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chemins de fer) à travers toute la contrée, y avait singulièrement facilité les communications et permis l'emploi de véhicules de transport moins légers et, partant, de moteurs plus pesants. Pour assurer à ces derniers une alimentation appropriée, l’agriculteur ardennais, s’aidant d’une copieuse importation de chaux (possible seulement depuis que la contrée est dotée de voies ferrées), et plus récemment de superphosphates et de scories Thomas, avait en quantité et en qualité amélioré considérablement sa production fourragère, à l'extension de laquelle il continue d’ailleurs à vouer ses soins actuels.
Dès lors se trouvaient réunies toutes les conditions pro: pres à l'élevage rationnel d’un cheval supérieur en taille et en poids à l’ancien Ardennais. Aussi lorsque, en 1865, la dissolution du haras belge eut libéré l’éleveur ardennais de toute contrainte dans le choix de ses étalons, il livra résolument ses juments à l’étalon de race indigène, dont l’emploi exclusif depuis lors a produit la situation prospère actuelle des écuries ardennaises. Et si à la première exposition chevaline générale, tenue à Bruxelles, en 1880, l’on pouvait encore observer quelques traces du désarroi qu'avaient porté dans la race les étalons disparates dont il a été question plus haut, on peut affirmer que, dès maintenant. l’homogénéité de celle-ci est restaurée, en ce que dans l’ensemble l’Ardennais léger d'autrefois se présente inva”iablement aujourd'hui sous les dehors d’un robuste petit Brabançon.
Le Brabançon. — La sous-race la plus répandue, la plus précieuse et la plus nombreuse est la Brabançonne. En partie déjà représentée le long de la rive droite de la Meuse, elle est répandue à travers la majeure partie du royaume à partir de la rive gauche de ce fleuve jusqu'aux bords de la mer du Nord à l’ouest, la Frence au sud, la Hollande au nord. Le Luxembourg est la seule des provinces belges où on ne la rencontre point.
Il est impossible de tracer des limites précises entre Brabançons et Condruziens, d'une part, et entre Condruziens et Ardennais d'autre part. Mais si, sur la foi des recensements officiels, la région ardennaise belge compte 25.000 chevaux, l'on doit évaluer à 225.000 le nombre des chevaux braban: cons et condruziens réunis.
L'aire de dispersion du cheval brabançon embrasse une très vaste surface ondulée, couverte d'un épais manteau de limon diluvien, hautement fertile, laquelle, d’une altitude d'environ 150 mètres à partir de la rive gauche de la Meuse. va s’abaissant insensiblement vers l’ouest jusqu'à ne plus
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dépasser que de quelques mètres le niveau de la mer dans la Flandre Occidentale, où elle atteint le voisinage de la mer du Nord par une bande étroite ourlant de limon le bord méridional de la Fiandre sablonnense et s'épanouissant en France dans le département du Nord.
Cette surface privilégiée se répartit fort inégalement entre huit des provinces belges ; le Luxembourg seul n’y a aucune part. Le Brabant y est taillé tout entier. Les provinces de Namur et de Liége ne prennent part au partage que par leurs territoires situés sur la rive gauche de la Meuse. Le Hainaut en est formé en majeure partie, car à part une étroite bande crétacée qui parcourt cette province de l’est à l’ouest, seule sa partie sud-est appartient à une autre formation géologique, celle du Condroz. Les provinces d'Anvers et de Limbourg n’ont, chacune dans leurs régions méridionales, qu’un petit lambeau du précieux manteau limoneux, et les deux Flandres ne sont guère mieux loties, car ce n'est que d’un petit coin, non plus, que ce manteau couvre la Flandre Orientale au sud-est et la Flandre Occidentale au sud.
Toute cette contrée, embrassant la majeure partie de la Belgique, se caractérise par un climat tempéré, quelque peu humide (température moyenne annuelle 9,1° c ; pluie annuelle 700 m/» tombant en 195 jours), un sol riche, propre à toutes les cultures, et une agriculture intensive.
Ses particularités climatériques et telluriqnes expliquent à suffisance la taille et les formes massives &'1e le cheval quaternaire de la Meuse y a spontanément déve‘oppées au cours des temps. Muis, seule, la coopération méthodique da: l’agriculture et de l’éleveur a pu produire les progres récents réalisés dans l'élève chevaline brabançonne.
La part du second dans cette œuvre commune repose sur l'application rigide des règles suivantes : sélection rigoureuse et, par suite, répudiation absolue de tout géniteur étranger à quelque degré à la race indigène, choix sévère des rep'oducteurs, alimentation généreuse de ceux-ci et de leurs produits.
Celle du premier à consisté à assurer la production d’aliments à la fois abondants et particulièrement riches, surtout en composés phosphorés. Il est certain, en effet, que si c'est à l'alimentation copieuse et riche, dont il jouit dès son plus jeune âge, que le cheval b'abançon doit l'ampleur de ses formes qui le caractérisent depuis des siècles, la raison du notable renforcement de son ossature au cours des vingt dernières années ne peut se trouver que dans l’augmentation de la quantité des phosphates assimilables mis à la dispositii du tissu osseux durant sa formation et son développement.
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Or, il résulte d’un relevé fait par GRAnnxau, en 1901, que, par l'emploi considérable de l'acide phosphorique dans son agriculture, la Belgique laisse loin derrière elle tous les autres pays du monde. D'après ce relevé, l’agriculture belge consomme par hectare et par an 18 kg. d'acide phosphorique, l’allemande 9 kg. 1, la française 6 kg. 8, la britannique 5 kgr, (1).
Il semble évident que cette incorporation copieuse de phosphore au sol belge cultivé a dû enrichir en sels phosphatés les fourrages récoltés sur ce sol et produire le renforcement de l’ossature des chevaux qui ont consommé ces fourrages.
Au point de vue de son élevage, les destinées historiques du Brabançon ont été beaucoup moins agitées que celles de l’Ardennais. Depuis son origine, en effet, il est en majeure partie resté exempt de toute immixtion de sang étranger. Même à l’époque où les croisements étaient de mode à peu près générale dans l'élevage des diverses espèces domestiques, l’agriculteur brabançon resta fidèle à sa vieille race indigène pure, et malgré la pression qu’il subit naguère de la part de l’Administration des Haras, il tint, à de rares exceptions près, ses juments à l’abri de tout contact avec des étalons dits de sang. Quelques éleveurs du Hainaut, à la vérité, il y a un demi-siècle, crurent devoir accorder quelque faveur à l’étalon boulonnais, mais cette faute ne fut que passagère et ses conséquences sont effacées depuis longtemps.
La pureté du sang explique l’élan puissant par lequel, dans ces derniers temps, grâce à l’unité d’action et de ten: dances des éleveurs et à l'appui bienveillant des pouvoirs publics, le cheval brabançon s’est si brillamment mis en évidence.
Historique sommaire de la race chevaline belge. Pour éclairer les conditions dans lesquelles a été réalisée l’uniformité de la race chevaline belge, j'ai déjà eu l’occasion de signaler précédemment divers faits historiques qui la concernent. Il convient peut-être, afin de permettre une saine appréciation de son évolution, de montrer sommairement les conditions dans lesquelles successivement son
(4) De renseignements qu'a bien voulu me procurer la Direction des Services Agricoles du Nord, il résulte que la consommation annuelle en engrais phosphatés de ce département. est apnroximativement de 100 000 tonnes. pour une superficie de 320.000 hectares de terres labourables et de 130.000 hectares de prairies et herbages, soit d'environ 222 kilogrammes par hectare. En tablant sur une teneur de 13 °/, seulement d'acide phosphorique, on constate que l’agriculture du Nord consomme par hectare et par an plus de 33 kilogrammes d'acide phosphorique. — J. M.
élevage s’est fait dans le passé, depuis les Romains jusqu’à nos jours.
Ainsi que nous l'avons dit précédemment, CÉSAR vante ensemble la vaillance des Belges et l'excellence de leurs chevaux et, à partir de la campagne des Gaules, c’est de chez les Belges qu’au témoignage de STRABON, de FLORUS, de TACITE, les Romains tirent leurs meilleurs chevaux. C'est ainsi que TACITE nous rapporte notamment les plaintes des Belges au sujet de l’exagération du nombre des chevaux qui leur étaient demandés sous le règne de DIOCLÉTIEN.
Les monuments de l’art antique dans la Rome des Césars, dit SANSON, ceux de l’art romain, nous indiquent le rôle considérable qu'a dû jouer, après la guerre des Gaules, la race des chevaux belges, car c’est son type, en effet, que la sculpture a reproduit à peu près invariablement sur ses monuments. Les chevaliers romains l’avaient tiré de fa Gaule-Belgiiue vraisemblablement. à cause de sa forte corpulence.
Dès les temps les plus reculés, alors que le Belge, à peine surgi à la lumière de la civilisation, se signale déjà par son activité commerciale, son cheval apparaît comme son auxiliaire très précieux, car DIODORE de Sicile nous apprend que ce sont des Belges qui amènent sur le continent l’étain extrait des mines de la Grande-Bretagne et le transportent sur le dos puissant de leurs chevaux à travers toute la Gaule jusqu'aux bcuches du Rhône.
Depuis la fin de la domination romaine jusqu'à l’époque de CHARLEMAGNE, il y à, au point de vue hippologique, à signaler la probabilité des atteintes portées à la pureté de la race chevaline belge par la race germanique en suite de l'invasion réitérée de la Gaule-Belgique par des tribus germaniques. L'origine du cheval flamand toutefois ne date que de la transplantation en Flandre de toute une nombreuse tribu de Saxons ordonnée par Charlemagne.
Si maintenant, durant quelques siècles, les princes francs successifs s’intéressèrent à la conservation des qualités éminentes des chevaux propres à leurs Etats, il était réservé à l'esprit d'organisation génial de Charlemagne de donner une impulsion puissante à toutes les activités sociales, à l’agriculture surtout, et de frayer la voie aux productions économiques.
Les ordonnances des Capitulaires relatives à l'élève et à l'entretien des chevaux, bien qu'ayant avant tout pour objet de stimuler l'élève chevaline afin de permettre en tout temps la mise sur pied d’une puissante cavalerie de guerre, n’en eurent pas moins pour résultat précieux l'amélioration générale de la race. C'est ainsi que, lorsqu'en 807 l'ambassade fastueuse d'Haroun-al-Raschid apporta à Charlemagne de riches présents, celui-ci crut devoir mettre au premier rang un lot de chevaux belges parmi les cadeaux qu'il envoya en retour au calife de Bagdad.
C’est à cette même époque et à la même race belge qu’appartient le fabuleux étalon Bayard qui, portant les quatre fils Aymon armés en guerre, parcourut dix lieues d’une traite et sans fatigue apparente. Ce légendaire Bayard surgit ici comme type fondamental de ces destriers puissants que montaient les chevaliers bardés de fer et, en plus de son nom, aujourd'hui encore employé par milliers dans les écuries belges; il a légué ses extraordinaires qualités à ses descendants.
Montés sur ces imposants chevaux de guerre, les chevaliers belges partent bientôt pour la première croisade et, à cette occasion, arrivent au contact des chevaux fins, vifs, ardents de la souche orientale. Ceux-ci, dès lors, soit de la fin du XIe ou du commencement du XIIe siècle, trouvent le chemin vers la Belgique où, dans la suite, notamment en Ardenne, ils furent importés de nombreuses fois.
L'’excellence du cheval belge de ce temps est, du reste, suffisamment attestée par la façon brillante dont les chevaliers belges participent aux tournois en tous pays. Le chroniqueur allemand EKKEHARDUS, entre autres, écrit à ce sujet : « Aucune noblesse n’atteint aux manœuvres équestres l’habileté de celle des bords de la Meuse ». Le cheval belge était donc naturellement fort recherché par la chevalerie de toutes les nations ; son élevage était florissant et l’exportation en était considérable.
Une autre circonstance, plus puissante que le renom du cheval belge parmi la noblesse indigène et étrangère, avait peu à peu contribué à la très grande prospérité de son élevage. L'industrie et le commerce belges avaient pris un développement prodigieux ; la Flandre était devenue l’entrepôt central du commerce mondial, avait amassé d'immenses richesses et se réjouissait d’un remarquable bien-être général. Les bourgeois aisés de Bruges avaient obtenu le privilège de participer à cheval et en équipage de gentilshommes aux opérations de guerre, et l'obligation avait été imposée aux bourgmestres et aux échevins des villes de tenir de vigoureux chevaux de selle.
Dans l’entretemps, une vive attention à l’endroit du cheval belge s'était éveillée en Angleterre, et des transports d'étalons nombreux y avaient été effectués à de fréquentes reprises. WALTER GILBEY reconnaît d’ailleurs la part que les chevaux des Flandres ont prise à l’évolution des races de
trait britanniques.
Les XIe, XIIe et XIIIe siècles réunissaient donc de multiples conditions favorables à un emploi très étendu des chevaux puissants élevés sur le sol belge, et, parmi elles, les besoins de l’énorme trafic commercial étaient incontestablement prépondérants. L’exportation des chevaux vers la fin du XIIIe siècle était, d’ailleurs, devenue forte au point
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de suggérer aux autorités publiques l’idée de l'opportunité de mesures de protection en faveur de l'élevage national, afin, de prévenir la décadence dont semblait le menacer l'insuffisance prochaine des reproducteurs en quantité et en qualité. Ainsi se motive l'ordonnance de JEAN 1°, duc de rabant, par laquelle il interdit l'emploi aux services de la guerre des chevaux élevés dans ses Etats.
Le sentiment d’un danger semblable paraît être invariablement inhérent à l’état le plus florissant de tout élevage. J'ai mentionné plus haut les alarmes suscitées parmi les Belges, douze siècles avant JEAN 1°, par les forts prélèvements de remontes opérés sur leurs écuries sous le règne de DIOCLÉTIEN. Aujourd'hui aussi, où l'intensité de la demande trouve à peine satisfaction de la part de la production belge et a provoqué une hausse considérable des prix, le souci de la conservation de la race à son niveau actuel s'est déjà vivement manifesté dans le monde des éleveurs. Aux yeux de beaucoup d’entre eux, celle-ci serait mise en péril par une trop nombreuse exportation de reproducteurs de choix, et il serait urgent de prendre des mesures sévères pour prévenir la déchéance de l'élevage national. Je ne partage pas ces appréhensions. Leur inanité me paraît d’ailleurs ampli :ment démontrée par ce que j’ai dit précédemment de l’apparition, tous les ans réitérée, de reproducteurs de premier ordre, issus de souches jusque-là inconnues, et qui attestent si éloquemment la vitalité et la puissance d'évolution immanentes à la race chevaline belge,
Au cours du XIVe siècle, les manœuvres équestres, si fort en honneur dans la chevalerie, perdirent peu à peu leur raison d’être. L'invention de la poudre explosive avait introduit dans l’art de la guerre une révolution totale et assigné un rôle subalterne aux chevaliers bardés de fer. Le destrier belge paraît bien encore avec tous ses avantages, jusqu'au XVe siècle, aux tournois du pays et de l'étranger, mais il s'éteint comme tel, en même temps que la chevalerie du moyen-âge elle-même, vers l’époque de la naissance de Charles-Quint ; et si, dans la suite, on le voit encore figurer comme cheval de selle d’imposante prestance sur les tableaux des maîtres flamands, c'est essentiellement comme cheval de trait qu'il va se distinguer à partir du XVI: siècle, Toute son organisation le rendait d’ailleurs particulièrement apte à ce mode de travail, car, seuls, des chevaux massifs et puissants pouvaient effectuer la traction des lourds véhicules sur des chemins non empierrés.
Sous la domination des princes de la Maison de Bourgogne, il n’y à rien à signaler de saillant à l'endroit de l'élève chevaline belge, si ce n'est que les campagnes de CHARLES-LE-TÉMÉRAIRE, puis celles de son gendre, MAXIMILIEN D'AUTRICHE, ne pouvaient guère lui ê':: favorables.