AIR
Le sommeil fermait ma paupière, La nuit environnait mes yeux, Soudain un rayon de luinîere M'éblouit et m'ouvre les cieux !
Je vois sur un nuage Et de pourpre et d'azur Une céleste image Au regard doux et pur!
Sur son épaule nue Tombaient ses blonds cheveux, Et de sa douce vue, Moi , j'enivrais mes yeux ; Quand , d'un air gracieux, Me tendant sa main blanche, Cette fille des cieux Près de mon lit se penche, Disant : Ami , c'est moi Qui recevrai ta foi ; A toi seul mes amours Pour toujours.
Et soudain disparut cette jeune immortelle ; Les nuages légers se refermaient sur elle , Et sa voix murmurait encor... toujours... toujours!
(Regardant Tsing-Siny qui sourit.) Ah ! cela \ ous fait rire, Et vous ne pouvez croire à ce rêve charmant! Eh bien! voici qui semble encor plus étonnant! Quand la nuit sombre Ramène l'ombre Et le sommeil, Rêve pareil Pour moi prolonge Ce doux mensonge, Et près de moi Je la revoi !
Au rendez-vous fidèle,
Oui , vraiment c'est bien elle
Qui vient toutes les nuits,
Et dans l'impatience
De sa douce présence
Tous les jours je me dis :
O nuit ! mon bien suprême ,
O sommeil encbanteurl
Rendez-moi ce que j'aime;
Rendez-moi le bonheur l Des heures que le sort, hélas ! m'a destinées, Que ne puis-je à l'instant retrancher les journées ! Oui , je voudrais , c'est là mon seul désir, Oui, je voudrais toujours dormir!
O nuit, mon bien suprême ! etc.
TSING-SING
C'est fort extraordinaire... Vous ne l'avez vue qu'en songe?...
LE PRINCE
Oui , mon ami.
TSING-SING
Et depuis ce temps, elle vous est apparue toutes les nuits?...
LE PRINCE
Sans en manquer une seule... Tu te doutes bien que dans mes voyages j'ai consulté là-dessus tous les astrologues et les savants de la Chine et du Thibet. Les uns ont prétendu que c'était une habitante des étoiles; d'autres que c'était la fille du Grand-Mogol... une princesse charmante , qui depuis son enfance a disparu de la cour de son père, et qu'un enchanteur a transportée l'on ne sait dans quelle planète... mais tous m'assuraient que c'était celle que je devais épouser I...
TSING-SING
Je suis de leur avis.
Mais dans quel pays... dans quelle région la rencontrer?
Je n'en gais rien.
TSING-SING
LE PRINCE
Ni moi non plus... mais nous la trouverons... tu m'y aideras, et puisque tu ne dois plus me quitter, nous partirons ensemble dès ce soir.
tsing-sing, à part.
Ah ! mon dieu ! {Haut.) Cela ne vous serait pas égal demain?...
LE PRINCE
Pourquoi cela?
TSING-SING
C'est que je suis marié depuis ce matin.
LE PRINCE
Est-il possible !
TSING-SING
A la fille de Tchin-Kao , un riche fermier.
LE PRINCE
Que ne le disais-tu?... Reste alors, c'est trop juste 1 (En souriant.) Est-elle jolie?
Une petite Chinoise charmante !
LE PRINCE
Pourquoi alors ne me l'as-tu pas présentée?... Ahl mon dieu !... quelle idée : tu dis qu'elle est charmante... si c'était celle que j'aime et que je cherche...
TSING-SING
Laissez donc!
LE PRINCE
Pourquoi pas? partout je crois la voir, et si seule* ment elle lui ressemblait...
tsing-sing, à part.
Il ne manquerait plus que cela... et s'il lui prend fantaisie de me l'enlever...
LE PRINCE
Qui vient là ?...
* acttHÊ vi i.
Lrs précépent, TAO-JIN, sortant de la pagode. TRIO.
taojin, voilée et s' adressant à Tsing-Sing. Eh bien !... eh bien ! cher époux !
LE PRINCE
Que dit-elle?
C'est ta femme !
TSiNG-siNG , vivement»
Oui vraiment! le prince, la regardant avec curiosité.
Son épouse nouvelle !
tsing-sing, à part.
Ah ! s il pouvait me la ravir, Qu'il me serait doux d'obéir !
ENSEMBLE
le prince, regardant Tao-Jin.
Que sa démarche est belle!
Que de grâce et d'attrait !
Oui, tout me dit : c'est elle Que j'adore en secret!
TSING-SING
L'aventure est nouvelle!
Et du ciel quel bienfait,
Si ma femme était celle
Qu'il adore en secret !
TAO-JIN, à part, regardant le prince qui la regarde.
Sans le rempart fidèle
I)e ce voile discret,
D'une flamme nouvelle
Son cœur s'embraserait !
le prince , à Tao-Jin.
Daignez un instant à mes yeux Soulever ce voile envieux !
TAO-JIN
Quoi! vous voulez?...
Eb! oui, ma bon no, Sitôt que le prince l'ordonne , C'est votre devoir et le mien D'obéir...
(Tao-Jin lève son voile.)
LE PRINCE
Ociel!...
tsing-sing , avec curiosité.
Eh bien?...
LE PRINCE
Eh bien!
ENSEMBLE
0 surprise nouvelle !
Ce ne sont point ses traits.
Non, non , ce n'est pas celle Qu'en secret j'adorais !
tsing-sing , tristement.
Espérance infidèle Dont mon cœur se berçait , Ma femme n'est pas celle Que le prince adorait 1 tao-jin , regardant le prince.
Oui, je lui semble belle:
Si mon cœur le voulait , D'une flamme nouvelle Le sien s'embraserait!