‹ Le cheval de bronze, opéra-féerie en trois actesChapitre 32 sur 36 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

LE PRINCE, STELLA, entrant par la gauche en se disputant»

DUO

STELLA

Eh! quoi, monsieur, toujours yous plaindre!

LE PRINCE

Et n'ai-je pas raison , hélas !

STELLA

Lorsqu'au terme on est prêt d'atteindre!

LE PRINCE

Mais ce jour ne finira pas !

STELLA

C'est peu de patience, ou bien peu de tendresse, Songez qu'une heure encore!. ..une heure de sagesse... Et je vous appartiens pour jamais !...

LE PRINCE

J'entends bien! Mais une heure est un siècle !... une heure de sagesse , Quand le cœur bat d'amour et d'espoir et d'ivresse , Car vous ne savez pas quel amour est le mien !

(Se rapprochant très-près d'elle.) Et si je vous disais depuis quand je soupire !...

STELLA

Oui... oui... maisdeplus loin tâchez de me le dire. ENSEMBLE Plus loin, plus loin!... encor plus loin! Oui , j'en prends le ciel pour témoin , Votre amour lui-même Me glace d'effroi !

Et si je vous aime, Ah ! c'est loin de moi !

le prince, quis'est placé à l'autre extrémité du théâtre. Eh bien !... eh bien ! est-ce assez loin? Sagesse suprême, J'admire ta loi !

( 75 ) Quoi ! son amour même L'éloigné de moi !

stella, regardant le prince qui lui tourne le dos. Quoi ! yous êtes fâché! vous boudez ?

LE PRINCE

Oui , vraiment !

STELLA

D'où vient cette colère extrême ?

LE PRINCE

Me re nvoyer !

STELLA

Parce que je vous aime !

Songez qu'un désir imprudent , Songez que la faveur même la plus légère...

LE PRINCE

Quoi ! rien qu'un seul baiser !.,.

STELLA

Vous renverrait sur terre !

LE PRINCE

0 ciel !

stella , s' approchant plus près encore de lui.

Et qu'il faudrait renoncer à l'espoir

De s'aimer... et de se revoir!

le prince , sans la regarder et l'éloignant de la main.

Plus loin ! plus loin !... encor plus loin !

ENSEMBLE

Oui , j'en prends le ciel à témoin!

Votre aspect lui-même Me glace d'effroi !

Et si je vous aime , Ah ! c'est loin de moi !

stella , à l'autre bout du théâtre à gauche. Eh bien!... eh bien ! suis-je assez loin? Sagesse suprême, J'admire ta loi , Son amour lui-même L'éloigné de moi!

(Le prince s'asseoit au bout du théâtre à droite.)

LE PRINCE , aSSiS.

Allons! sur ce sopha, s'il le faut, je demeure!

STELLA

C'est plus prudent!

LE PRINCE

Mais c'est bien ennuyeux !

Nous n'avons plus, je crois, rien qu'une demi-heure !

STELLA

A peu près !

LE PRINCE

Et comment l'employer à nous deux?

STELLA

On peut causer !

LE PRINCE

Sur quoi voulez-vous que l'on cause ?

STELLA

Ou danser !

LE PBINCE.

Non , vraiment !

STELLA

Monsieur, je le suppose, Préfère la musique et cela vaut bien mieux! Séduisante et folle, Elle nous console; Son pouvoir divin Calme le chagrin. Le temps qui se traîne S'écoule sans peine Et s'enfuit soudain Au son d'un refrain!

Et je le vois , ce pouvoir-là ,

Ah! ah! ah! ah! ah! ah!

Sur votre cœur a réussi déjà , Ah! ah! ah! ah! ah!

ENSEMBLE

LE PRINCE

O toi, mon idole,

Mon cœur se console Au pouvoir divin De ce gai refrain !

Ta voix qui m'entraîne Dissipant ma peine , Loin de moi soudain Bannit le chagrin î

STELLA

Séduisante et folle , Elle nous console, Son pouvoir divin Calme le chagrin.

Le temps qui se traîne S'écoule sans peine Et s'enfuit soudain Au son d'un refrain î le prince, courant brusquement à Stella. Stella! Stella!

STELLA

Qu'avez-vous donc?

L'heure a sonné !

STELLA

Vraiment, non !

LE PRINCE

J'en suis sûr et je crois entendre...

STELLA

Et moi , j'en suis certaine , il faut encore attendre !

le prince, avec dépit.

Attendre est bien facile alors qu'on n'aime rien ! stella , avec douceur.

Mais je vous aime , et vous le savez bien ! le prince, avec chaleur.

Ah ! si vous m'aimiez, inhumaine !

Vous seriez sensible à ma peine!

(Lui prenant la main.) Si vous m'aimiez !..,

( 78) stella , retirant sa main avec effroi.

Laissez-moi , je le veux î le prince , avec dépit.

C'en est trop! je rougis de l'amour qui m'enchaîne; Oui , je sais le moyen de fuir loin de ces lieux ! Et j'y cours!...

(77 fait quelques pas pour sortir.)

STELLA

Partez donc ! partez !

le prince , revenant.

Oui, je le veux !

ENSEMBLE

Cédons au dépit qui m'entraîne, Oui , fuyons loin d'une inhumaine Dont les regards indifférents Portent le trouble dans mes sens !

STELLA

Qu'il cède au dépit qui l'entraîne, Que rien ici ne le retienne!

Cachons à ses yeux les tourments Et le trouble que je ressens !

(Stella va s1 asseoir sur le banc à gauche.) stella, assise et regardant le prince qui ne s' en va pas. Eh bien?...

le prince , revenant près d'elle.

Oui, vers toi me ramène Un feu que rien ne peut calmer !

(Il se met à genouxprès de Stella toujours assise.)

STELLA

Laissez-moi, je respire à peine !

LE PRINCE

Ah ! si ton cœur savait aimer , Si le mien pouvait l'animer !...

ENSEMBLE

Sa main a frémi dans la mfenne , L'amour et m'enivre et m'entraîne , Je cède aux transports délirants

( 79 ) Qui s'emparent de tous mes sens!

stella , cherchant à se défendre.

Laissez-moi, je respire à peine...

Sa voix et me trouble et m'entraîne , Ayez pitié de mes tourments Et du trouble que je ressens !

(Stella éperdue, hors d'elle-même, laisse tomber sa tête sur l'épaule de Yang qui l'embrasse, — Le tonnerre gronde, et Yang, qui était un genou en terre près de la princesse, est soudain englouti et disparaît. Stella pousse un cri d'effroi, et tombe àmoitié évanouie dans les bras de Lo-Mangli, qui entre en ce moment,)

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