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LES VENTES PUBLIQUES

« Les ventes publiques sont, dit Sydney, pour les jeunes et les malins... » En elïet, on n'a guère le temps d'examiner les chevaux en vente. Il faut s'entourer de renseignements sérieux, faire visiter le cheval par un vétérinaire débrouillard et ne pousser le cheval que jusqu'à un prix relativement peu élevé, si les renseignements acquis restent dans le vague.

Beaucoup de personnes en effet y vendent leurs chevaux pour ne pas avoir les ennuis d'une vente à l'amiable, mais beaucoup plus s'y débarrassent de leurs chevaux vicieux et tarés.

Je ne parle pas des chevaux de courses, sur lesquels les hommes qui suivent ce sport, et ils sont nombreux, peuvent vous donner des renseignements très circonstanciés.

Les meilleures références qu'on puisse obtenir sont fournies par quelques honorables gentlemen qui par métier ou par goût fréquentent assidûment chez Tattersall ou chez Ghéry. Ils causent avec les vendeurs, bavardent avec leurs cochers et palefreniers, sont au mieux avec tous les marchands et connaissent tous les chevaux de la « ville et des faubouro-s ».

Si ces gentlemen sont bien avec vous, par intérêt, ou pour toute autre cause, ils pourront, à l'occasion, vous éviter celle d'acheter un mauvais cheval.

LES CONCOUHS HIPPIQUES

C'est aux concours hippiques que vous verrez réunis, nombreux, de beaux types de chevaux de voiture. Quant aux chevaux de selle, ils sont rares, et c'est dans les classes de chevaux du Midi et du Centre qu'on les trouve surtout.

88 CHAl'lTHK IV

Je sais bien que l'Ouest et la Normandie présentent des chevaux dits de selle, généralement dételés la veille de leur limon où ils faisaient très bonne figure. Mais un vrai sportsman ou un cavalier ne choisira certainement pas l'un d'eux. 11 y a des exceptions naturellement. Dons les Internationaux , le modèle se relève un peu, et on peut y trouver d'excellents chevaux d'armes ou de chasse.

Mais pour pouvoir acheter un cheval aux concours de Paris et de plusieurs autres centres, il faut avoir la forte somme à sa disposition... Les chevaux se vendent un prix tel cpi'on est en droit de leur demander, en plus de la qualité, d'avoir quelque talent de société, tels que de danser sur la corde raide ou de jouer aux cartes. Il n'en est rien, à peine confirmés au harnais, ils ne sont pas dressés le moins du monde à la selle. Ils portent l'homme, voilà tout.

Dans la classe des chevaux montés sur les obstacles, les services rendus par les concours hippiques sont très importants, au point de vue cheval de selle.

J'ai crupendant longtemps, avecbien d'autres, que ledressage sur les obstacles, en vue des épreuves du concours hippique, n'avait pas d'utilité pratique, qu'un bon cheval de chasse pouvait être mauvais cheval de concours et réciproquement. La première proposition est vraie, il n'en est pas de même de la seconde : « J'ai monté dans ma vie beaucoup de chevaux de chasse. Seuls, les lauréats de concours sautent avec une très grande adresse et une sûreté incomparable; ils possèdent en outre un haut degré de souplesse et de docilité; ils donnent le sentiment de l'absolue sécurité, et procurent infiniment plus d'agrément que les autres. » (M'' de INlauléon.)

J'ajoute que la classe des chevaux de saut du concours constitue à peu près le seul marché où on puisse trouver le hunter complètement fait et prêt à entrer en service.

Le seul reproche qu'on puisse faire aux concours hippiques (sauts d'obstacles) est que quelques cavaliers très ordinaires s'y forgent une réputation imméritée, dont tout l'honneur revient à quelques mètres de longe au bout d'un caveçon, d'une barre fixe et de beaucoup de patience.

Le dernier jour du concours, une vente publique a lieu où

ou \CHÈTK-T-ON r?} Hr>'TKR? 89

Ton peut disputer à la remonte les quelques sujets invendus des chevaux de classe que les différents éleveurs ne veulent pas ramener chez eux. Mais il est rare d'y trouver le véritable hunter. Au concours, les bonnes affaires se traitent le matin. Des marchands, des gentlemen viennent parader avec leurs chevaux; on peut, si le cheval qu'ils montent vous plaît, tenter de l'acquérir. Jls ne les ont guère conduits au palais de l'Industrie que pour cela.

Agences spéciales. Il existe à Paris des agences ofï'rant de vous trouver le cheval de vos rêves. Ne m'étant jamais servi de leurs bons offices, je ne peux en parler sciemment.

En province, dans deux ou trois endroits bien connus des officiers, on trouve réunis des « irlandais? » et des pur-sang achetables par la commission de remonte du corps. En cas de refus de la part de la commission le marché est nul.

Ces sortes de marchands sont très utiles, et je ne peux qu'en recommander l'usage aux officiers et aux sportsmen.

Les chevaux à vendre ont au moins six ans, au plus huit, et les pur-sang ont quatre ans. Ce sont la plupart des chevaux d'occasion, me direz-vous? Certainement; mais pour être arrivés à six ans en restant nets^ c'est qu'ils ont de la qualité.

Au pays d'élevage. — Normandie

Deux régions bien distinctes : 1° Normandie, Vendée, les Charentes, la Bretagne, le Nivernais ; 2» le Limousin, le Midi.

En Normandiid. ■ — Historique. — C^hcval indig-ène. — Croisements danois sous Louis XV. — Anglais sous Louis XVI. — De 1805 à 1820, divers. — En 1820-1830-1870 anglais. — Puis fixation de la race trotteuse demi-sang. — Belles origines des pur-sang ayant créé le trotteur. — Opinion d'un célèbre sportsman allemand. — Trotteurs modernes le plus près du sang. Harley et James Watt. — Le pedigree de Phaéton et de Corlay. — Le vendeur normand. — Le type idéal de l'anglo-normand. — Les marchands. — Les écoles de dressage. — Foires. — Concours. — Transformation de l'allure chez le trotteur. — Le flying-trot. — Les chevaux de selle ne peuvent être appréciés que par ceux qui les montent. — Nécessité de la sélection des étalons autrement que par le record. — Une nouvelle infusion de sang pur est-elle probable ? — Le trotteur, tel qu'il est, pourrait produire bien avec de bonnes poulinières. — Rareté du cheval d'âge. — Les chevaux achetés par les l'cmontes, les haras, les marchands. — L'élevage à Caen, dans le Bessin, à Isigny, Val-de-Serre, Garteret, le Merlerault, etc.

On peut partager la France en deux régions, où Ton trouve des types de hunters diflerents, nés et élevés dans le pays.

Le hunter est, pour moi, un cheval capable de marcher à une allure vive, quelle qu'elle soit, pendant la durée d'une chasse, et de donner ce temps-là tous les elï'orls demandés, sans être crevé le lendemain. Le modèle dépend du poids du cavalier et du pays où il doit travailler.

La première région.

Pour gros poids et à fortiori poids moindres, comprend : la Normandie, la Vendée, les Charentes, la Bretagne et la Nièvre.

AU PAYS I) KLKVAGK >H)HMANDIE 91

Ln deuxième rêgioji.

Pour poids moyens (quelquefois gros poids) et poids légers : le Limousin, et tout le Midi.

Dans la première région, la Normandie, sans contredit, devrait produire les meilleurs luinters. Il est évident qu'elle ne les produit qu'exceptionnellement (1).

Dans V Ouest, les Marais-Saint-Gervais, Rochefort, etc., on voit des hunters de grande taille, l'^ôô, r"66 et même l'^VO, beaux et bien laits, qui, avec une forte nourriture portent leurs maîtres dans des pays durs en bons et gros obstacles.

A Cliallans près des Sables-d'Olonne, non loin d'Asson, aux concours et aux foires, on peut rencontrer d'admirables juments suitées de superbes poulains. Un de mes amis a ofTert 2.800 francs d'un cheval gris de trois ans, 1^62. Ce cheval avait un suros bien placé mais laid. Le propriétaire est parti sans même lui répondre.

Le défaut de ces chevaux est d'être un peu lymphaliques. Ils réussissent mieux dans leur pays que partout ailleurs, il vaut mieux ne pas les exporter de trop bonne heure.

La Brclagiie. — Là aussi on saute et on galope, et on voit peu de chevaux anglais. Petit, près du sang, le hunter breton est, peut-être, supérieur à l'irlandais, car il est moins long à s'acclimater, une fois transplanté hors de chez lui.

Je le crois d'autant meilleur qu'il est plus petit et, en tous cas, un breton ne doit pas dépasser l^ôO, car il ne trouverait pas, sur son sol, à se nourrir, os et muscles, s'il grandissait davantage.

Le Nivernais, le Bourbonnais, une partie de Saône-el-Loire tiennent le milieu entre la Bretagne et la Vendée.

Dans la deuxième région, le Limousin produit des chevaux très près du sang, de modèle léger. Mais on y rencontre depuis

(1) Les officiers qui sont passes par Sauimir savent bien l'infériorité, en carrière, des normands proprement dits, à quelques exceptions près, naturellement.

Les gros irlandais de Saumur, tout chevaux de cab (|u'ils sont, valent dix fois plus pour aller à Verries sauterie slccple et revenir au grand trot. Il n'y a

quelque temps des cheviiiix compacts, et qui ont assez de taille.

Dans lotit le Midi, on trouvera des animaux légers de formes très sportives. Les progrès réalisés par l'élevage permettent à l'amateur d'acheter dans certaines régions ces mêmes chevaux pouvant porter de 80 à 90 kilogrammes. Ces animaux sont rares parce que généralement les poulains n'ont ni assez d'avoine, jii assez d'exercice pour les développer à ce point.

Dans les pages suivantes je vais, de mon mieux, détailler les produits chevalins de chaque province, autant que possible en restant au point de vue de l'amateur isolé, qui chercherait un bon cheval pour chasser dans deux ans, ou ce qui est plus difFicile l'année prochaine.

En Normandie

Je crois qu'il est nécessaire, pour bien comprendre ce qu'est l'élevage actuel en Normandie, de savoir ce qu'y étaient anciennement les chevaux servant de base au cheval actuel amélioré.

Il y a, de tout temps, eu en Normandie de nombreux chevaux, dont les meilleurs se sont toujours trouvés dans le Merlerauk et dans le Cotentin.

Le sol du Merlerault faisait les chevaux plus petits, mais meilleurs que dans le reste de la Normandie.

Dans le Cotentin, la race, au contraire, gardait plus de gros, était plus lymphatique, mais réputée comme fournissant d'excellents carrossiers.

Dans tous les autres cantons de la Normandie, on trouvait

que la reprise des pur-sang qui les vaille comme fond et comme utilité. Quant aux normands, ils « crachent du vitriol au départ », sautent médiocrement, et reviennent en forgeant. Mais, je le répèle pour me mettre à l'abri des récriminations, il y a des normands excellents... Qu'ils soient ou non toilettés en irlandais, ils sont rares, trop rares; M. de Gasté est trop catcgorique quand il dit : « Le modèle normand est tellement éloigné de celui du cheval de selle que personne n'uarail l'idée d'aller chercher un hunter en Normandie. »

NicKii, dcnii-sang, IroUeur.

Al. M. A MA.

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beaucoup de chevaux de différents modèles, jusqu'à des postiers du type perclieron léger et lourd.

Voilà donc quelle est la base de l'élément actuel amélioré.

Sous Louis XV, un croisement malheureux fut obtenu avec la race tlanoise, dont les caractéristiques sont trop connues pour que je les rappelle ici.

Sous Louis XVI, le prince de Lambesc acheta en Angleterre, à l'usage de la Normandie, cinquante étalons de demi-sang anglais.

De 1801 à 1830, on peut relever les noms d'étalons de races différentes qui firent souche dans le pays :

Les orientaux Backa (1801), Arlau, Dagout, Godolphin, Seklavy, Massoud (1815). Les tmglo-arahes Séduisant, Norwick, Néron, Blanc.

Les pur-sang anglais Eastham (1808), Royal Oak (1820), Napoléon (1824), Sylvio (1826), Emilius, Pick-Pocket (1828), The Juggler. — Mais ce n'est qu'à partir de 1830 qu'on infusa du sang anglais à jet continu. Si des sujets furent ratés, si les représentants des races de trait au pas ou au trot lent diminuèrent en Normandie, si la période de tâtonnement donna lieu à bien des fautes assurément et bruyamment critiquée, du moins c'est à cette nouvelle orientation que nous devons non seulement nos races actuelles de trot, mais encore leur qualité.

Dès 1820, Eastham, pur-sang anglais, fut employé comme reproducteur. On peut citer parmi ses descendants C'hasseur et Emule. Napoléon, pur-sang que j'ai cité plus haut, fut un des meilleurs étalons et celui qui certainement donna le plus de noblesse h ses produits. Il fut le père de Friedland, de Marengo et du célèbre Eylaii. Ce dernier a laissé une lignée remarquable, HercJielh Lucain, Volontaire et Noteur, une des gloires de l'élevage normand.

Sylvio, pur-sang, né en 1826, eut comme descendance Don Quichotte, Ramsay, Falièro, Prince, Taconet, Elie, etc.

Royal Oak, pur-sang, né en 1823, a également fait d'excellents reproducteurs.

Tipple Cider, pur-sang, né en 1833, et Royal quand même, né en 1850, ont laissé une bonne postérité.

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Mais The Jleir ofLiniic, piii-saiif^-, né en 1853, par (jalaor et Mistress Walker, peut être considéré comme un des plus importants chefs de famille. « C'était un étalon de pur sang hors pair dont l'action directe a eu une influence si bienfaisante sur la pléiade de nos trotteurs ; il a été brillamment représenté par les Orphée, Pactole, Phaèlon, J'y so/ii^e/Yii et MoiJesiio, la mère de Tigris {Galba et Flibustier, ses pelits-fils).

« Phaéton, le plus glorieux rameau de celte illustre souche, s'est afiirmé comme un des plus remai'(juables reproducteurs qui aient jamais existé » (P. Guillerot). Une de ses filles fut Dulcinée, la mère de la célèbre Messagère ' viennent ensuite comme bons étalons de pur sang qui aient fait des trotteurs :

Af/i(hn>il, pur-sang, père de Qui i'ive [iS12);

Bagdad, pur-sang, père à'IIipponicne.

Le norfolk Young Rattler, né en 1811 de Old Rattler et d'une fdle de Snap, était arrière-petit-fds de Darley Arabian.

Il avait, paraît-il, la conformation des étalons anglais que le prince de Lambesc fit venir d'Angleterre.

« Il est, écrit M. P. Guillerot, le grand ancêtre de notre race trotteuse actuelle. Ce merveilleux étalon eut une action aussi influente que décisive sur la production normande. Il fit la monte en Normandie de 1820 à 1834, et sa descendance fut si nombreuse que son nom se retrouve presque toujours dans les généalogies des étalons de tête. Son petit-fils Voltaire procréa Kapirat, étalon exceptionnel, dont les fils Conquérant et Kapirat II ont fait la fortune de la Normandie et de la Vendée ».

Un petit-fils de Rattler, Normand (18G9), peut aussi être considéré comme un chef de famille. Il est père du célèbre Cherbourg.

Un autre norfolk, The Norfolk Phoenoménon (1845), a également très bien racé en France. Sa descendance directe est Y (1858), Ipsilanti (1864) et Niger. Son plus célèbre petitfils Lavaler est lui-même un reproducteur de tête dont les produits sont aussi célèbres que nombreux (nous parlons trotteur).

Quelques courants de sang étranger, américain et russe.

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onl été inlusés sans beaucoup de succès. Des junienls américaines ont cependant donné de bons produits. Fusclna a nne trace du sang de Ladij Pierre, jument américaine.

IjCS chevaux russes ont tous mal produit en Fi'ance.

« Il résulte, écrit M. P. Guillerot, de l'examen de la généalogie de nos meilleurs produits de demi-sang cpie dans le 111' lignée paternelle on trouve :

1" Trumpator, représenté par un senl descendant direct : Bagdad, p è i"e • d ' H i p p o m è n e ;

2° Eclipse, à la descendance beaucoup plus nombreuse cpii compte parmi ses représentants : lioijnl (luand même, Tarrare, l'ilectruiue, Pédagogue, The Heir of Linné, Tonnerre des Indes, Tipple Cider, Brocardo, Charlatan, etc.;

3° Hérold, an noble sang, arrive en bonne place avec The Juggler, Fitz Pantaloon, Mareellus, Invincible, Dollar, Napoléon, Eylaii, Ion, Gladiator, Tamherlick, Affidavit, Vermouth, Syh>io, Easlha/n, Basly, etc.

On sait que Trumpator, Eclipse et Ilérold sont respectivement petits-fds de « Godolphin Arabian » (noir, 1782), de « Darley Arabian » (alezan, 1764) et de « Byerly Turk » (bai, 1758).

Au début l'étalon trotteur n'était considéré que comme reproducteur de chevaux de course au trot... Les sujets se multiplièrent et montrèrent de bonnes aptitudes de travail et de service. On se servit alors des étalons et des juments trotteurs pour (aire des chevaux ii tous usages, et bien que nantis de la si superbe origine que je viens d'esquisser h grands traits, la sélection, établie d'après le record de vitesse, fit ces chevaux ce que nous voyons maintenant et ce dont tous les cavaliers se plaignent.

La race est fixée sur son sol du moins, et je crois même que si le modèle de la masse des chevaux devait changer, il changerait plutôt en mal (je parle toujours cheval de selle), car les défauts de conformation observés depuis l()ngtemps ressortent davantage à chaque génération. Il y a loin du tiotteur actuel aux nobles fils « d'Eylau », par exem[)le!

Tous les éleveurs du trotteur sont du même avis : l'un des

plus éclairés M. P. Guillerot écrit : « Cotte nouvelle famille (les trotteurs), par la spécialité et la fixité de ses caractères, est assez bien confirmée pour se reproduire par elle-même, sans avoir recours à une nouvelle infusion de sang pur. Pour « fabriquer » des Jiivigny, des Qui i>H>e, des Lance à mort, des Michigan, des Narquois, etc., il faut choisir une jument, bien confirmée dans le sang trotteur et la livrer à un étalon de la même race, également confirmée.

Accumuler des générations de trotteurs, prendre des éléments qui ont la spécialité recherchée, est la voie la plus certaine. Les chances de « variabilité » seront considérablement diminuées en utilisant pour la reproduction des « multiplicateurs » ayant alfirmé, par des courses, l'hérédité des aptitudes « dominatrices » de leurs ancêtres.

Il m'a paru intéressant de citer, sur la façon dont se comportent les étalons normands h l'étranger, l'avis du comte Wrangel. Je l'extrais de son livre Das buch von Pferde, qui n'a pas encore été traduit :

Il raconte avoir visité les élevages de MM. Bastard, Bridu, Delaville, du Rogier, Forcinal, Gost, Ledars, Lemonnier, Marion, Pierre, Revel B., etc., et beaucoup d'autres qui occupent le premier raug, et il constate que même chez eux on « s'aperçoit facilement du revers de la médaille »..., « car même chez les représentants de l'élevage normand connus au delà des frontières de leur patrie, l'observateur attentif et expérimenté fera, à son grand désappointement, maintes remarques sur le penchant de la race au lymphalisme. »

Le comte Wrangel a constaté aussi quo l'anglo-normand trotteur moderne n'emporte pas avec lui ses aptitudes à l'hérédité, lorsqu'il est exporté de son milieu originel. •

« Je citerai un exemple concernant cette impuissance observée chez le normand, de conserver et transmettre le type de la race propre, en dehors de son milieu originel. Les vingt juments, franchement magnifiques, qui en 1866 et 1867 furent importées à Graditz dépérirent grâce au climat et au terrain de Graditz « comme du beurre au soleil », suivant l'expression du comte LehndorfF. — Graditz ne possède aujourd'hui que deux sujets de la descendance de ces juments. Tout le reste a dépéri ou est complètement défiguré. Il en advint de même quand on transporta six juments anglo-normandes que M. de Simpson-Georgenburg amena en Prusse orientale. Malgré que ces bêtes fussent en état de répondre à tout ce qu'on exige d'une poulinière, il ne se trouve plus aujourd'hui au] haras de Georgeuburg une seule jument descendant d'une de ces poulinières.

— « On sait également combien peu ont répondu à l'attente, les trois étalons anglo-normands importés à Trakehnon ; Gusrnan, Goutte d'or et Gloire.

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« — Bien que moi-même, en mission officielle je n'aie pas acheté pour la Suède, moins de six étalons et six juments de cette race, je suis très enclin à donner raison à ceux qui prétendent qu'on a prisé trop haut la valeur des normands. La Suède, à ce point de vue, a fait une expérience conforme à celles do l'Allemagne et de l'Autriche.

Ce qui disparaît d'abord chez l'aiiglo-normand transporté sous d'autres cieux, c'est la distinction fameuse et l'action admirable qui leur prêtaient, chez eux, une si séduisante grâce. Toutefois cela ne les empêche pas de produire cà et là des chevaux utiles et de belle prestance (somptueux, d'apparat), mais, d'ordinaire (à la troisième ou quatrième génération, pierre de touche de tout croisement) les sujets ont fort triste mine. Ce qu'ils transmettent le plus souvent, c'est la taille et la constitution lymphatique : ce sont des chevaux grands et mous! J'avoue que je ne

songe pas sans frémir à de pareils carcans Aussi les beaux jours où

M. Dclaville « pouvait coller » aux Autrichiens des convois entiers d'étalons de trois à quatre ans, de valeur très problématique, paraissent ne devoir jamais revenir.

Le pur-sang ne doit pas, d'après mon opinion, être rendu responsable de cet état de choses, car d'un côté les étalons de pur sang sont de moins en moins employés, et d'un autre côté ce n'est pas l'excès, mais le manque de sang qu'on reproche à l'anglo-normand de nos jours. Aussi me suis-je pour ce motif toujours efforcé, dans mes achats, d'acheter des étalons qui fussent le plus possible près du sang. Les exemplaires moins racés se changent en « chameaux » qui perdent la force et la vie avant que l'année soit terminée.

« Malgré tout cela, conclut le comte Wrangel, on ne contestera pas que l'anglo-normand réussi ne soit un cheval très séduisant. Voilà pourquoi il est donc d'autant plus nécessaire, en considérant ses bous côtés, de ne pas oublier le revers de la médaille. »

Il faut nous résigner à voir, en même temps que le record du trot deviendra plus étonnant, diminuer le degré de sang du cheval en Normandie et son aptitude au galop, car tous les chevaux y sont excellents, trotteurs ou trotteurs manques. A cette époque plus rapprochée qu'on ne croit, il sera tout à fait inutile d'y aller chercher un cheval de selle. Le même avenir est réservé aux Charcutes, à la Vendée, à la Nièvre et à la Bretagne.

Tels qu'ils sont à l'heure actuelle, beaucoup de trotteurs sont encore très près du sang.

Harley et James Watt sont les deux étalons de tête des haras et les plus arrosés de pur sang.

Harley a donné de remarquables preuves d'endurance, puisqu'il a affronté pendant trois années les sévères luttes de Ihippodrome, et qu'il a parcouru sur la piste accidentée du Pin,

en épreuves publiques, le kilonièUe en i'oô", sajis le moindre préjudice pour les tendons et les jarrets. Comme origine, il est du meilleur sang qu'on puisse trouver. Fils de Phncton, c'est un descendant direct du pur-sang The Ilcir of Linné et, dans son pedigree, on compte onze ascendants de pur sang, et dixsept de demi-sang.

James Wall également fils de Phaéton est plus rapproché du sang; dix-neuf chevaux de pur sang ont contribué à sa procréation. Malgré celte copieuse infusion de sang pur, il a été moins remarquable en courses et sa meilleure vitesse est de l'AO" le kilomètre. Les dures épreuves qu'il a disputées aux champions de sa génération ont laissé des traces sur ses jarrets.

Je citerai, à titre de document et pour l'instruction de beaucoup de mes lecteurs, les pedigree de « Phaéton » et de « Corlay » (1).

Ils pourront de cette façon se rendre compte du fort degré de sang que cache trop souvent l'enveloppe anti-sportive du trotteur.

[Les nnnis en italique sont ceux de pur-sang.)

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1 lujrésme. . . { ( ] Miss-Ann, ]nw Jugaro.

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]/«/;, par Ditcan-Grey.

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(1) D'après VKicvagc du trotteur en France, de M. P. Guillcrot.

TiGiii.s, (K'mi-s;ui", Ir

OssiA.N, .l.iiii-sani; iKiniiand

AU PAYS n KLKVAGF: NOini\MlTE 103

Tous les chevaux son! ;i vendit' eu Noiinandie, il lie s'agil que d'en donner un bon prix. Pour peu qu'on réside quelques semaines dans le pays, on fin il par connaître les défauts et les qualités de tel cheval qu'on a reniar([ué et qui plaît. Seul, son propriétaire ne doit pas être au couiant de vos intentions, car il vous tiendrait la dragée haute. Puis allez chez lui avec ou sans vétérinaire, selon vos connaissances; montez le cheval; faites votre prix. Le bon Normand en fera un autre ; vous finirez toujours par « couper la poire en deux ». Le cheval sera à vous, si vous l'emportez d'assaut. Surtout ne remettez pas la conclusion du marché au lendemain; l'affaire serait manquée, votre vendeur vous déclarera infailliblement C[ue sa femme refuse de le vendre, mais que, pourtant, « pour ne pas vous désobliger, avec 500 francs de plus... » Donc le marché conclu, payez et emmenez plutôt votre cheval attaché par une corde au dossier de votre cabriolet.

Le beau cheval normand fait en cheval de selle est rare et très cher. Les courses au trot ont trop sensiblement transformé le, modèle dans le sens de l'aptitude au trot : « Beaucoup de bons trotteurs, écrit en 1897 un vétérinaire dans une étude sur le cheval normand, ont le garrot bas, le rein long, le dos mou, ce qui constitue une défectuosité pour la selle. Mais les haras achètent les étalons qui plaisent aux éleveurs ». Or comme les éleveurs n'élèvent pas pour l'amour de l'art, et veulent gagner de l'argent, ce sont les étalons trotteurs modèle carrossier dont ils se servent afin d'obtenir des produits vendables (1).

On est généralement trop porté à croire que les éleveurs

travaillent par amour du cheval, pour la gloire Là ou le

cheval ne rapporte plus, ils en abandonnent l'élevage, pour, comme sur le plateau central, se livrer de préférence à celui dès

(1) Pour trouver quelques modèles coinmo La Force (par Cherbourg- et Dwina), Harley du dépôt de Saint-Lô, et Jainca Watt, combien de vilains chevaux ne devons-nous pas contempler. Que penser au point de vue selle du modèle à'Elan, Tigris, etc., normands, AinbUion-Bai, norf'olk, RoRijue Bouda cl Mollir Wijikic, américains. Si encore ils étaient régulièrement conformés, comme Niger, tout commun qu'il est, ou Képi : Aussitôt qu'en Normandie, les éleveurs veulent bien ne pas faire du trotteur proprement dit, on peut admirer des types de selle des mieux réussis, tels que Narrateur (Ecole de Saumur), né en 1891, par Fred-Archer, demi-sang-, et Golconde, pur-sang; ou encore Ossian par Fataliste, pur-sang, et une fille d'Etendard, demi-sang.

bestiaux. liii où ils vendent un mauvais cheval tiès cher, tous leurs efforts se porteront sur sa production : l'offre obéit toujours à la demande en matière commerciale.

Le type du bel anglo-normand idéalisé par Alfred de Dreux tend de plus en plus à disparaître; on en découvre ch et là et il en existe certainement, car j'en ai vu. Le vicomte II. de Chezelles se remonte depuis quelques années en chevaux normands : ils sont fort beaux; mais il n'est pas donné à tout le monde de posséder une carte hippique de la Normandie aussi à jour que celle du vicomte de Chezelles; ni surtout desavoir comme lui transformer peu h peu un cheval de trois ans et demi ou quatre ans en un excellent cheval de chasse ou de service.

Il est donc très difficile de se remonter de cette façon. Un moyen terme, si l'on veut se contenter d'un modèle passable, est de s'adresser aux marchands du pays.

Quelques marchands normands vendent à la remonte ; on peut donc en payant un peu plus cher que cette dernière écrémer un lot. Mais en général, sauf pour la forte somme, les marchands ne tiennent pas à lâcher les chevaux très bons qui feront passer le reste du lot, bon ou médiocre.

Je ne fixe pas le prix d'un tel cheval qu'on peut par grand hasard rencontrer âgé de cinq ou six ans.

Il doit, selon le temps dont vous disposez pour vos recherches, selon votre habileté, et surtout selon l'habitude que vous aurez du marchandage et du maquignonnage normand, varier de 1,500 à 2,500 francs pour un cheval bien conformé et 1%0 environ de taille.

Les écoles de dressage vendent plus cher : les chevaux sont rtiieux pansés, mieux présentés, ils ont tous des origines, de l'action et y sont préparés en vue des concours et de la vente consécutive. On ne s'y occupe guère que de les dresser à l'atlelage, les chevaux de selle n'étant pas demandés; cependant il n'est pas rare de trouver dans le lot un cheval ayant de l'espèce, la conformation et les aptitudes du cheval de selle. L'école de dressage de Caen s'est acquis une réputation tout h fait justifiée. L'école de Séez est également un établissement bien dirigé. C'est pendant la période préparatoire des concours

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