HISTORIQUE
Dans le tome Il, « Les Equidés », de son « Traité de Zootechnie », le Professeur DECHAMBRE écrit :
« La Station préhistorique de Solutré est située dans le département de Saône-et-Loire, à quelques kilomètres de Mâcon ; elle renferme une quantité extrêmement considé. rable d'ossements de chevaux qui proviendraient, selon ToussaINT, de plus de cent mille individus.
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Toussainr (1) présente le cheval de Solutré comme un animal ayant une taille comprise entre 1 m. 36 et 1 m. 38 ; les plus grands ne dépassaient pas 1 m. 45. Ce cheval possédait des masses musculaires volumineuses, une grosse tête, une encolure courte ; ses membres ne manquaient pas de finesse; ils étaient très musclés et forts avec des articulations amples ; le sabot était iarge. TOUSSAINT ajoute que la rigueur du climat devait nécessiter une fourrure épaisse et longue, comme la portait d'ailleurs l'éléphant lui-même à cette époque.
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Les chevaux quaternaires étaient très abondants dans le bassin de la Saône ; c’est à eux que l’on fait remonter l’origine d’un certain nombre de races modifiées dans la suite des temps par de nouvelles conditions d'existence. Le che-
(A) H. Toussainr : Le cheval dans la station préhistorique de Solutré. Recueil de Médecine Vétérinaire, 1874.
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val ardennais et le belge sont des dérivés grossis du Solutréen.
RACE BELGE. — Origines. — Le cheval belge appartient au même type ethnique que l’ancien ardennais ; l’un et l’autre sont des descendants grandis et amplifiés des chevaux qui, aux temps quate’naires, vivaient dans les bassins de la Saône et de la Meuse. LEYDER (1) a émis une opinion au fond peu différente, en faisant du cheval belge un animal autochtone qui serait originaire du Condroz, plateau ondulé entre Dinant et Liége. Pour cet auteur, la souche primitive aurait émis sur place un rameau d'où est sorti le condrozien ; un rameau poussé vers l'Est auïait donne l'ardennais belge ; un autre vers l'Ouest aurait produit le brabançon. Sans vouloir susciter de controverse dans une question de cette nature, nous dirons que si l’une et l’autre hypothèses pe mettent d'expliquer la formation des chevaux contemporains par la transformation d’un type primitif, celle de SanSoN et de PIÉTREMENT, ayant un caractère plus général, est plus séduisante ».
L'opinion à laquelle DECHAMERE fait allusion, du Professeur LEYDER, et celles des vues et conceptions qui nous intéressent de cet éminent zootechnicien belge, sont ainsi exprimées :
« Origine du Cheval belge. — L'origine du cheval belge, très ancienne, peut être reportée jusqu'aux temps géologi. ques quaternaires. SAnsON fait naître le cheval belge dans le bassin supérieur de ia Meuse. PIÉTREMENT étend cette aire d'origine en y joignant le bassin de la Saône. Tous deux le regardent comme le descendant direct du cheval quaternaire de Solutré, près de Mâcon, dont le Professeur Tous- SAINT, de Lyon, a publié la description, il y a quelque trentecinq ans.
J'ai déjà protesté ailleurs contre cette conception. Le cheval belge, en effet, n’est ni un enfant trouvé, issu de pa: rents inconnus, ni un bâtard auquel on doive aller au loin, en pays étranger, chercher un père bénévole qui régularise son état-civil. C’est dans les profondeurs du sol national même que plongent les racines de son arbre généalogique, et nul chevai,au monde n’a de parchemins plus anciens, ni de filiation mieux établie. Cette proposition se fonde sur les déveloprements suivants
(1) Leyper : Le Cheval belge, Bruxelles 1005,
Vers l’époque où l’on découvrit le puissant gisement fossflifère de Solutré (que Toussainr estime contenir les restes de cent mille chevaux), M. DuponT, l'éminent Directeur actuel du Musée royal d'Histoire naturelle de Bruxelles, venait d'être chargé par le gouvernement de l'exploration paléontologique des cavernes des vallées de la Meuse et des affluents de ce fleuve sur le territoire belge. Ce fut l’occasion d’un travail mémorable, Abondante et précieuse, dans les cavernes de la Lesse surtout, fut la récolte des documents paléontokogiques et préhistoriques. Ici aussi, le cheval fut trouvé nombreux, en p'ésence de ses compagnons quaternaires habituels ; le mammouth, le rhinocéros, l'ours, l'élan, le renne, etc.., le tout mélangé de restes humains.
Malheureusement, à part les phalanges, les os du carpe et du tarse, les dents et quelques rares canons, les restes du cheval n'ont été trouvés qu'à l’état de fragments, l'homme des cavernes contemporain ayant brisé les crânes et les os longs pour se nourrir de la cervelle et de la moelle, Leur étude est ainsi rendue fort ardue ; je m'en suis néanmoins imposé la tâche. Armé du compas d'épaisseur, j'ai pris une à une les millie’s de dents et de pièces osseuses, classées comme restes du cheval dans les vitrines du Musée, et scruté attentivement, notamment les formes, les dimensions et les proportions des surfaces articulaires des os et les détails organiques des dents.
Une première conclusion à déduire de ces recherches, au cours desquelles j'ai découveït, parmi l’énorme masse de débris du cheval, trois ou quatre pièces provenant de l’hémione et qui, jusqu'alors, avaient été méconnues et étiquetées « equus caballus » ; je tiens à consigne” ici ce détail comme preuve de la minutie de mes investigations, c’est que le cheval belge quaternaire de la Meuse avait une taille d'environ 1 m. 40.
Toutefois, plusieurs extrémités articulaires d'os longs, quelques astragales, quelques phalanges, quelques fragments de maxillaires garnis de très fortes molaires, nombre de dents isolées aussi autorisent l'admission de l’existence simultanée de certains chevaux de plus forte stature, qui, peut-être bien, amorçaient dès lors l’évolution du puissant brabancon. Si, cependant, l'on voulait voir dans les formes colossales de celui-ci, comparées aux formes exiguës du cheval fossile de la Meuse, un argument contre la possibilité de sa dérivation de ce dernier, ie me bornerais à rappeler l'accroissement de l’ossature et des dimensions générales qui s’est effectué sous nos veux chez les chevaux belges au cou”s des vingt dernières années.
D'autre part, d'ailleurs. l'examen comparatif des os et des dents de l’un et de l’autre, aussi loin que j’ai pu le pousser jusqu’à ce jour, notamment en ce qui concerne les plisse-
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ments de l'émail des molaires et les particularités des surfaces articulaires des os, n’accuse que des analogies et, à part les dimensions, point de divergences suffisantes pou” faire conclure à l’incompatibilité philogénétique du chevat belge quaternaire et du cheval belge moderne. C’est pourquoi l’on doit considérer celui-là comme l'ancêtre probable de celui-ci.
Je ne veux pas taire toutefois que, suivant une opinion accréditée parmi les paléontologistes, mais non universellement reçue, le cheval aurait été éliminé de la faune belge à l'aurore des temps géologiques modernes, en suite des modifications profondes introduites par la période glaciaire dans les conditions d'existence du monde animal de l’Europe Occidentale. Sans me livrer à cet égard à aucune controverse, je ferai remarquer que, dût même la question de sa dérivation paléontologique rester ouverte, aucun autre cheval ne pourrait, sous ce rapport, disputer au belge une préséance fondée sur une ancienneté d’origine mieux établie.
Les sous-races chevalines belges. — Si passant outre, om maintient la notion de la parenté philogénétique admise plus haut, toute l’évolution de la race chevaline belge et de ses sous-races s'explique de la façon la plus simple et la plus rationnelle.
D'après cette conception, le plateau ondulé du Condroz parcouru par la Lesse, s'étendant de Dinant à Liége, le long de la rive droite de la Meuse, sur une largeur moyenne de 40 kilomètres, doit être considéré comme lieu d’origine du cheval belæe primitif.
D'ici un rameau émigré dans la nuit des temps préhistoriques vers l'Est, atteignit les massifs montueux de l’Ardenne à l'altitude élevée, au climat rude, au sol schisteux et pauvre, ne pouvant offrir que des conditions d'existence précaires et y produisit la sous-race ardennaise.
Un second rameau, traversant la Meuse et pénétrant vers l'Ouest dans les plaines limoneuses relativement basses et hautement fertiles de la Belgique, s’y répandit et développa la sous-race brabanconne. Entre les deux se présente comme forme intermédiaire la sous-race condrusienne, issue sur place de la souche originaire, et dont les produits portaient jadis le nom de doubles Ardennais.
La justesse de cette conception me paraît trouver sa meilleure preuve dans l’étonnante rapidité avec laquelle s’est réalisée la parfaite homogénéité de notre population chevaline des montagnes de l’Ardenne jusqu'aux rivages de la mer du Nord.
Il semble, en effet, que ce n’est guère que par une manifestation en quelque sorte explosive de l’atavisme jusque
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là contenu par une immixtion réitérée de sang étranger, notamment dans l'élevage ardennais, que la sélection a pu produire en un si court espace de temps la remarquable uniformité actuelle de la race.
La question de savoir si le cheval de Solutré a quelque parenté avec le cheval fossile belge, n’a d'intérêt que pour l’histoire naturelle ; nous n'avons donc pas à nous en occu-: per.
Les sous-races issues de la souche chevaline belge primitive ne sont pas exclusivement localisées dans leurs contrées d’origine. Seul, le Brabançon le plus pesant n'appartient qu'aux régions les plus fertiles du royaume, et, en dehors de son milieu d'évolution, on ne le rencontre que dans les fermes exploitant les lambeaux de limon qui se trouvent par exception sur la rive droite de la Sambre et de la Meuse. Comme cheval d'élevage, il fait totalement défaut en Ardenne ; à peine l’y rencontre-t-on isolément comme cheval de travail.
L’Ardennais n'est pas très rare dans l’aire propre au Condrusien ; il peut même se rencontrer par exception dans celle du Brabançon.
Le Condrusien peuple mairite excellente écurie d’Ardenne et se trouve à travers touts la région limoneuse du pays dans les zones les moins fertiles, ainsi que dans les exploitations les moins intensives.
Bref, Condrusiens et Ardennais peuvent se trouver à tra: vers toute la Belgique ; le gros Brabançon seul est lié au limon le plus fertile du pays.
DATANT EN. CEE. Les circonstances économiques et les tendances de l'élevage, puissamment aidées par la communauté d’origine signalée ci-devant, ont, au cours du der nier quart de siècle, effacé toutes différences essentielles de formes entre Ardennaïis et Brabancçons. C’est par les dimensions seules qu'ils se distinguent entre eux, et l’on peut dire que le léger Ardennais du bon vieux temps, en se métamorphosant en Brabancon de petit format, a tout bonnement suivi la loi d'adaptation au milieu ardennais, lui-même profondément transformé.
Un coup d'œil rapide sur les destinées historiques du cheval ardennais nous apporte des renseignements intéressants à divers égards.
Dès que les Belges, sortant de la nuit des temps préhisto-
riques, font leur apparition ostensible sur la scène du monde, leurs chevaux, du même coup, surgissent en pleine
lumière. Ecoutez César : « La Nation belge des Trévires est de beaucoup la plus puissante par la cavalerie ». Un siècle plus tard les Romains acclament NÉRON conduisant au cirque un quadrige de juments ardennaises, et du temps de STRABON, de FLORUS, de DIOCLÉTIEN, ce sont les Belges qui leur livrent les meilleurs chevaux, probablement en partie pris parmi les plus pesants.
Après la première croisade, les chevaux orientaux font leur apparition en Ardenne, et à partir de cette époque jusque dans les temps récents, leu importation s’est répétée d'innombrables fois. L'Abbaye de Saint-Hubert, notamment, située au cœur de l'Ardenne, a systématiquement pratiqué cette importation, et, durant des siècles, introduit le cheval oriental dans l'élevage de tous les domaines de sa dépendance.
L'emploi persévérant de ces étalons produisit à la longue la diffusion du sang oriental dans la masse de la population chevaline ardennaise, affinant les fo mes lourdes et un peu communes du type belge et il s’est fait ainsi que vers la fin du 18 siècle l'Ardennais s’est réputé comme excellent cheval de hussard et eut bientôt le fatal privilège de fournir à la cavalerie de Napoléon ses remantes les plus rustiques et les plus endurantes. Les Ardennais et les Bretons furent, en effet, les seuls chevaux qui pu‘’ent aider à ramener de la Russie en France les débris de la grande armée en débandade. Les réquisitions continues de l'Administration impériale avaient d'ailleurs tellement pesé sur les écuries ardennaises qu’à la chute de Napoléon la race même était épuisée et ruinée.
L'œuvre de sa restau’ation fut une tâche très ardue, quelques rares étalons indigènes médiocres ayant seuls échappé au désastre général. Durant un demi-siècle, les étalons les plus disparates furent employés à la saillie de ce qui était resté de juments ardennaises et de celles qui les suivirent : des Arabes, des pur-sang anglais, des anglo-nomands, envoyés en station dans les Ardennes par l'Administration des haras, des Percherons, mais surtout des Condruziens et de petits Brabançons retirent à l’Ardenne un cheval sensiblement plus fort que l’ancien, mais manquant d’uniformité, le plus souvent décousu, avant en majeure partie perdu sa distinction d'autrefois et conservé seulement toutes les qualités déterminées par le milieu, à savoir : la séche. resse des formes, la constitution robuste, la sobriété, l’endurance.
Dans le même espace de temps, des transformations profondes s'étaient produites dans les conditions économiques et agricoles de l’Ardenne. La construction d’un dense réseau de routes empierrées (et à partir de 1858 de quelques