‹ Le cheval de selle en FranceChapitre 41 sur 43 · AU PAYS D KLEVAGE EN LIMOUSIN · texte numérisé non relu

AU PAYS D KLEVAGE EN LIMOUSIN

soit chez le paysan. Il n'y a qu'à les arrêter les jours de marché sur les routes.

L'École de dressage de Limoges réunit pour ses besoins de locations (vacances, chasses, préparation aux concours, soit pour les ventes à l'amiable) d'excellents chevaux choisis et dressés avec soin par son directeur, M. Boyron.

Quelques marchands tiennent encore cet article; mais plus rarement y trouve-t-on le cheval d'un bon modèle.

Le concours du Dorât réunit de ravissantes poulinières suitées de très beaux produits.

Le cheval limousin est régulièrement, depuis quelques années, acheté en bas âge pour être transporté en Vendée, où il double de volume en conservant son influx nerveux. Ces poulains viennent presque tous de la région du Dorât.

Les foires du Dorât et de Limoges sont assez bien fournies. On y voit des modèles ravissants, souvent malheureusement en très mauvais état.

Mais je le répète encore, ce coin de la France est le pays par excellence du cheval de chasse et d'armes pour poids moyen. Je n'ai jamais eu rien à reprocher à de tels chevaux, ni au harnais une fois confirmés, ni à la selle. Leur fond et leur énergie doivent faire pardonner par les sportsmen peu patients ou simplement maladroits, les difTicultés de dressage, très exagérées du reste, imputables seulement à leur sang et leur viffueur originelle...

Les chevaux de selle sont au-dessous de la Loire. — Géographie hippique du bassin de la Garonne. — Historique du cheval du Midi. — Étalons employés par les éleveurs actuels.

1° Le cheval du Médoc. — Elevage. — Poulinières. — Mauvaise hygiène. — Haras de Libourne. — Noms de quelques chevaux hunters de qualité. — Centres d'achats et éleveurs.

2° Le cheval du Midi. — Région où se localisent les meilleurs hunters. — Bons sauteurs. — Fond des chevaux dits « du Gers ». — Bonne influence de l'exercice. — Influence du sang. — Hackneys. — Avis de M. le marquis de Mauléon sur l'élevage du Midi. — Influence du pur-sang. — De l'angloarabe, du norfolk, du normand, le demi-sang du Midi. — L'élevage du pursang anglais et anglo-arabe. — lileveurs de chevaux du Gers. — Importations de chevaux tarbais dans les Charentes et en Vendée. — Les poulinières. — La meilleure reproductrice. — Foires, concours. — Ecoles de dressage. — Importations de chevaux américains. — Les courses au trot, les poneys du Midi.

Le cheval du IVlidi

Si je ne craignais d'être injuste en me montrant trop exclusif, je dirais que les chevaux de selle ne se trouvent qu'en dessous de la Loire. En France surtout, c'est le sol, et non pas les hommes, qui font le cheval.

Un sportsman du Midi me disait pittoresquement : « Pour moi, toutes les prairies où vous mettez un bœuf maigre et où vous allez chercher trois mois après un bœuf gras, font mal le cheval ». Ce paradoxe a un fonds de vrai, car, dans le Midi, les pâturages qui paraissent les moins riches sont ceux où on élève les meilleurs chevaux.

Dès 1660, le duc de Newcastle décrivait le cheval du Midi de la façon suivante : n Les exemplaires réussis de cette race sont les plus nobles chevaux du monde, car de la pointe des oreilles jusqu'au sabot de derrière tout est beau en eux. Ni si légers que le barbe, ni si lourds que le napolitain, patients, courageux et aisés à dresser, ils brillent en outre par de magnifiques allures, leur pas, leur trot, leur galop ne laissent rien à désirer. Il n'y a pas, à mon avis, un cheval qui pourrait aussi bien convenir à porter un monarque dans une entrée triomphale ou sur un champ de bataille. »

En descendant des Pyrénées, où l'on fait ce joli cheval plein de sang et d'endurance, avec pourtant des membres trop grêles, et en suivant les cours d'eau qui viennent se jeter dans la Garonne, on voit, au fur et à mesure qu'on s'avance vers le nord, la race grossir, grandir, prendre de l'os et conserver sa qualité sous plus de volume. Mais quand on a dépassé Lectoure, Saint-Clar, Beaumont-de-Lomagne, la terre devient plus riche, plus fertile; les chevaux, eux, deviennent plus épais et perdent un peu de qualité. On arrive alors à la plaine de la Garonne, où l'on fait du bœuf et du cheval agenais. De l'autre côté de ce fleuve, vers Villeneuved'Agen, Cahors et Gramat, on produit encore de bons chevaux.

Le cheval du midi de la France doit certainement ses précieuses qualités au sang oriental transmis par les étalons des Maures, alors que les Pyrénées, seules, nous séparaient de leur empire, ainsi qu'à l'influence du climat, du sol et de la configuration du terrain.

Les éléments de croisement ont été si variés et si nombreux que, s'il faut en croire les dires de personnes expérimentées qui, dans leur grand âge, ont précédé notre génération, déjà dans leur temps, les différents types de chevaux indigènes n'existaient plus ou presque plus. Les quelques sujets qu'on rencontrait par hasard étaient bien dégénérés, petits et inutilisables à un service sérieux.

Avant la Révolution, les haras soignaient particulièrement la province de Bigorre (qui comprenait aussi la plaine de Tarbes). Elles y entretenaient 50 étalons et 1.300 poulinières. Tout fut, naturellement, balayé par la tourmente de 93.

En 1806, Napoléon P'" rétablit l'administration des haras, mais il ne put, cela va sans dire, reconstituer la race par le même décret.

Napoléon admirait beaucoup le cheval oriental. Il envoya de nombreux étalons de cette race à Tarbes, et tout paraissait marcher à souhait lorsque les années 1813, 1814 et 1815 vinrent de nouveau vider le pays de chevaux et de juments. La Restauration eut tout à refaire. Elle acheta sagement des étalons syriens.

Mais dès 1850, les haras essayèrent des croisements à tort et à travers : Le tableau de composition des haras de Tarbes à cette époque est fort instructif. Sur 100 étalons, 24 étaient de pur sang anglais, 10 arabes, 8 anglo-arabes, 48 de trois quarts sang, 10 de demi-sang.

Des documents remontant à 1877, qui considèrent ce qu'a produit cette incohérence dans les croisements, nous renseignent sur les résultats :

Les fils d'arabes purs ne pouvaient servir h la cavalerie comme trop légers et trop petits.

Le pur-sang anglais croisé avec des juments bien choisies, a fabriqué de bonnes poulinières quand l'infusion du sang n'a pas été poussée trop loin. Le pur-sang anglo-arabe n'a pas une hérédité stable, défaut qui s'est transmis jusqu'à nos jours à beaucoup d'étalons de cette race.

Les anglo-normands ont produit de mauvais chevaux.

Aussi est-il heureux qu'actuellement, une plus grande part soit donnée au pur-sang anglais bien choisi, et surtout au pur-sang anglo-arabe amélioré.

Car, si l'emploi aveugle et ma/gré tout du pur-sang anglais a donné de mauvais produits, ceux-ci n'ont pas été aussi nombreux qu'on a bien voulu le dire, et ce sont surtout les partisans des chevaux de trait qui en ont exagéré le nombre et les défauts, ainsi que les officiers de cavalerie lesquels souvent ne recevaient dans leur régiment que les déchets de l'élevage, grandes « bringues » quinteuses avec de mauvais membres et décousues.

Le proverbe : Ab iiiio, disce omnes, est surtout faux en matière hippique.

Ces errements sont à peu près abandonnés ; le reproducteur de pur-sang est plus judicieusement choisi, compact et près de terre.

cil Al'ITItK X

Oïl foDcle aussi beaucoup d'espoir sur l'anglo-arahc comme améliorateur ; on s'en occupe beaucoup à l'heure actuelle.

L'administration des haras a fait acheter, pour Pompadour, il n'y a pas longtemps, en Syrie, à la tribu des Anazès, campée sur les bords de l'Euphrate, des étalons orientaux du sang le plus pur, d'excellente conformation, de petite taille, avec de beaux membres. On espère, grâce à cette nouvelle infusion de sang pur, fixer un peu plus la race des anglo-arabes dont l'hérédité est encore douteuse.

Le meilleur croisement est le croisement alternatif de l'arabe et de l'anglais. C'est celui qu'on emploie avec des juments anglo-arabes, arabes, anglaises et de demi-sang du pays améliorées aussi par le croisement alternatif, car il faut rester avec soin dans des limites judicieuses pour ne pas affaiblir la dose du sang indigène.

Uétalon anglais peut être utilement employé deux fois de suite par le bon éleveur, c'est-à-dire par celui qui nourrit bien ses poulinières et ses poulains; sans cette précaution, Il donnera des produits enlevés et ne valant absolument rien ; on ne doit donc s'en servir que dans les contrées très fertiles.

Quant à l'arabe, il n'est réellement utile comme étalon que s'il est employé alternativement avec l'étalon anglais.

1^' anglo-arabe, je l'ai déjà dit, n'est pas assez fixé comme reproducteur.

M. Gayot est peut-être dans le vrai théoriquement quand il affirme l'aptitude de l'anglo-arabe à être un bon reproducteur parce qu'il est un cheval de race pure, l'anglais n'étant autre que l'arabe transplanté dans un nouveau pays et transformé par un mode d'éducation différent. Mais pratiquement il n'en est pas de même. Quoi qu'il en soit, l'anglo-arabe n'est pas encore employé couramment comme reproducteur par les éleveurs même qui le produisent.

Le trotteur normand et le hackney-norfolk ne peuvent rien faire de bon dans* la plaine de Tarbes. La nourriture n'est pas assez substantielle pour le volume des produits. En revanche, dans les départements du Gers — ainsi que l'éciit le marquis de Mauléon — et la Haute-Garonne, les norfolk ont donné de très bons résultats. Cependant les haras — un peu trop exclu-

vu PAYS D KLKVAGK LES CHEVAUX DU MIDI 167

sifs — ont remplacé ces étalons par des pur-sang anglais, des pur-sang arabes et anglo-arabes. Les éleveurs s'en plaignent, car ils faisaient pour le commerce de bons et jolis chevaux, bien que surtout des chevaux d'attelage. Comme cheval de service, le hoii demi-sang est, je crois, le meilleur, plus calme que les produits de pur sang; plus fort, il est plein d'énergie et de force.

On fait en ce moment dans la plaine de Tarbes beaucoup de pur-sang anglais et d'anglo-arabes, au détriment du demisang qu'on a trop délaissé. Je crois cependant que d'ici peu d'années l'éleveur se remettra au demi-sang : il est moins coûteux, et d'une vente plus facile.

Le lecteur s'étonnera peut-être de ce que je déplore la fabrication du pur-sang dans le Midi, après avoir déclaré d'autre part que c'était le vrai cheval du sportsman. Mais il faut bien se persuader que le beau cheval de pur sang est difficile à élever, que son élevage rationnel n'est pas h la portée des petits naisseurs. Un bon cheval de pur sang coûte cher à établir. Tous ceux que j'ai vus, nés et élevés par le paysan ou le petit éleveur, étaient de pauvres petits chevaux graciles et décousus, ou d'énormes carcans mal plantés et sans aucune qualité. On ne peut donc conseiller aux cultivateurs, surtout h ceux du Midi, de faire des chevaux de pur sang ou très près du sang. Ni eux, ni les sportsmen n'y trouveraient leur bénéfice.

Dans le Médoc existe une race de très-bons chevaux. On y trouve le vrai hunter avec le sang et le poids, le sang pour courir un dur cross-country, le poids pour supporter un lourd cavalier.

La plupart des auteurs qui ont écrit sur les races de chevaux en France, se copient les uns les autres. Pas un ne s'est offert un petit voyage circulaire qui leur eût prouvé que, ce qui était vrai il y a cinquante ans,. ne l'est plus maintenant. Ils reproduisent même dans leurs ouvrages les portraits des chevaux, le plus souvent laids et mal dessinés et ne ressemblant plus du tout au type actuel perfectionné. Ainsi je lis dans Cuyer et Alix au sujet du cheval médocain : « Il a la

tête forte, empâtée, l'encolure droite, le rein long, la croupe courte, les côtes plates, le ventre volumineux, les membres faibles, les articulations étroites, les aplombs irréguliers ». MM, Cuyer et Alix écrivaient, il est vrai, en 1888.

Or le cheval mèdocain n'a pas ce type. Il n'en a pas de très défini, du reste ; on verra pourquoi plus bas.

Le Médoc commence h Pauilhac, suit la Gironde et finit à la mer. Ce pays se compose de vastes prairies, submergées pendant certains mois par l'eau du fleuve, qui, à cette hauteur, est fortement mélangée d'eau de mer. Ces prairies sont arides et sèches pendant l'été. Dans ces immenses plaines coupées de canaux, vivent, pour ainsi dire à l'état sauvage, de nombreux chevaux. Ils y demeurent toute l'année, sans autre nourriture que de l'herbe.

Les poulinières sont prises un peu partout, ce qui est un des gros défauts de cet élevage : une jument irlandaise ou anglaise est-elle arrêtée dans sa carrière de chasse, vite un propriétaire l'achète, et après l'avoir fait remplir par un trotteur du haras de Libourne, l'envoie dans un de ces marais pour le restant de ses jours. C'est là une bonne poulinière; mais un accident de voiture arrive-t-il à une jument des tramways de Bordeaux (cette administration. recrute sa cavalerie en Bretagne), le même propriétaire s'en empare et la fait saillir par le même trotteur. Un sort identique arrive à la jument anglo-arabe, etc. On ne cherche qu'à faire du gros, ce qui dans le Midi est une faute. Le gros doit être obtenu principalement par l'avoine, l'hygiène et l'exercice, surtout dans les régions méridionales.

Dans ces prés salés, les poulains, jamais rentrés, jamais pansés, jamais avoines, dévorés vivants par les mouches d'été, finissent par faire de bons chevaux. Les mauvais n'ont pas résisté à ce mode primitif d'élevage. Ils ont assez de gros, et, bien choisis, bien dressés, bien avoines, ils font trois chasses à Pau, alors qu'un irlandais n'en fait qu'une.

Pour qu'un tel élevage forme d'aussi bons chevaux, que serait-ce s'il était fait rationnellement. Mais que dire à ces excellents Bordelais qui répondent à vos remontrances sur l'alimentation insuffisante de leurs poulains : « De l'avoine!

KJO

Ju>ri:.NT (Inni-saiiL; du Mi<li,

îj "!!>-- ^ r

' T"^ ' ■ '^ . /'HUt

l— jfiSà^i

CAiiAMi;i. (Mc(lor).

AU PAYS 1) KLKV\(;i': LKS CHKYAUX DU AUDI 171

Hc pourquoi? Nos chevaux sont des buveurs d'air! » en vous montrant la direction de la mer d'un geste large!...

Quand ces éleveurs voudront donner un peu d'avoine à leurs juments pyrénéennes, quand les étalons seront des demi-sang du Midi, cet élevage donnera d'excellents chevaux.

Le haras de Libourne a peu d'étalons propres à régénérer les chevaux du Médoc.

Les moins mauvais sont Jùj/tateiu- et Tobie (demi-sang normands). Le meilleur et qui donne de très bons produits est Bayard IV. En ce moment on essaye d'infuser du sang angloarabe, grâce aux étalons : BUlièie, Lionel et Moab.

En somme, dans le Médoc, il y a de très bons chevaux, 111s du hasard probablement, car il n'y a aucune suite dans cet élevage. On y rencontre des chevaux rappelant absolument le type hunter et en ayant les qualités de saut et de train : M. Lalande avait un cheval Hayon d'Or, absolument de ce modèle. Or, M. Lalande est un gros poids. Un de ses autres chevaux Rébus est dans le même ffenre.

Tout le monde a pu voir au Concours le sauteur extraordinaire du lieutenant Albaret Caramel; c'était un médocain.

Zamorra h M. Guidon qui a emporté la coupe cette année à Bordeaux; Patatras au marquis d'Ayguesvives, le vainqueur de l'Omnium de l'an dernier, sont aussi tous deux de ce pays. Patatras rappelait cependant peu le hunter. Les principaux éleveurs en Médoc se nomment MM. Lavoton, Guidon, Antony, Constant, Calvet ; et les centres où l'on peut se procurer le cheval médocain sont Lesparre, Queyrac, Saint-Vivien, Soulac. La remonte achète très peu de ces chevaux, dont le prix moyen est de 1.200 francs.

Le cheval du Midi proprement dit, apte au service de la selle, à condition qu'il ne dépasse pas un certain volume, se trouve dans la région qui comprend les vallées de la rive gauche de la Garonne, sur la première moitié de son cours, c'est-à-dire le Gers, la Haute-Garonne et le Tarn-et-Garonne, la plaine de Tarbes et de Pau.

Les cantons de Sainl-Gaudens et d'Aurignac dans la Haute- Garonne sont certainement les centres où on trouve les chevaux

172 CIIM'ITHE X

ayant le plus de modèle de hunier; les chevaux de qualité y sont en plus orand nombre qu'ailleurs. Je crois qu'il faut attribuer le privilège dont jouissent ces contrées à la configuration montagneuse du pays qui ne permet pas aux habitants d'abuser de l'ardeur de leur chevaux, et qui règle, à leur insu, la vitesse et la durée de l'allure. Les chevaux y sont forcément plus ménagés, tout en travaillant d'une façon utile à leur développement. Les prairies, nombreuses et excellentes, sèches à flanc de coteau, se prêtent merveilleusement à l'élevage. Il faut aussi signaler certaines influences locales qui leur ont presque toujours assuré dans les stations d'étalons des reproducteurs de qualité. Les plus mauvais chevaux se font dans l'Aude, l'Hérault et le Gard.

Le marquis A. d'Ayguesvives, si parfait sur l'obstacle, achète ses chevaux dans toutes les régions du Midi, dans le Gers, à Tarbes, à Saint-Gaudens et ailleurs. Ce sont des animaux ayant absolument le type hunter et une fois dressés, plus gros sauteurs sur le fixe que ne le sont généralement les irlandais. Cette année-ci, il a acheté une jument qu'il a trouvée traînant la charrue dans la plaine de Montréjeau. Elle est extraordinaire et saute facilement avec 80 kilos, l"i58. Mais cette jument est une exception certainement.

La taille utile des chevaux du Midi ne doit pas dépasser l'"58, et plus ils sont petits, meilleurs ils sont. Ceux qui ne s'en sont pas servis ne peuvent se faire une idée de leurs qualités. M. Larregain, le célèbre loueur de chevaux de chasse à Pau, prétend qu'il n'y a que le Gers et l'Irlande qui puissent faire des chevaux pour suivre les laisser-cour re de Pau. Quand on trouve un cheval du Gers assez fort pour porter 80 à 90 kilos, il vaut presque deux irlandais. Un cheval du Gers peut chasser trois fois par semaine, un irlandais une fois ou deux, tout au plus.

C'est un plaisir de voir, à Montauban, la remonte du régiment de dragons. Elle est fournie par Tarbes qui les prend dans le Gers... Voilà ce qu'on peut appeler des chevaux de selle... Beaucoup ont 1">59 et ils sont robustes et « vibrants » comme on dit dans le pays.

AU PAYS I) i:lkva(;k — lks chevaux du midi 173

A vrai dire, le cheval de service qu'on y rencontre, soit chez les paysans, soit aux foires, paraît maigre, décharné, étroit.

Mais les soins et la nourriture complètent le type, car la charpente, l'os, y sont, et de bonne trempe. Il est même dommage qu'on songe à doubler y>)<7/' trop les chevaux du Midi avec du sang norfolk, on finira par avoir de petits carrossiers, ronds d'allures, comme on les aime maintenant. Le cheval du Midi pour être un peu plus compact n'a pas besoin de sang trotteur, mais bien de manger de l'avoine jeune et d'être soumis à une bonne gymnastique. Il ne faut pas cependant s'insurger aveuglément contre l'infusion du sang du hackney du Norfolk lorsque celui-ci est bien choisi, et employé avec une poulinière bonne aie recevoir, dans une région comme le Gers, apte h faire réussir le produit. M. le marquis de Mauléon, au sujet du croisement destiné h produire dans le Midi le cheval du type selle utile, me fait l'honneur de m'écrire :

Pour arriver à ce produit, les facteurs sout : le reproducteur de pur saug en proportion dominante et le reproducteur de demi-sang indigène ou importé.

Le croisement qui a donné les meilleurs résultats dans le Midi est celui du pur-sang anglais, du pur-sang arabe et du sang des hackney-race improprement appelés norfolk; le premier pour moitié, les deux autres en égale proportion.

Le rôle du reproducteur anglais est de donner des lignes dans la construction même du squelette, c'est-à-dire de la longueur dans les rayons et aussi de la densité aux muscles.

Le reproducteur arabe accentue la puissance des hanches, enrichit le sang et donne les qualités d'endurance qui rendent l'élevage moins onéreu.x et l'entretien de l'animal en service plus facile.

Le reproducteur de demi-sang, s'il est bien choisi, qu'il soit trotteur, hackney ou autre, donne de l'ampleur, jjlus d'épaule et plus d'action. Je tiens à détruire le préjugé, ou plutôt les objections que l'on fait à l'emploi des étalons soi-disant norfolk, car ce mot que j'emploie à dessein a soulevé beaucoup de polémiques. On nous dit : Ces animaux sont des sujets et ne sont pas le produit d'une sélection suivie; par suite, ils ne peuvent fixer leurs qualités. C'est une erreur absolue. Lorsque je me livrais à l'élevage du demi-sang, j'ai voulu m'assurer moi-même de l'exactitude de ces dires, et je me suis rendu à Norwich, capitale du Norfolk, d'oii j'ai pu rayonner dans tous les élevages des environs. Je me suis mis en relation avec le secrétaire de la société de la Hackney-race, ce qui prouve d'abord que cette race existe. Il m'en a montré le stud-book et m'a donné des détails très intéressants sur sa provenance et son maintien...

On peut, il est vrai, lonloster la valeur des stud-books des différentes races de demi-sang, car le classement des reproducteurs ne repose pas,

comme l'a établi la Société d'Encouragement, sur un fait matériel et indiscutable : la victoire dans une course. En effet, les encouragements donnés à la simple inspection du reproducteur par une commission qui ne peut le juger que sur sa conformation et ses allures et non sur sa qualité, ont une valeur bien moins grande.

Cette manière de procéder a donné cependant des résultats : tous les animaux que j'ai vus possèdent bien les mêmes caractères, et les donnent à leurs produits.

On dit aussi que l'étalon Hackney-race (1) doit être employé avec discernement. Cet argument a sa valeur; autant les juments pleines de sang lui conviennent-elles, autant doit-on éviter de leur donner des juments communes, du moins dans le Midi.

Mais si l'augmentation de volume est donnée par le croisement, c'està-dire par l'infusion d'un sang de reproducteurs à tissus plus grossiers et plus communs, il est certain que en principe la qualité, la trempe, le sang diminueront en raison de l'augmentation du volume. Si au contraire, l'influence climalérique et la nature du sol interviennent dans la production de cette augmentation de volume, les sujets peuvent acquérir du gros dans une certaine proportion, tout en conservant leurs qualités. Mais chaque ouvrage et chaque cavalier demandent un modèle, un volume, une action, une ([ualité, un train dillérenls. Il no faut pas croire qu'en toutes circonstances le gros soit indispensable

D'autre part on lit clans le traité d'hippologie de M. Jaeoulet :

Les éleveurs oui voulu faire plus grand, plus fort, pour augmenter le nombre de leurs acquéreurs, ils ont malheureusement été encouragés dans cette voie : l'administration des haras a mis à leur disposition des

(1) Le Uackneij du Norfolk (d'aprôs M. Touchstone) est un cheval de trut léger « pouvant porter du poids, et dont hi taille de 1"'50 environ à l'origine, ne doit pas actuellement dépasser 1™60 ».

Cette race a été obtenue par le croisement do pur-sang avec les meilleures juments du Norfolk et du Yorkshire, possédant elles-mêmes du sang à un très haut degré, ayant au trot des aptitudes de vitesse, de rcgularitc et de beauté d'allure.

Bien que l'action très relevée du genou, si à la mode maintenant, ne caractérise pas le cheval de selle, comme le hackncy projette énergiquement ses antérieurs en avant et qu'il trotte d'une façon parfaitement régulière, qu'il est de petite taille, on conçoit que, et surtout dans le Midi, il doive être, comme étalon de croisement, préféré au reproducteur normand. Il a en effet presque toujours le modèle de cheval de selle. (Voir, dans le numéro 75 de l'an 1897 du Sport universel illustre, le portrait de Lady Keguigham, jument hackney). « Le mérite, écrit le comte Wrangcl dans le Buch voin Pferde, d'avoir attiré l'attention des éleveurs continentaux sur cette précieuse race revient à I administration française des haras. Le norfolk était considéré comme perdu, lorsqu'on s'ajierçut en France qu'il était excellemment dispose pour corriger l'action défectueuse du trot chez d'autres races, ainsi que pour rétablir l'équilibre entre le sang et la conformation dérangé par une tendance à l'anoblissement poussée trop loin. Il s'ensuivit donc une forte importation d'étalons du Norfolk parmi lesquels Champion, The Colonel, etc., qui ont exercé sur les anglonormands une influence considérable. »

AU PAYS D KLEVACxE LES CHEVAUX DU Mini 175

chevaux (le pur sang anglais, des deini-saiig norniands ou (uif^lais {Norfolk). Los résultats ont été défavorables et il ne pouvait en être aulreinenl, car on ne doit pas demander l'ampleur des formes, l'élévation de la taille aux seuls ascendants, mais surtout aux conditions de milieu.

M. Jacoiilet est complètemeift dans le vrai pour l'influence néfaste du trotteur normand sur nos races méridionales. Quant au hackney du Norfolk, non seulement M. de Mauléon, mais beaucoup d'autres éleveurs se plaisent et reconnaître les services qu'il peut leur rendre. Car s'il fait compact, il ne fait pas trop grand. Le pur-sang anglais a, surtout anciennement fabriqué, des modèles « équivoques ». Il était mal choisi, et même bien choisi, employé aveuglément.

Je dois donc dire ici quehjues mots de l'élevage du pursang anglais lequel est fabriqué pour lui-même, dans le Midi, sans aucun souci d'amélioration d'élevage local proprement dit.

L'élevage du pur-sang anglais se fait sur une plus vaste échelle que celui du pur-sang anglo-arabe. Il est surtout fait par les éleveurs riches qui « travaillent pour l'amour de l'art ». Quelques-uns ont acquis un juste renom, tels : le marquis de Castelbajac (à Caumont, Gers) qui a fait naitre Gil Pérès par « Vignemale » et « Gipsy » et que l'Etat a payé 60,000 francs, et dont un autre produit par « Gipsy » et « Courlès », a été vendu l'an dernier à Deauville 22,000 francs.

La plupart des éleveurs de Tarbes ont suivi le mouvement, ayant à leur avantage la proximité du haras, l'influence de M. E. Blanc et de M. Fould, qui leur donnent de bons étalons dont les fils se vendent h des prix très élevés et rapportent des primes h l'éleveur. Naturellement, ces chevaux se vendent d'autant plus cher qu'ils sont de meilleure origine. Mais, au point de vue « cheval du Midi », cet élevage cosmopolite est très peu intéressant et très peu pratique, car il fait tout consister dans l'origine et éloigne de la reproduction des étalons améliorateurs , moins chargés de performances, mais de meilleure construction.

Seul ou presque seul, le petit propriétaire fait de l'élevage d' anglo-arabe pour réaliser des bénéfices. Presque tous les chevaux de cette race naissent dans les plaines de Tarbes et

176 ClIAl'ITHK X

de Pau. Les meillcuis sont destinés ii faire des étalons et sont vendus aux éleveurs qui s'adonnent à cette spécialité. Ce sont eux surtout qui essayent de faire œnvre utile et de cela il convient de les féliciter.

Au nombre de ces derniers il faut placer en tète M. de Juge qui a élevé Ben-Maksoiide, que l'État a payé 14,000 francs. M. Dubois-Godin, de Puech-del-Sol (Aveyron), M. Fourcade Peyroube (de Tarbes), M. Ayrol (de Bagnères-de-Bigorre), M. Viguerie (de Toulouse), M. de Basignac, M. Descat, Pugens, comte de la Roque-Ordan, Bastiot, Touzet, M. de Vernet, etc. Peu de leurs élèves se sont signalés comme reproducteurs.

J'ai parlé plus haut du manque de fixité de la race ano-loarabe, mais elle donne de bons chevaux de remonte, de manège, parfois de carrière, ([uand leur élevage a été bien soigné. Ils sont très appréciés à l'étranger. Le gouvernement du Japon a acheté cette année des anglo-arabes dans la plaine de Tarbes. Après la campagne du Tonkin, le mikado avait déjà fait acheter comme étalons les quelques chevaux de spahis qui avaient survécu. La Société sportive d'Encouragement, depuis le vœu émis par M. Bajac, conseiller général des Hautes-Pyrénées, a alloué quelques crédits aux courses régionales d'anglo-arabes. On sait qu'à Auteuil, un prix spécial fut créé pour eux, mais jusqu'ici il n'y a que des fils d'anglais qui y aient figuré. Cet essai a été l'objet de beaucoup de critiques de la part de certaine presse sportive. Cette dernière se préoccupe généralement fort peu de la qualité des chevaux qui courent, et encore moins des encouragements à donner à la race chevaline.

Il faut savoir gré aux haras d'apporter tous leurs efforts à l'amélioration, à la fixation de la race anglo-arabe. J'ai parlé déjà des achats faits en Syrie.

A ce propos je me demande comment on n'a pas pensé à conserver une /■ace orientale pure en Afi^érie dont les chevaux indigènes, au lieu d'être améliorés, ont été abîmés par des croisements maladroits, ainsi que le constate le général du Barail dans des mémoires. On reproche, en effet, aux arabes élevés hors de leur mère-patrie de perdre leurs qualités

Ri TUANT, i.iir-sniis; :in-lo-,M-;il),

> ...^. ^ fi

^ZiHl

>rAK. p..r-s;,M- ;,,.-!,

(l,.iMi-s.ni- <hr Mi

AU P.VYS D KLEVAGR LKS CHEVAUX DU MIDI 179

natives; le haras de Tarbes en possède cependant quelquesuns de bons, nés et élevés en France.

L'administration des /taras a le tort de sacrifier des sommes considérables à l'achat de chevaux anglais et de trotteurs normands, en se préoccupant trop de leur pedigree, de leurs performances, au préjudice des anglo-arabes qui jusqu'ici ont été achetés des prix dérisoires. Et cependant on a pu constater dans le Midi que des chevaux peu brillants sur le turf, comme Viiincniale elBai/Arc/ier, payés des prix très ordinaires, avaient utilement et remarquablement racé, tandis que d'autres chevaux qui avaient une grande valeur en courses, n'ont rien fait de bon comme reproducteurs.

Mais il serait injuste de méconnaître l'orientation nouvelle prise cette année par les Haras qui ont payé aux éleveurs des prix plus raisonnables les chevaux de tète présentés à Toulouse en octobre dernier. Ils y ont acheté vingt-cinq animaux dont les plus hauts prix ont atteint de 12,000 a 15,000 francs.

Les meilleures jninenis poulinières améliorées sont celles appartenant à la race dite higourdane, qui se trouvent un peu dans tout le Midi chez l'éleveur soigneux et en plus grande agglomération dans les plaines de Tarbes et de Pau.

Les juments de cette race à laquelle M. Gayot dans son ouvrage : La connaissance générale du cheval a consacré un chapitre sous ce titre : Chevaux de demi-sang, race higourdane améliorée^ sont : 1° tantôt le résultat du croisement de la jument indigène avec l'étalon anglais, lorsque la poulinière est fille d'arabe pur (le poulain qui a toujours 25 0/0 de sang arabe est qualifié demi-sang anglo-arabe) ; 2° tantôt le résultat du croisement de la jument indigène avec l'étalon arabe lorsque la poulinière est fille d'anglais (alors le poulain qui a toujours 50 0/0 de sang arabe est qualifié de pur-sang anglo-arabe).

C'est ainsi que par l'alternance du sang anglais et du sang arabe se perpétue cette excellente race bigourdane.

11 faut pourtant signaler le manque de sens pratique de certains éleveurs qui choisissent mal leurs étalons en faisant saillir, par exemple, une petite jument par un étalon de très haute taille et vice versa. De ce rapprochement, parfois trop

clisproporfionné du sang anglais et du sang arabe, résulte chez le produit de graves défectuosités.

Quand la race d'anglo-arabes de pur sang sera mieux fixée, elle sera un intermédiaire parfait en s'interposant entre le sang anglais et le sang arabe.

En l'état actuel, on peut choisir pour se remonter entre un produit près de l'anglais et un autre près de l'arabe. Si le premier, qui a un modèle plus sportif, a plus de vitesse, le second a plus de qualité comme rusticité et endurance, il a aussi assez de vitesse pour faire un excellent troupier; mais beaucoup de sportsmen n'aiment pas leurs allures et je les comprends sans peine.

En dehors des juments bigourdaues on ne trouve guère dans le Midi que quelques poulinières d'origine souvent inconnue du côté de la mère, ayant des affinités avec toutes les races, presque toujours h deux fins, parfois très bonnes poulinières, mais dont la remonte, avec raison, n'aime pas les produits, car leur modèle ne se rapproche pas assez du type de cavalerie légère.

Il en est cependant qui remontent parfaitement les gendarmes et pourraient devenir d'excellents serviteurs de cavalerie de ligne, si cette arme ne s'approvisionnait de préférence dans les contrées du Nord et de l'Ouest.

Ces juments peuvent se distinguer, selon les contrées, par certaines particularités qu'il est assez difficile de décrire. Elles sont toutes filles d'arabes, d'anglo-arabes, d'anglais, de normands ou de norfolk, et leurs produits changent de taille suivant la richesse de leur pays d'élevage, l'hygiène et l'exercice auxquels ils sont soumis.

C'est ainsi que dans certaines contrées du Gers et de la Haute-Garonne, quelques chevaux anglais membi^és et étoffés ont donné d'excellents résultats. Héros par exemple, qui a pendant longtemps fait la monte, à Samatan (Gers).

L'arobe a de son côté produit des effets analogues dans l'Ariège et les Landes.

Car le Midi ainsi que beaucoup se l'imaginent à tort n'est pas un milieu homogène comme sol et conditions climatériques; suivant les endroits la race pourra être améliorée, au point de vue selle, par des étalons très différents d'origine.

On a essayé, dans le temps, d'employer la jument irlandaise comme poulinière. J'ai été à même d'en voir de bons produits. Cependant dans la plupart des régions, surtout dans la plaine de Tarbes, les résultats ont été mauvais ; outre que l'accouplement est difficile, et la fécondation très problématique, les produits sont presque toujours la caricature de leurs auteurs.

Le plus grave défaut de l'élevage consiste surtout dans le mauvais choix et le mauvais entretien des poulinières, qui pardessus le marché sont livrées au premier cheval venu; elles sont dans les mains du petit éleveur : or la plupart d'entre eux consacrent à l'élevage le rebut de leur écurie. Ils vendent les bonnes pouliches à la remonte ou au commerce. L'éleveur, de plus, nourrit mal les juments et leurs poulains. Dans certaines régions elles sont laissées dehors toute l'année et mangent ce qu'elle trouvent. Car, s'il fait de l'avoine, le paysan préfère la vendre.

Dans d'autres régions, les animaux d'élevage sont rentrés dans la mauvaise saison et renfermés dans des espèces de porcheries où tous les soins hygiéniques leur font défaut ainsi que toute nourriture réconfortante. La plupart du temps les juments vont au marché une fois par semaine attelées h une jardinière, car, dans le Midi, les chevaux ne servent ni à la culture, ni aux charrois.

Mais il faut constater que, si, depuis quelques années, l'élevage a fait des progrès dans le sens hygiène, il n'en a pas encore assez fait dans le sens nourriture.

La création d'une jumenterie nationale serait donc dans le Midi de la plus haute importance. Elle y serait mieux placée qu'à Pompadour, et lui permettrait de posséder un lot de poulinières capable de faire naître de long reproducteurs et de renouveler avec succès l'essai tenté par M. Gayot pour créer la race anglo-arabe.

Beaucoup de poulains nés dans la plaine de Tarbes (qui est le seul coin du Midi où il y ait vraiment une jumenterie indigène) sont transplantés dans le Gers, la Haute-Garonne, le Tarnet-Garonnc, ils y prennent du volume et des membres. Les plus marquants d'entre les éleveurs de cette région sont : MM. le marquis de Castelbajac, Descat, le marquis de Mauléon,

182 ClIAPITRK X

lo comte <Io La Roque-Ordan, de Jiigf, d(! Rnble, Dubois- (iodin, Piigens, Viguerie, etc.

(]oinme dans tous les autres pays d'élevage de France, le petit naisseur du bassin de la Garonne ne résiste pas à la tentation de vendre ses meilleures juments. Il ne garde que celles qui sont relusées par la remonte.

En ofT'et les remontes achètent à trois ans et demi les juments bien laites, ;i bon dessus. Et les juments mal conformées rentrent à la métairie. Si l'étalon qui les féconde est un arabe, ou un anglo-arabe à dos mou, le défaut est encore exagéré. Je crois que c'est là l'origine de bien des dos défectueux qui tarent d'excellents sujets d'autre part.

Le prix moyen des chevaux est subordonné à leur race, leur taille, au service auquel ils sont aptes. Jusqu'à ]'"5i, la remonte ne les paye pas au-dessus de 1.000 francs; à 1"'52 et au-dessus, certains jîoulains sont payés jusqu'à 1.800 francs.

Les chevaux faits sont très rares dans le pays; on peut en trouver dans les écoles de dressage, quelquefois aux voitures de paysans les jours de marché, chez les loueurs de ville d'eaux après la saison, chez les marchands dans les grandes villes. 11 est cependant difficile à un marchand de réunir une demi-douzaine de chevaux faits, à jour fixe.

La remonte opère généralement ses achats au mois d'octobre. On peut suivre le comité. On trouve également, dans les concours, des poulains qui sont présentés à Auch, Mirande, Condoni, Lectoure, etc.

Les foires sont aujourd'hui dépourvues de jolis chevaux. On n'y mène que les animaux refusés par les remoiiles et par conséquent de la dernière catégorie.

Cependant les foires de Rabastens et de Maubourguet (Hautes- Pyrénées), Pau et Nay (Basses-Pyrénées), sont ti es suivies des amateurs, car elles sont le rendez-vous de tous les « guides » des stations thermales.

Si on habite le pays, si on ne recherche qu'une taille moyenne, on trouve facilement son affaire. Quand j'étais jeune homme

et (juc j'allais clans la Haute-Garonne passer mes vacances ou mes congés, je trouvais parfaitement pour 500 à 800 francs un ravissant et excellent cheval qui, à Paris ou clans toute autre région, en eut certainement valu le double ou le triple.

Les palefreniers des stations de monte sont (dans le Midi, comme dans les autres contrées d'élevage) les personnes les mieux renseignées. Ils connaissent les propriétaires cjui ont des chevaux à vendre et sont au courant de tous les petits potins hippicjues de leur arrondissement.

On peut aussi se rendre soi-même dans les centres de production les jours de concours, lescjuels ont lieu toujours en août et septembre.

La région ayant la population chevaline la plus dense est celle qui s'étend entre Tarbes et Bagnères-de-Bigorre. Les éleveurs y sont très nombreux.

Les quelques écjuipages de chasse laissent comme résidu à Pau et à Biarritz d'excellents chevaux.

On trouve aussi des chevaux d'importation américaine et des chevaux de réforme retapés.

A Bordeaux, l'école de dressage, qui jouit, sous la direction de M. Barailhe, d'une réputation méritée, est un intermédiaire excellent.

Qui ne connaît l'école de dressage de Tarbes, directeur M. Burguès, auquel reviennent, avec raison, tant de succès aux concouis.

J'ai parlé de chevaux américains. Voici ce c[ue m'écrit à leur sujet M. Barailhe c{ue je viens de nommer :

« Nous sommes envahis par des chevaux américains qui vont lentement, mais h coup sûr, tuer notre élevage. Comment voulezvous lutter contre des chevaux de six ans, qui nous arrivent au prix de 600 ou 700 francs? »

C'est assurément un danger. Bordeaux est un point de débarquement fort bien choisi. Mais je doute que, pour ces faibles prix, un cheval américain vaille un cheval du Midi. Le bon cheval américain coûte cher en France. La cavalerie américaine est mal remontée et le beau hunter y coûte le même prix marchand cju'en Angleterre. Le remède est donc à côté

du mal. Los acquéreurs dos chevaux importés du nouveau monde (ce sont presque tous des marchands) finiront par garder pour compte ces animaux un peu « camclotte ». Les chevaux américains de tête vont tous à Paris ou en Belgique, où ils sont payés le môme prix que les autres hunters... majoré depuis quelques mois du droit d'entrée de 200 francs par tète.

On rencontre aussi çà et là des chevaux normands et saintongeois qui servent de carrossiers de luxe. La Bretagne et le Perche envoient des chevaux de trait utilisés dans les pays viticoles.

Quand aux courses au trot, elles ne peuvent avoir dans le Midi aucune importance au point de vue élevage. Elles ne paraissent réservées qu'aux simples amateurs de ce sport, qui font courir généralement des chevaux tarés ou hongres.

Je n'ai pas parlé des excellents poneys au-dessous de 1^50 qu'on rencontre partout dans le Midi.

Je donne ici le portrait d'un poney, qui avec des actions brillantes et régulières fait son kilomètre en 2' attelé, et porte allègrement un cavalier de poids moyen.

Ci-joint le tableau do la répartition des étalons de l'administration des haras dans le Midi, répartition fixée à la date du 16 janvier 1897.

AuRiLLAc. — 75 étalons :

6 pur-sang anglais. j 17 pur-sang anglo-arabes.

5 — arabes. 47 demi-sang.

Pau. — 128 étalons:

19 pur-sang anglais. 1 48 pur-sang anglo-arabes.

21 — arabes. 40 demi-sang.

PoMPADOuR. — 92 étalons :

11 pur-sang anglais. 1 21 pur-sang anglo-arabes.

19 — arabes. 41 demi-sang.

Tarées. — 156 étalons :

34 pur-sang anglais. | 48 pur-sang anglo-arabes.

27 — arabes. 47 demi-sang.

Villeneuve. — 73 étalons :

11 pur-sang anglais. 1 27 anglo-arabes.

1''» — arabes. 21 demi-sang.

FOllŒS AUX CHEVAUX

in

fc

o; ri

tf

Ui

cJ

oJ

ce

CJ

Iz

es ■" •'

Cl,

Cfi

ÇJ

bc— «

Page 1