‹ Le cheval de bronze, opéra-féerie en trois actesChapitre 9 sur 36 · QUINTETTE · texte numérisé non relu

QUINTETTE

TCHIN-KAO

Pour vous, nobles seigneurs, le repas est servi !

C'est Tchin-Kao , le fermier !...

TCHIN-KAO

Oui, mon prince!

LE PRINCE

Reçois mon compliment ! dans toute la province (Lui montrant Tao-Jin.) Je n'ai rien vu , je crois, d'aussi joli Que ta (ille !...

tao-jin, s' éloignant avec indignation.

Sa fille!...

TCIIIN-KAO.

Eh! mais... ce n'est pas elle !

TAO-JIN

Sa fille !... quelle horreur!

Moi cousine de l'empereur!

le prince, à Tao-Jin, Eh! quoi vous n'êtes pas celte beauté nouvelle Que le seigneur Tsing-Sing ce matin épousa !

TAO-JIN

Qu'il épousa!... qu'entends-je ?

(A Tsing-Sing.)

Une nouvelle femme !

tsing-sing, à demi-voix.

Taisez-vous donc !... le prince est là !

Non, je ne puis calmer le courroux qui m'enflamme , Une cinquième !... à vous !... vous, monsieur, qui déjà... tsing-sing , de même.

Taisez-vous donc, le prince est là!

tao-jin, de même.

Et quelle est-elle?

tcrtn-kao, montrant Peki qui arrive voilée. La voilà!

tous La voilà!... la voilà !

TAO-JIN

Le perfide me lepaîra!

le prince , regardant tour à tour Peki et Tsing-Sing. Et m'abuser ainsi!... pauvres princes, voilà

Comme en tout temps on nous trompa !

ENSEMBLE

Que sa démarche est belle !

Que de grâce et d'attrait î Oui, tout me dit : c'est elle Que j'adore en secret !

TSING-SING

0 souffrance mortelle !

• Ah ! de moi c'en est fait l Mon autre femme est celle Qu'il adore en secret !

TAO-JIN

Une flamme nouvelle En secret l'occupait ; Le traître , l'infidèle Ainsi donc nous trompait !

Dans ma douleur mortelle, Hélas ! sije l'osais, D'une chance aussi belle Ahî je profiterais !

TCHIN-KAO

Quelle gloire nouvelle,

Quel triomphe complet ,

Si ma fille était celle

Que le prince adorait!

tao-jin , passant près de Peki et soulevant son voile. Je connaîtrai du moins ma rivale!

TOUS

Ah! grands dieux !

le piiince , regardant Peki.

Non... non , ce n'est pas elle !

tsing-sing, à part.

Ah! je l'échappe belle.

le prince , regardant toujours Peki.

Mais d'où viennent les pleurs qui coulent de ses yeux ? tsing-sing , s' approchant.

Qu'a-t-elle donc?

PEKI.

Ah ! je ne puis le dire !

tsing-sing.

A moi votre époux ! \

PEKI.

Non.

Mais à mol, mon enfant !

PEKI.

Vous , monseigneur , c'est différent!

Je crois que j'oserais !

LE PRINCE

C'est bien ! qu'on se retire !

ïsing-sing, avec effroi.

Qui, moi?... me retirer!

tao-jin.

C'est bienfait!

LE PRINCE

C'est charmant!

TAO-JIN

Cinq femmes!... ah ! ce'a mérite châtiment! ENSEMBLE Ah! d'une telle offense Je veux avoir vengeance , Et pareille inconstance Lui portera malheur! ' Oui , pour lui point de grâce , Je ris de sa disgrâce, On doit de tant d'audace Punir un séducteur!

TSING-SING

J'hésite ! je balance.

Je dois obéissance,

Et pourtant la prudence

Me fait craindre un malheur!

O tourment ! ô disgrâce !

Que faut-il que je fasse

Pour conserver ma place,

Et garder mon honneur !

LE PRINCE

Il hésite !... il balance!

Redoute ma puissance :

Tu dois obéissance

A ton maître et seigneur!

Allons, cède la place, Nul danger ne menace Tant d'attraits et de grâce , Je suis son prolecteur!

PEKI.

Quelle reconnaissance !

Ab ! sa seule présence Vient calmer la souffrance Dont gémissait mon cœur!

Du sort qui nous menace, Oui, ma crainte s'efface, D'avance je rends grâce A mon doux protecteur !

TCHIN-KAO

Il hésite !... il balance !

Ah ! d'une telle offense Sa femme aura vengeance !

Pour lui je crains malheur!

Je prévois la disgrâce Qui déjà le menace , Il y va de sa place Ou bien de son honneur!

le prince , se retournant vers Tsing-Sing qui n'est pas encore parti.

Eh bien !... eh bien!

TSING-SING

Pardon, je dois rester :

Ma charge me prescrit de ne point vous quitter!

LE PB1NCE.

Hormis quand je l'ordonne !

tsing-sing, avec crainte et à demi-voix en montrant Peki.

Au moins et je l'espère , Ce n'est pas elle!...

le prince , souriant.

Eh! non, en vérité!

Ne crains rien, j'aime un rêve, une vaine chimère, Et ta femme est, hélas!...

TSING-SING

Une réalité!

(A part.) Aussi je crains quelques nouvelles trames !

LE PRINCE

Eh bien ! m'entends-tu ?...

TSING-SING

Je m'en vas !

TAO-JIN

Allons, venez... suivez mes pas î

Époux infortuné î... malheureux par mes femmes , (Montrant Peki.)

Par Tune que je quille , hélas î

[Montrant Tao-Jin qui V entraîne.) Et par l'autre surtout qui ne me quitte pas ! ENSEMBLE.

TAO-JIN

Ah ! d'une telle offense , etc.

Allons , quelle lenteur !

J>'où vient cet air d'humeur?

Votre maître et seigneur Veille sur votre honneur !

TSING-SING

J'hésite ! je balance ! etc.

Allons ! montrons du cœur Et de la bonne humeur.

J'obéis sans frayeur A mon maître et seigneur!

LE PRINCE

Il hésite! il balance ! etc.

Allons, quelle lenteur!

D'où vient cet air d'humeur î Obéis sans frayeur A ton maître et seigneur !

PEKI.

Quelle îeconnaissance ! etc.

Voyez quelle lenteur , Quelle mauvaise humeur!

On dirait qu'il a peur D'un pareil protecteur !

Il hésite ! il balance ! etc.

Voyez quelle lenteur,

Quelle mauvaise humeur!

On dirait qu'il a peur

D'un pareil protecteur !

(Tchin-Kao rentre dans la ferme à droite du spectateur, et Tao-Jin sort en emmenant avec elle Tsing- Sing.)

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