CHEZ LES PARTICULIERS
Beaucoup de gens sont dans la nécessité de vendre leurs chevaux,
La fin des chasses est arrivée ; une grosse perte d'argent a été subie — un voyage de longue durée a été décidé — une bicyclette ou une automobile est destinée à remplacer le hack ou le hunter, etc.; autant d'excellentes raisons qui expliquent les nombreux chevaux à vendre inscrits dans les colonnes de journaux spéciaux. On peut trouver dans cette catégorie d'animaux à vendre d'excellents chevaux.
Gardez-vous bien — séduits par un bon marché exceptionnel, — d'acheter .l'animal hors licrne annoncé dans le journal, sans l'aller voir et essayer avec le plus grand soin.
De bonne foi, je le crois, tout propriétaire d'un cheval lui donne toutes les qualités : fond, allures, sagesse et surtout le modèle exceptionnel. 11 faut le voir au débarqué le modèle exceptionnel! Si c'est un irlandais qui vous est annoncé, vous recevrez quelquefois un cheval de coupé convenable. Si c'est un type de « pur-sang », la laideur sera un peu plus accentuée. Si la lettre descriptive vous avertit que le cheval n'est « peut-être pas d'une suprême élégance, mais qu'il est bâti en bon cheval », il y a gros à parier que votre homme lui-même n'osera le conduire de la gare à la maison de peur d'ameuter les populations.
Donc avant d'aller voir, demandez à ce qu'on vous envoie une photographie. Cette précaution vous évitera souvent les frais et les ennuis d'un long voyage.
Si le modèle vous plaît et qu'après essai, vous pensiez que le cheval a quelques chances d'être bon, achetez-le. Vous tom-
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IxM'ez (|ii(>l(|iio(()is sur un très bon cheval, Joiil son ancien propriétaire, bien que plutôt bienveillant à son égard, ignore les qualités qu'il n'a sans doute jamais mises à l'épreuve.
Le prix de ces chevaux n'est souvent pas très élevé, en vertu de ce principe ancré dans la tète de tout bon Français : « Qu'on doit toujours perdre sur la vente d'un cheval. » Ne les détrompons pas. Du reste, quand un propriétaire a décidé la vente de son cheval, rien ne saurait l'empêcher de le céder à vil prix si l'acheteur insiste tant soit peu; ni les coups d'oeil désespérés de sa femme, ni la mine de son cocher honteux vis-à-vis de ses collègues du bas prix auquel sera livré ce « si beau et bon serviteur », ne le détourneront de sa résolution.
Le propriétaire qui tient bon est très rare. Dans ce cas, ou bien il connaît parfaitement la valeur marchande du cheval et il en demande le juste prix : donnez-le-lui; — ou bien, il n'y connaît rien et prend son vieux rossard pour un crack; il en demande un prix ridicule... Ne discutez pas et laissez-lui l'animal pour compte.
Ce sont surtout les petits propriétaires éleveurs qui exagèrent la valeur, l'avenir de tel de leurs élèves, qui ne sera jamais qu'un affreux viandard.
C'est pour cela que je préfère, personnellement, m'adresser à un marchand raisonnable ou aux écoles de dressage. On est mieux servi, plus vite, et on paye le cheval à sa valeur courante. Mais il est un cas où chez le particulier on peut faire une bonne acquisition : c'est quand les deux caractères, celui du cavalier et celui de sa monture ne concordent pas... Si vos aptitudes équestres vous permettent de résister facilement aux défenses de l'animal, ou mieux si vous pouvez l'utiliser sans provoquer ces mêmes défenses, achetez le cheval les yeux fermés : il est le l)on. Il a du modèle, du sang, de beaux membres et assez d'intelligence et d'énergie pour se rendre compte du degré de « mazettisme » de celui qui l'a monté jusque-là.
D'autres chevaux avec de bons caractères sont trouvés « tireurs en diable ». Prenez-les aussi; tantôt le bridon, tantôt la bride, et surtout les assouplissements, la fixité de la main, le calme de l'assiette, sudiront à les rendre légers et agréables.
Certains mauvais pieds provenant d'une fenuie préhistorique ou mal • comprise sont ("acilement refaisables. On vous vend un boiteux; au bout d'un mois, vous en ferez un cheval droit.
Des tares naissantes et dont la formation provoque normalement la boiterie disparaissent dès qu'elles sont formées, fixées. Ne vous amusez pas à faire un cours d'hippologie à votre vendeur. Payez. Ce ne sera jamais cher, et emmenez votre incurable, il n'est qu'indisponible.
Je pourrais multiplier de tels exemples, mais ils ne serviraient à rien. Dans ces cas la pratique seule est tout, et ce n'est pas en achetant un ou deux chevaux dans toute sa vie qu'on peut l'acquérir.
Le seul bon conseil qu'on puisse donner en cette occasion est celui-ci : N'achetez jamais : un cheval corneur, un cheval à pieds plats ou combles; un cheval qui se coupe gravement par suite de mauvais aplomb; ni un cheval sensible aux environs de la bride carpienne (sous le ge?iou, face postérieure); ni un cheval couronné, bien qu'un cheval couronné légèrement soit aussi bon qu'un autre comme service. Un tel cheval, vous en ferait-on cadeau pour vos beaux yeux, refusez-le énergiquement. Il ne vaudra rien dans certains cas, pour toujours; dans les autres pour très longtemps, et quand vous voudrez le revendre, seul un fiacre vous le prendra et pour pas cher.
Car en règle générale, quand on achète un cheval il faut toujours se demander : « Si je ne l'abîme pas, pourrai-je le revendre au prix d'achat? »
C'est là le seul moyen d'éviter les déboires d'argent, h moins qu'ayant inscrit le fidèle serviteur sur les registres de la famille, on ne prenne vis-à-vis de lui l'engagement de lui assurer, à la maison, une longue, paresseuse et inutile carrière dont la mort seule sera le terme honorable.
Certains équipages de chasse vendent leurs chevaux à la fin de la saison. 11 y a là de très bonnes occasions. Mais les amateurs malins sont à l'afTiit, et ce ne sont pas les meilleurs des hunters qui passent sous le marteau du commissaire-priseur.
Il en est de ttième pour les écuries de plusieurs célèbres
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coiichmen et spoitstiicii (jiii iciioiivcllciit leurs e/rectifs par des veilles annuelles.
Ce dont il faut se méfier le plus, e'esl de ccrlains industriels en chevaux qui prennent les allures de gentlemen et annoncent dans les journaux spéciaux des chevaux à vendre, pour cause de décès ou de départ.
Je me souviendrai toujours d'un long déplacement fait en hiver. Arrivé au terme du voyage je me trouvai en présence d'une douzaine de chevaux, dont je reconnus la plupart pour être passés en vente ([uinze jours auparavant au tattersall.
On ne saurait avant de partir s'entourer de trop de renseignements. A Paris, ces sortes de maquignons sont connus et ils ne trompent que les gens par trop confiants ou par trop sûrs d'eux-mêmes.
C'est surtout avec les propriélaires (ju'il faut user, s'ils veulent bien y conseiitir, de l'essai prolongé. Celui qu'on fait chez eux ne suffit généralement pas. On est pris entre deux trains, et pour peu que quelques kilomètres vous séparent de la gare, c'est à peine si vous avez le temps de regarder le cheval. Si vous connaissez quelqu'un dans le pays, vous vous trouverez bien de lui demander tous les renseignements qu'il peut avoir sur le cheval... il est rare qu'il plusieurs lieues à la ronde un cheval à vendre ne soit pas connu. Quand l'animal appartient ;i un officier les renseignements abondent. Tout bon petit camarade est volontiers enclin à les donner plutôt défavorables. On fera donc bien de ne les croire qu'à demi. Car leur jugement n'est pas toujours iniluencé par les (pialilés ou les défauts du cheval, mais bitui par la sympathie [)lus ou moins giande ({u'inspire son propriétaire.
Ce petit défaut n'est jias le propre des seuls officiers; il est commun à toute réunion d'hommes, nous assurerait un psychologue.
Dans les pays de chasse, beaucoup d'amateurs n'achètent que pour la saison et vendent imriiédiatemenl après. On peut en suivant une ou deux chasses observer du coin de l'a-il les chevaux de ceux (|ui ont cette habitu(h;.
Ne vous imaginez pas que forcément les chevaux doivent être crevés après une saison de chasse.
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Sur 20 cavaliers, 7 ou 8 suiveut sérieusement, les autres se promènent ou font les jolis cœurs près des voitures aux carrefours; ce qui fait que, presque toujours, vous pouvez acheter leurs chevaux ; ils sont en santé et prêts à être entraînés.