AIR
STELLA
En vain de mon jeune âge Leurs soins charmaient le cours !
Hélas! dans l'esclavage Il n'est point de beaux jours !
De ces ruisseaux les ondes jaillissantes, Tous ces trésors dont l'œil est ébloui, Ces bois, ces prés, ces nymphes séduisantes Ne m'inspiraient qu'un triste et sombre ennui ! En vain de mon jeune âge , etc.
Mais soudain!...
CA VA TIiVE.
De ma délivrance La douce espérance Sourit à mon cœur !
Pour moi plus d'alarme , Ici tout me charme !
Et tout est bonheur!
( 69 ) Tout a changé dans la nature L'air est plus doux, Fonde plus pure ! Des oiseaux les chants amoureux Sont pour moi plus harmonieux !
De ma délivrance, etc.
(Sur un geste de la princesse, toute les femmes sortent, excepté LO'Mangli.)
LO-MANGLI.
Oui, quelques heures encore, et vous serez lihre, et l'enchantement qui vous retient ici sera rompu, grâce à ce joli petit prince chinois qui nous est arrivé hier 1
STELLA
Aura-t-il assez de courage et de sagesse pour mettre à fin une telle entreprise?
LO-MANGLI.
Je le crois bien, avec la précaution que vous avez prise , de ne pas rester auprès de lui!
STELLA
Il l'a bien fallu ! il était si tendre , si empressé.
LO-MANGLI.
Et puis si étourdi.
STELLA
Conviens aussi que notre aventure est bien étonnante.
LO-MANGLI.
Pas pour nous qui voyons les choses d'un peu haut; mais sur terre , je suis persuadé qu'il y a des gens qui n'y croiraient pas, qui diraient : c'est invraisemblable !
STELLA
Celle que toutes les nuits il voyait, c'était moi!
LO-MANGLI.
Et celui qui vous apparaissait dans tous vos songes...
STELLA
C'était lui ! de sorte que quand nous nous sommes vus pour la première fois...
LO-MANGLI.
Vous vous êtes reconnus ?
STELLA
Qui donc pouvait de si loin nous réunir ainsi?
LO-MANGLI.
Quelque enchanteur qui, dès longtemps sans doute, vous destinait l'un à l'autre; celui-là même, peutêtre, qui autrefois vous a enlevée de la cour dugrandmogol votre père, pour vous transporter dans cette planète où il a mis à votre délivrance des conditions...
STELLA
Si bizarres et si difficiles...
LO-MANGLI.
Vous trouvez... (On entend en dehors un appel de trompettes,) Encore un voyageur que nous amène le cheval de bronze.
STELLA
Ah ! quel ennui !
LO-MANGLI.
Vous ne disiez pas cela autrefois ; cela vous amusait ! mais, rassurez- vous, j e me charge de le recevoir.
STELLA
Et de le faire repartir sur-le-champ !
LO-MANGLI.
Dam !... je tâcherai.
STELLA
Adieu ! je vais voir pendant quelques minutes...
LO-MANGLI.
Ce pauvre prince qui vous aime tant!
STELLA
Il le dit, du moins.
LO-MANGLI.
Comme tous les voyageurs qui viennent ici! A beau mentir qui vient de...
stella, vivement.
Que dis-tu?
lo-mangli , de même.
Non! non! je me trompe, celui-là ne ment pas.
(Second appel de trompettes plus fort que le premier. — Stella sort par la gauche, et Peki entre par la droite.)
SCEJXE II.
LO-MANGLI, PEKI.
peki , se bouchant les oreilles.
C'est assez... c'est assez!... je l'ai bien entendu... des grandes statues de femmes avec destrompettes... qui me répètent Tune après l'autre : Si tu racontes ce que tu auras vu ici... tu seras changé en magot... Eh ! je le savais déjà... je le sais de reste!... ce n'est pas là ce qui m'effraye !
LO-MANGLI.
Je vois, beau voyageur, que vous êtes brave! peki, timidement.
Pas beaucoup !... (S' enhardissant.) Mais enfin, je suis venu sur le cheval de bronze pour tenter l'épreuve.
LO-MANGLI.
Et délivrer la princesse !
PEKI.
Oui ; en m'emparant de ce bracelet magique qui seul , dit-on, peut rompre tous les enchantements...
1A part.) Ce qui sera bien utile pour ce pauvre Yanlo, que j'ai laissé... (Imitant laposition d'un magot.)
LO-MANGLI.
Et vous êtes bien décidé !...
PEKI.
Très-décidé. Mais pour devenir maître de ce bracelet, que faut-il faire?... voilà ce que je ne sais pas encore...
LO-MANGLI.
Et ce que je dois vous apprendre!... Il faut dans cette planète...
PEKI.
C'est une planète!...
L0-MANGLI.
Celle de Vénus, où il n'y a que des femmes!... 11 faut pendant une journée entière rester au milieu de nous, calme et insensible.
PEKI.
Si ce n'est que cela !...
LO-MANGLI.
Oui-dà!... et quelles que soient les épreuves auxquelles vous serez exposé, ne pas manquer un instant aux lois de la plus stricte sagesse.
PEKI.
J'entends!
LO-MANGLI.
Car, à la première faveur que vous demanderez...
PEKI.
Vous refuserez!...
lo-mangli, d'un air doucereux.
Mon dieu non!... il ne tientqu'à vous... on ne vous empêche pas!... mais au plus petit baiser que vous aurez pris... crac!... vous redescendrez à l'instant sur la terre , sans pouvoir jamais remonter le cheval de bronze, ni revenir en ces lieux.
peki, étonnée.
Est-il possible !... (Vivement.) Ah ! mon dieu !... et j'y pense maintenant... (A Lo-Mangli.) Quels sont les derniers voyageurs qui sont venus?
lo-mangli.
D'abord, le prince de la Chine, qui est encore dans ces jardins... un concurrent redoutable, car, encore une heure ou deux , et la journée sera écoulée... jamais aucun voyageur ne nous a fait une aussi longue visite!...
PEKI.
C'est très-bien à lui !... et puis?
LO-MANGLI.
Le grand mandarin Tsing-Sing... un vieux qui s'est arrêté ici assez longtemps... deux heures !
Archives de te Ville de Bruxelles Archief van de Siad Brussei
Voyez-vous cela ! à son âge !... Mais avant eux ?...
LO-MANGLI.
Ah! je me le rappelle... un jeune fermier nommé Yanko !
peki , vivement.
C'est lui !... eh bien ?...
LO-MANGLI.
Il est à peine resté un instant!...
peki , avec colère.
Quelle indignité!
LO-MANGLI.
Il est reparti tout de suite... tout de suite !...
PEKI.
C'est affreux!... moi qui l'aimais tant!... moi qui viens ici pour le retirer de la position où il est... exposez-vous donc pour de pareils magots!... Je suis d'une colère!... et si dans ce moment je pouvais me venger... (S' arrêtant.) Mais il n'y a ici que des femmes !.. . (^£o-i^an#^'.)Mademoiselle,dites-moi,je vous prie... lo-mangli, s' approchant vivement.
Tout ce que vous voudrez...
PEKI.
Vous êtes certainement bien gentille... bien aimable...
lo-mangli, à part.
Pauvre jeune homme !... il va s'en aller!... (Haut et regardant du côté de la coulisse à gauche.) Tenez... tenez... voyez-vous de ce côté... c'est Stella et le prince !...
peki , à part.
Je ne veux pas qu'il m'aperçoive... (Entraînant Lo- Mangli par la main du côte à droite.) Venez... venez...
lo-mangli , en s'en allant.
En voilà un qui ne restera pas longtemps ici... et c'est dommage... car il est gentil !... (Elle sort avec Peki par la droite.)