essor remarquable ; on comptzit alors plus de deux mille juments poulinières. En 1880, un recensement exactement conduit dénombra 1.800 juments, mais ce chiffre tomba bientôt à 1.300 et, il y a dix ans, il ne dépassait guère 800. Aujourd'hui. quelques manades de purs Camargues persistent encore au bord du Vaccarès, et quelques autres d’une soixantaine de chevaux dans les parties plus sauvages du Sud-Est. Avec quelques hardes isolées, elles forment le bilan des chevaux Camarguais.

Nous avons dit que le Camargue avait toujours été l'objet d’un commerce tout à fait limité ; son usage a été presque exclusivement local. Les routes étant rares autrefois dans ce pays désert, il servait surtout de monture aux propriétaires.

Son prix de vente était tout à fait minime et les demandes d’achat peu nombreuses : aux foires de Tarascon, d’Arles, en septembre on vendait les « courts », on désigne sous ce nom les jeunes chevaux de un an à dix-huit mois. La façon dont on procédait pour séparer ces Jeunes animaux de leur manade offrait un spectacle assez curieux : elle est d’ailleurs encore em-

ployée quelquefois de nos jours. Le gardian, d’une main habile et sûre, lance son « seden », et saisit au cou le jeune cheval choisi. Il le réduit ainsi à l’impuissance, puis, à force de ruse et de patience, il arrive à l’entraîner hors du champ de foire. La soumission du jeune sauvage n’est pas encore accomplie; il oppose une résistance qu'il faut vaincre par tous les moyens pour pouvoir le conduire jusqu’à une écurie voisine. Cette méthode brutale provoque souvent des accidents assez graves chez ces jeunes chevaux encore bien fragiles.

Le prix de vente des jeunes courts n’a jamais été très élevé : longtemps, il varia entre 100 et 150 francs pour les jeunes, et entre 200 et 250 pour ceux de deux ans. Plus tard, ces prix augmentèrent mais ne dépassant jamais 400 francs. De nos jours, quelques bonnes montures de gardiens, bien dressées, ont une valeur commerciale plus élevée ; quelques rares chevaux, souples et ardents, se vendent 3.000 à 4.000 francs.

Nous arrivons à ce qui fut la principale destination du cheval Camargue : nous voulons parler du dépiquage des grains durant les mois de juin, juillet et août. C'était un travail des plus pénibles, par sa durée, la rapidité avec laquelle il était mené, et la chaleur accablante à l’époque où on l’exécutait. Pour ce travail, les manades étaient divisées en « roues » composées d’une douzaine de bêtes. Truchet dans son « Mémoire sur les chevaux Camargues » en fait une description très exacte : « Dès que le jour commence les chevaux montent sur les gerbes posées verticalement l’une à côté de l’autre, l’épi en l’air. Marchant comme dans

Je plus grand bourbier, ils accomplissent ce rude la-

beur, sans aucun arrêt jusqu'à neuf heures où ils s’arrêtent alors pour aller boire. Une demi-heure après ils se remettent au travail, et trottent en tournant jusqu'à deux heures, moment où on les renvoie encore à l’abreuvoir. Ils reprennent le travail à trois heures et ne cessent de tourner au grand trot sur les pailles jusqu'à ce qu'elles soient brisées. On peut évaluer que dans cette marche pénible, ces chevaux font de 16 à 18 lieues par jour, sans qu'on leur donne une pincée de fourrage ; ils en sont réduits à manger à la dérobée quelques brins de la paille qu'ils ont sous les pieds. On a souvent essayé d’y soumettre d’autres chevaux, ils n’ont jamais résisté au même degré que les indigènes... » La nuit on laissait les animaux libres, chercher une maigre nourriture dans les marais ou sur le bord des fossés. Au bout de la saison, les malheureux chevaux étaient souvent dans un état lamentable, complètement décharnés et couverts de plaies sur toutes

les parties saillantes du corps, mais leur résistance était telle qu'ils conservaient toujours la même vigeur et la même allure.

Après le dépiquage des grains, le cheval Camargue retournait au marais jusqu'à la saison suivante. Son travail principal était terminé, et il avait rapporté un maigre gain à l’ peu à élever, gardiennage et nourriture revenaient à cette époque à 30 ou 35 francs par an et par tête

de bétail, et le dépiquage rapportait le double envi-

éleveur. Il coûtait, 1l est vrai, très

ron. |

Les chevaux usés ou trop vieux pour être employés au foulage du blé, rendaient encore des services comme bêtes de trait, soit pour rompre les chaumes, soit pour le léger labour des semailles. Ils étaient l'objet de soins particuliers, mieux nourris et mis à l'écurie pendant les longs mois d’hiver. On les utilisait encore pour porter des fardeaux, les herbes qu'on récoltait dans les marais pour servir de litière et de fourrage pendant la mauvaise saison : c'était aussi le cheval de voiture qu’on prenait pour aller du « Mas » à la ville les jours de marché.

Quand les batteuses vinrent remplacer le moyen primitif de dépiquage, les manades de Camargues n'avaient plus, croyait-on, de raison d’être, et elles devaient disparaître, semblait-il, sous le poids de leur inutilité même. Mais, la destinée ne fut cependant pas aussi sombre pour ces vaillants petits chevaux. Avec raison, on a prétendu qu'avec le progrès, la façon d'utiliser le cheval changerait, mais qu'on ne se passerait jamais de ce noble animal. Au cheval

qu

Camargue désormais inutile pour le dépiquage des grains, il fallait trouver un autre débouché : c’est alors qu’on chercha à faire de lui un cheval de selle pour la cavalerie légère ; l'élevage local subit une transformation complète ; il a fait depuis ces dernières années de tels progrès qu’on ne retrouve plus: que des traces du type primitif. Nous reparlerons de cette évolution lorsque nous traiterons de l’amé-

loration de la race.

Actuellement la principale destination du Camargue est le service de la selle : il a été de tout temps et est resté encore de nos jours un précieux auxiliaire du gardian dans la surveillance et le travail des taureaux ; service tout spécial qu'aucun autre cheval ne peut accomplir. La manade de chevaux est en effet inséparable de la manade de taureaux : dès sa naissance, le poulain dispute à son compagnon de misère l'herbe rare qui l'empêche de mourir de faim ; de bonne heure, il apprend à connaître les ruses et les défenses de son futur adversaire.

Les qualités que le cheval Camargue déploie dans la garde des taureaux, lui ont acquis une grande réputation dans tout le sud-est de la France ; c’est d’ailleurs à elles que la race a dû de ne pas disparaitre complètement. |

Jadis, avant que la circulation des taureaux ne soit sévèrement règlementée, les gardians accompagnaient à cheval, des marais dans les villes où devait avoir lieu la fête, les taureaux destinés aux courses. Ces voyages s’effectuaient surtout la nuit, et quand un des

fauves arrivait à tromper la surveillance des cavaliers, c'étaient des galopades sans fin à travers champs pour ramener au milieu du troupeau l’animal indocile.

Drouet nous dit à ce sujet : « Lorsqu'il est monté à la poursuite d’un taureau récalcitrant, le cheval Camargue n’est plus reconnaissable, il semble assouvir une vengeance, son œil s’anime, il bondit, il piaffe et une fois lancé, pas plus d’ailleurs que l’animal qu'il poursuit, aucun obstacle ne l’arrête. il n’aura pas besoin d'aucune indication de son cavalier pour obliquer, volter, faire un tête à queue, pour éviter une attaque directe de l'animal furieux. Le gardian, sûr de sa monture, sera libre de ses mouvements et pourra tout à son aise manier son trident... » On se rend compte,en effet,de toute l'énergie, de la souplesse et du courage dont ce petit coursier doit faire preuve pour éviter le coup de corne que lui coûteraient un faux pas, ou la moindre glissade.

La « Ferrade » est aussi une autre occasion de prouesses pour le cheval Camargue. On nomme ainsi la marque par le fer rouge des bœufs sauvages qu'on veut reconnaître. Le peuple aime à la fureur ces exercices qui le passionnent. Dans la ferrade, l’agilité, la vigueur et le courage sont aussi nécessaires aux hommes qu'aux chevaux, exposés les uns comme les autres à être éventrés à la poursuite d’un taureau furieux, lorsque celui-ci, à bout de course se retourne brusque- ‘ ment, fait tête, et les menace de ses terribles défenses, avant que, essoufflé, l’écume à la bouche et la langue pendante, il ne s’avoue vaincu et ne reçoive la marque

du propriétaire.

= Si

Nous aimons les courses de taureaux, aussi nous ne saurions les attaquer, mais nous estimons qu'il est vraiment fâcheux que des chevaux si énergiques et qui ont tant de moyens ne soient pas employés à des exercices plus utiles aux besoins de la population.

Elevage du cheval Camargue

Les progrès agricoles réalisés en Camargue ces dernières années ont été considérables. Le perfectionnement des procédés de culture a changé totalement le régime économique du pays ; celui-ci a bénéficié de l'installation de nombreuses machines hydrauliques servant à élever les eaux du Rhône, qui, répandues à profusion, ont permis d'améliorer le sol, et en le dessalant de le rendre succeptible d’être transformé en magnifiques prairies artificielles, ou d'obtenir des marais desséchés une récolte abondante d’un fourrage grossier mais bon.

La vaste plaine silencieuse et désertique à beaucoup perdu, par endroits, de son aspect sauvage et pittoresque, elle est de nos jours pleine d’activité, et, n’en déplaise à ceux qui jadis combattirent le cheval Camargue « les progrès réalisés dans l'élevage ont marché de pair avec les progrès agricoles. »

Nous passerons en revue ce qui à été fait pour conserver la race, et les progrès réalisés de nos jours dans quelques rares manades, pour son amélioration.

Il est impossible à quelqu'un qui ne connaît pas la

En I0

Camargue de se faire une idée à peu près juste de l'insouciance qui a présidé de tout temps au choix des reproducteurs et du manque de soins les plus urgents, dont les produits sont les victimes. D'une manière générale, on n’a rien fait pour l'élevage, on pourra facilement s’en convaincre par ce qui va suivre.

Le cheval Camargue est disséminé à peu près sur toute la surface de l’île et la côte marécageuse du département du Gard, où il est, sauf dans quelques manades modèles, toujours élevé de la même façon qu'autrefois.

Les manades vont sous la surveillance d’un gardian, se nourrissant plus ou moins bien suivant les saisons, abandonnées à elles-mêmes en toute liberté, et partageant la maigre végétation de l’île avec les taureaux. Les juments pleines et les jeunes poulains subissent eux aussi la règle commune : quelle que soit la saison, tout le troupeau doit trouver sa nourriture dans les « enganes » submergées l’hiver et brûlées aux premières chaleurs de l’été ; que les vents froids du Nord soufflent avec violence, que ce soient au contraire les rafales brülantes du Sud qui apportent un air chaud et impur, il ne reste pas moins sur ces terrains fangeux et dépourvus d’abri, n'ayant pour se reposer “que la boue et la neige en hiver et le sol dur l'été.

Pour toute nourriture, ces chevaux n’ont bien souvent que les plantes marécageuses, grossières et peu nutritives, et pour boisson qu’une eau saumâtre et saturée de matières organiques en décomposition.

C’est l'hiver surtout qu'il faut voir ces malheureuses bêtes lutter contre les plus rudes intempéries,

Elles sont d'une maigreur extrême etles longs poils qui les recouvrent à cette saison leur donnent un aspect plus misérable encore. La nuit, les unes contre les autres, elles se pressent pour se réchauffer, et attendent le lever du jour pour aller chercher leur nourriture dans des marais infectes de sangsues qui se fixent à leurs membres.

C'est dans cette misère que les juments pleines donnent souvent naissance à leurs produits, alors qu’elles ont encore à leur suite un poulain étiolé de l’année précédente.

Au printemps, la température devient plus douce, les marécages reverdissent, et les souffrances disparaissent momentanément ; les chevaux reprennent assez vite de l’embonpoint, mais les chaleurs torrides de l’été viennent bientôt mettre un terme à ces jours heureux. La végétation est, de bonne heure, littéralement brûlée, sauf dans quelques endroïts marécageux qui restent longtemps frais ; l’eau devient rare alors, les « roubines » contenant l’eau douce sont vite desséchées, et seules quelques mares conservent une eau saumâtre et salée. À ces privations viennent s'ajouter d’autres souffrances : nuit et jour des myriades de moustiques, de mouches et de taons ne laissent aucun instant de repos à ces malheureuses bêtes.

Ces chevaux ne sont l’objet d'aucun soin, on ne leur fait jamais de pansage, et il ne sont ferrés que s'ils sont soumis à un service régulier et pénible.

La reproduction est, elle aussi, l'objet de la plus parfaite insouciance : aucune règle, aucun principe raisonné ne président bien souvent à l’accouplement ;

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