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que quiconque pour voir et apprécier tout ce qu'avait fait le Stud-Book du Cheval de Trait du Nord, avait, dès le premier jour, compris que la vérité était de notre côté et qu'il fallait rompre sans arrière-pensée avec les erremients d'antan.
Est-ce à dire que l'Administration des Haras tout entière avait évolué à l'instar du Directeur du Dépôt d'Etalons de Compiègne, et qu’il n'était plus, dans son sein, d'hommes qu'indisposaient où que rendaient Jaloux et l’œuvre elle-même du Stud-Book et la fière indépendance des hommes qui le dirigeaient ? Non assurément.
Un fait, à lui seul, suffirait à le prouver.
C'est, en effet, en 1910 seulement que les autorités chargées au Ministère de l'Agriculture de préparer le programme du Concours Central annuel d'animaux reproducteurs des espèces chevaline et asine, abandonnèrent la résistance opiniâtre qu’elles avaient opposée jusqu'alors aux réclamations et aux sollicitations dont le Conseil d'Administration du Stud-Book les avait assaillies pour obtenir la reconnaissance par elle de notre « Race de Trait du Nord », et qu’elles consentirent à céder, encore cependant qu'en maugréant, puisqu’au lieu de nous accorder ce que nous demandions si légitimement, elles se bornèrent à créer dans la «1° Division, Race Ardennaise », à côté d’un premier groupe d’animaux cle 1 m. 60 et au-dessous, un second groupe, avec comime sous-titre « Type du Nord », d'animaux ayant une taille supérieure à 1 m. 60.
Comme si l'Administration des Haras pouvait encore alors ignorer que la taille du Cheval de Trait du Nord oscille autour de 1 m. 60 et que, par conséquent, il est des sujets de cette race, qui ne sont pas des Ardennais, mais qui ont cependant moins de 1 m, 60 !
Ce n'est que plus tard, en 1913, que nous obtinmes enfin gain de cause et que l’on reconnut officiellement et sans réticence, au Concours Central, l’existence de la Race de Trait du Nord.
I fallut d'ailleurs, pour arriver à ce résultat que le
Bureau du Stud-Book, auquel s'étaient joints les représentants du département au Parlement, réitérât ses démarches, et pût faire intervenir en faveur de la thèse qu'il soutenait et qu'il voulait faire triompher, le haut appui de la Société Nationale d'Encouragement à l'Agriculture.
La note ci-après reproduite qui fut lue en Assemblée générale de la Société des Agriculteurs du Nord, mon: tre d’ailleurs dans quelles circonstances fut obtenue cette bienveillante intervention de la Société Nationale.
« La Société Nationale d'Encouragement à l'Agriculture que préside M. LOUBET, ancien Président de la République, a récemment invité la Société des Agriculteurs du Nord à prendre part au Congrès hippique qu'elle organise en 1912 et à désigner un rapporteur pour traiter, au cours de ce congrès, la question de l’Elevage du Cheval de Trait du Nord.
Le Conseil d'Administration de la Société des Agriculteurs du Nord a désigné comme rapporteur M. MoNsARRAT, Secrétaire général du Stud-Book du Cheval de Trait du Nord, qui fut convoqué à Paris samedi dernier 11 mai, à l’effet d'exposer devant le Bureau de la Société Nationale d’Encouragement à l'Agriculture, le thème et les conclusions du rapport qu'il à accepté de préparer.
M. DAVAINE, député et président du Stud-Book, qui devait l'accompagner et qui en fut empêché, était remplacé par M. DEBUCHY, président de la Société des Agriculteurs du Nord.
Après avoir fait l'historique du Stud-Book, des conditions dans lesquelles il avait été créé, des efforts qui furent faits et des résultats que notre élevage a déjà atteints ; après avoir démontré que le Cheval de Trait du Nord est un cheval bien français, présentant des qualités et des aptitudes qui lui sont propres ; après avoir établi combien ce cheval est aujourd'hui recherché par les étrangers, soit par certains importants éleveurs de Belgique qui viennent nous acheter des reproducteurs qu'ils revendent ensuite aux Américains ou aux Allemands, ou qu'ils conservent chez eux pour en faire des géniteurs qui emportent les premières récompenses dans les concours belges, soit par ces Américains ou par ces Allemands eux-mêmes qui les expédient dans leurs pays avec des papiers d’origine fantaisistes qu'ils se procurent auprès de certains Stud-Book reconnus, qui consentent à se rendre complices de ces fraudes, M. MONSARRAT a sollicité l’aide et l’assistance de la Société Nationale d'Encouragement à l'Agriculture pour obtenir la reconnaissance et la
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consécration officielles du Stud-Book du Chevar de Trait du Nord :
1° Par le Ministère de l'Agriculture au Concours central de reproducteurs, avec répa:tition des prines entre les différentes races chevalines de trait proportionnellement à l'aire géographique occupée par ces races et au nombre de têtes de chevaux qu'élles comptent respectivement ;
£° Par le Gouvernement américain en vue de ja possibilité d'expédier ces chevaux en Amérique avec leur véritable état-civil.
M. DEBUCHY a alors insisté à son tour pour qu’il soit ainsi fait, assurant le Bureau de la Société Nationale d'Encouragement à l'Agriculture que les desiderata exposés par M. MonsaRRAT étaient exactement ceux de tous les éleveurs du Nord.
La plupart des membres du Bureau de la Société Nationale prirent la parole pour appuyer les conclusions qui venaient d’être développées ; puis successivement M. DE La- GORSSE, Secrétaire général, et M. LOUBET, remercièrent vivement MM. MonsarRratT et DEBUCHY de leurs communications, félicitèrent les éleveurs du Nord des efforts qu'ils avaient faits, déclarèrent très légitimes leurs revendications auxquelles ils promirent leur concours, et donnèrent «x r'eprésentants de nos éleveurs, MM. DEBucHy et MoNSARFAT, des indications dont l'adoption par la Société du Stud-Book du Cheval de Trait du Nord serait de nature à lever les derniers obstacles.
Les hauts patronages que MM. MONSARRAT et DEBUCHY ont ainsi pu obtenir en faveur de l’œuvre à laquelle la Société des Agriculteurs du Nord et la Société du Stud-Book du Cheval de Trait du Nord, se sont consacrées depuis bientôt dix ans avec une tenacité et une énergie qui sont à la veille de recevoir leur récompense, permettent à nos éleveurs d'envisager l'avenir avec confiance et de considérer comme devant être bientôt acquis les résultats qu'ils ont poursuivis jusqu'ici ».
Le rapport qu’il nous avait été demandé de préparer pour le Congrès hippique, était ainsi conçu :
« Le Bureau du Congrès hippique de 1912 a bien voulu inviter la Société des Agriculteurs du Nord à désigner l'un de ses rembres à l'effet de traiter devant lui la question de l’Elevage du Cheval de Trait du Nord.
La Société des Agriculteurs du Nord, à qui est due la création en 1903, d’une filiale qui a pris nom « Stud-Book du Cheval de Trait du Novd », m'a fait l'honneur de me charger de ce soin, En son nom, comme aussi au nom des nombreux et importants éleveurs du Cheval de gros trait, que l’on produit aujourd'hui si heureusement dans cinq des sept arron-
dissements du département du Nord, je remercie très vivement le Bureau du Congrès d’avoir ainsi donné à nos efforts une consécration dont nous sentons tout le prix.
C'est, il y a dix ans, Messieurs, à l’époque où l’âpreté des multiples crises qui frappaient l'agriculture, se faisait plus durement sentir peut-être chez nous qu'ailleurs, que la Société des Agriculteurs du Nord a mis à l'étude le projet de création d’un Stud-Book du Cheval de Trait.
À cette époque, où nos cultivateurs, qui avaient jusqu'alors été habitués à plus de bien-être et à plus de satisfaction, cherchaient, désemparés et indécis, une orientation nouvelle, nous avons voulu leur ouvrir une voie capable de régénérer leur situation, de créer une source mouvelle de profits, et de Les aider à mieux supporter le contre-coup des événements économiques dont ils étaient les victimes (1).
Raisonnant par comparaison, par anaïogie et par déduction ; constatant combien les cultivateurs des provinces belges où l'élevage du cheval de trait avait pris déjà un si brillant développement, vivaient à l'aise, malgré les difficultés également nombreuses de leur situation agricole proprement dite ;
nous rendant compile que nos voisins devaient ce bienêtre aux bénéfices considérables qu'ils retiraient de l’élevage intelligemment pratiqué de leurs chevaux qu'ils vendaient, même les sujets de qualité très moyenne, à des prix de beaucoup supérieurs à ceux que nous retirions du placement des chevaux que nous avions généralement produits jusqu'alors,
étant amenés à faire cetie constatation, pénible pour notre amour-propre national, mais évidente cependant, que les industriels de notre région — pour ne parler que de ceux de cette région — abandonnaient et délaissaient de plus en plus, comme insuffisamment aptes à leurs lourds travaux de camionnage ou comme incapables de résister longtemps sans se tarer ou sans boîter, les chevaux de poids trop léger, au rein et au flanc trop longs, aux membres trop grêles et aux pieds sans talons, que nous leur offrions trop souvent, pour leur préférer ceux — bien appropriés à leurs besoins — au corps trapu et puissant, aux membres robustes et aux pieds dont la conformation et les proportions leur permettaient d'affronter victorieusement les réac. tions toujours violentes qu'opposent à leurs foulées les routes pavées ;
avant acquis la certitude, basée d’ailleurs sur les résultats excellents déjà obtenus par ceux d’entre nous qui, précurseurs heureux et éclairés, s'étaient depuis plus ou moins longtemps engagés dans la bonne voie, que notre sol et nos procédés de culture nous faciliteraient les moyens de faire tout aussi bien, sinon mieux que nos voisins, et ainsi de
(4) Les premiers alinéas de ce rapport sont la reproduction presque textuelle de ceux du rapport initial que nous avions présenté en 1903 à la Société des Agriculteurs du Nord (voir pages 58 et59). Pour ne pas nuire à la clarté de notre exposé, nous avons cru devoir quand même les reproduire ici. — J. M.
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retenir ou d'attirer chez nous, en faveur de nos agriculteurs, une bonne part des bénéfices qui allaient aux éleveurs belges ;
nous avons pensé que le moment était venu d’unir et de concentrer nos efforts pour imprimer à l'élevage du cheval, jusque-là abandonné à lui-même et plongé dans un vérita ble chaos, une direction nouvelle plus conforme, à la fois, aux besoins de l’industrie régionale qui constitue notre na: turel et immédiat débouché, aux exigences des acheteurs étrangers — des acheteurs américains, en particulier, qui sont aujourd'hui déjà nos clients fidèles — et à nos intérêts généraux et privés bien compris.
Enthousiasmés par l’œuvre à laquelle on les conviait, et par l’exemple que leur donnèrent d'emblée les DAVAINE, les MacArREZz, les LELEU, les DESTOMBE, les LANGRAND, les BRu- NIAUX, et tant d’autres ; vigoureusement entraînés par l’impulsion, sans cesse soutenue et renouvelée, qu'ils recevaient des dirigeants du Stud-Book et plus spécialement de MM. DAvAINE et MAcAREz, et des Membres du Bureau de la Société des Agriculteurs du Nord, MM. PorTIé, BonpuELz, Alfred LE Roy, etc... ; fortement impressionnés par les résultats tangibles, et de plus en plus accentués, que leur permirent de constater les concours successifs que nous organisâämes et qui nous valurent d’ailleurs les plus chaudes félicitations et les plus chaleureux encouragements de la presse spéciale régionale, nationale ou étrangère, les éleveurs des arrondissements d’Avesnes, de Cambrai, de Valenciennes, de Lille et de Douai, auxquels se joignirent des éleveurs des départements de l’Aisne, de la Somme et du Pas-de-Calais, vinrent en grand nombre se grouper autour de nous.
La bonne volonté, la persévérance, l’activité et l’intelligence que chacun mit, dans sa sphère d'action, au service de l’œuvre commune ; les difficultés dont nos Commissions d'inscription hérissèrent toujours l'admission sur nos contrôles des reproducteurs mâles ou femelles qui leur étaient présentés, incitant sans cesse de cette facon l’éleveur à marcher résolument vers le bien et vers le mieux ; la sévérité rigoureuse avec laquelle nos registres étaient et sont tenus et nos vérifications étaient et sont opérées, pour éviter toute fraude, tout abus ou toute substitution, et ainsi donner aux acheteurs des garanties qu'il serait souhaitable de leur voir trouver partout, nous ont permis d'atteindre, en moins de dix ans, les résultats enviables que nous avons obtenus et dont nous pouvons affirmer, sans vanité, que nous avons quelque droit d’être fiers, puisqu’à l'heure actuelle 260 étalons, 1036 juments et 400 produits figurent à notre Stud-Book.
Notre cheval, Messieurs, quoi qu’en aient parfois dit, timidement d’ailleurs, certains détracteurs—car nos efforts,
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comme toutes les entreprises de quelque nature qu'elles soient, ont rencontré de ci et de là des détracteurs — est un cheval bien français, ayant ses qualités propres, et que nous pourrions, provisoirement et uniquement pour mieux fixer les idées, qualifier un Ardennais amplifié, grossi et grandi, amélioré par certaines infusions de sangs divers. Ressemblant incontestablement à de multiples points de vue au cheval belge, avec lequel on a trop souvent cependant voulu le confondre dans un but intéressé, il s’en distingue toutefois et surtout par sa distinction et par son énergie.
Est-ce à dire, Messieurs, que nos chevaux actuels aient été uniquement et exclusivement produits par le mariage inter se de chevaux indigènes convenablement sélectionnés ? Non, la frontière toute théorique qui nous sépare de la Belgique, comme les limites purement administratives qui nous séparent des départements voisins où se pratique l’éievage du cheval ardennais de moindre taille, n’ont évidemment pu s'opposer aux échanges nombreux qui se sont faits entre éleveurs et entre géniteurs des deux pays voisins.
Nous reconnaissons et nous déclarons très volontiers, du reste, que nous sommes allés chercher en Belgique, toutes les fois qu'il nous a paru utile de le faire, tel reproducteur que son tvpe et ses qualités désignaient plus spécialement à notre attention ; et certains des nôtres n’ont pas reculé devant des sacrifices s’élevant à dix, vingt ou même quarante mille francs pour introduire chez nous l’étalon duquel nous attendions les améliorations que notre élevage pouvait en espérer.
Mais, ce faisant, procédions-nous autrement qu’on l’a fait et qu'on le fait encore iournellement dans maintes autres régions et à propos de maintes autres races ?
Et d’ailleurs le cheval belge n'est-il pas lui-même quelque peu nôtre ? Et ne doit-il pas à notre département du Nord : dans le passé, grâce aux qualités spéciales et très caracteristiques qu'a acquises sur notre sol, pendant tout le temps qu'il y a été élevé et qu'il y a vécu, l’étalon Jupiter que l’on considère à bon droit comme avant été le plus fameux raceur de la Belgique et celui auquel sont dus, en très grande partie tout au moins, les rapides progrès et les enviables succès de l'élevage belge, et dans le présent, sans parler des nombreux et annuels achats d’étalons de tête que la Belgique fait chez nous depuis plusieurs années, le fameux champion Bienfait de Masnuy qui, né à Vieux-Mesnil, dans l'arrondissement d’Avesnes, de parents eux-mêmes francais, et élevé dans les pâturages de M. MINATRE, est devenu le favori actuel des éleveurs belges, et a atteint une valeur telle que son propriétaire en a refusé 150.000 francs ?
En résumé, par conséquent, les emprunts que nous avons faits au Cheval de Trait helge — et nous ne les avons jamais
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faits qu'en y apportant le maximum possible de discernement pour éviter de tomber dans les erreurset dans ceux des excès que l’on peut parfois reprocher à nos voisins — ne constituent en fait et à proprement parler, que des restitu-
tions par voie d'échange de bons procédés.
Mais notre cheval, nous tenons à le proclamer, est bien lui-même. Si, par son origine première, il participe largement et nettement du cheval belge et du cheval ardennais, puisque nous l’avons d’ailleurs, pour mieux le définir à première vue, appelé au début de cette communication, un ardennais amplifié, grossi et grandi ; si, par les mariages de ses parents et aïeux avec des chevaux belges choisis avec soin par nous et appartenant presque tous à la lignée de Jupiter, il reconnaît une proche parenté aveclecheval belge, jadis lui-même amélioré — il ne faut pas l'oublier — par ses propres ancêtres ; si, grâce au mélange des races qui a été fait autrefois dans tout notre pays, il a quelque peu emprunté à la race boulonnaise et conservé par devers lur en les adaptant à son type propre la distinction et l'énergie qui caractérisent cette race voisine, et est ainsi un cousin éloigné du cheval boulonnais qui vient lui-même de temps à autre, du reste, lui réclamer un peu de son gros et de sa couleur, il n'en est pas moins vrai que notre sol, nos procédés d'élevage, l'alimentation que nous donnons à nos ju: ments et à nos poulains ont su, en condensant et en fixant sur lui ce qu’il a demandé, à titre de réciprocité. d’ailleurs, à ses voisins, à des époques plus ou moins reculées ou plus ou moins récentes, faire de lui un fardier d'élite qui n’est pas un Ardennais, qui n’est pas un Belge, et qui n’est pas non plus un Boulonnais, mais un cheval qui, comme nous le disions tout à l'heure, est bien lui-même, avec ses qualités propres, et qui, surtout, est un cheval bien Français.
Et c’est pour ces raisons que, lorsque nous avons créé notre Stud-Book, nous l’avons appelé le « Cheval de Trait du Nord », dénomination à laquelle on peut reprocher de n'avoir pas eu sa place dans l’ancienne nomenclature des races de trait françaises, mais pour laquelle nous espérons bien, par la persévérance de nos efforts, par l'étendue et l'importance des résultats obtenus, et aussi par la bienveillante sympathie et le généreux et patriotique appui que nous solkiciterons dans un instant du Congrès, obtenir qu'une place soit faite bientôt au milieu de ses aînées.
Sur les conseils qu'avaient bien voulu nous donner, à M. DEBUCHY, le si dévoué et si actif président de la Société des Agriculteurs du Nord, et à moi, Messieurs les Membres du Bureau du Congrès, lorsque, devant eux, nous exposÂmes il y a quelques semaines les considérants et la teneur de ce que devaient être nos conclusions, le Bureau de notre Stud-Book s'est rendu à Charleville, lors du récent Concours de chevaux ardannais qui s’est tenu dans cette ville, à l'effet
d'y conférer avec nos collègues du Stud-Book ardennais, et d'essayer de trouver un terrain d'entente qui nous eut per mis d'adopter, pour nos chevaux, une appellation plus adéquate aux traditions, aux habitudes et aux acquisitions anciennes de cette nomenclature des races françaises de trait, et capable, en tout cas, de favoriser la réalisation de nos desiderata.
Cette entrevue, qui fut extrêmement cordiale, et au cours de laquelle nous avons largement apprécié l'amabilité de nos amis Ardennais, auxquels nous ne saurions reprocher de se montrer jaloux de ce qu'ils ont, de ce qu'ils détiennent et de ce qu'ils veulent conserver, n’a malheureusement pas donné les résultats que nous en avions entrevus.
Et dans l’Assemblée générale qu'elle a tenue, il y a quinze jours à Lille, la Société du Stud-Book du Cheval de Trait du Nord, à laquelle nous avons rendu compte de l’entrevue de Charleville, à, à l'unanimité, refusé d’acquiescer aux conditions qu'elle aurait dû consentir et qui, en réalité et en fait, se seraient traduites par une disparition et un suicide dont elle n’a même pas voulu envisager l'éventualité, et contre la possibilité desquels s'élève tout ce qu'elle a déjà fait, entrepris, réalisé et conduit à bien. .
Notre Société a estimé d’ailleurs que ce qui avait été fait pour d’autres centres dont les produits de l'élevage ont été plus ou moins récemment jugés dignes d’être érigés en races et baptisés comme telles, alors que tout démontre qu’à l’origine cet élevage était lui aussi très chaotique et fait de types variés et parfois assez disparates, pouvait être également obtenu en faveur de nos chevaux.
Pourquoi l'Administration des Haras, dont les représentants dans not'e région — et en particulier M. D'AGNEL DE BouRBON, l’éminent Directeur du dépôt d’étalons de Compiègne, à qui vont toute notre reconnaissance et toute notre affection — nous ont si puissamment aidés de leurs conseils et de leur expérience, ne consentirait-elle pas à consacrer officiellement notre existence et notre labeur, en substituant tout simplement au vocable « Ardennais, Type du Nord », sous lequel elle nous fait participer au Concours central de Paris, notre véritable qualification « Cheval de Trait du Nord », qu'elle reconnaît déjà par ailleurs, en subventionnant, bien que modestement, sous ce titre, nos concours annuels ou ceux que certains groupements organisent sous ce même titre ?
Pourquoi l'Administration des Haras, qui possède dans ses dossiers des rapports extrêmement élogieux sur notre œuvre, sur tout ce qu’elle a conçu et sur tout ce qu'elle a réalisé, ne nous donnerait-elle pas cette satisfaction, qui serait en même temps qu'une satisfaction d’amour-propre, une satisfaction matérielle, puisque, ipso facto, nous béné-
ficierions, dans les concours, d'allocations proportionnelles à celles qui vont aux autres races et qui seraient basées sur l'aire géographique de notre race et sur le nombre de têtes de chevaux que contient notre zone d'action, et puisque, parallèlement, et sans difficulté alors, nous obtiendrions la reconnaissance officielle de notre Stud-Book par l'Amérique, de manière à ce que les chevaux que les Américains viennent déjà nous acheter en nombre important, puissent être expédiés avec leurs véritables certificats d'origine, au lieu de partir de nos ports même, accompagnés de papiers fantaisistes, qu'entretemps, acheteurs ou vendeurs sont allés se faire délivrer ailleurs.
N'est-il pas irrationnel, illogique à tous points de vue, et douloureux pour notre patriotisme, de voir ainsi ceux des chevaux, issus de nos efforts et de nos sacrifices, que des Américains nous achètent de préférence à des chevaux belges n'être admis à quitter la France à destination de l’Amérique qu’au prix de fraudes condamnables et d’un reniement de leur origine française ?
Aussi, Messieurs — et c’est par là que je terminerai — la Société des Agriculteurs du Nord et sa filiale la Société du Stud-Book du Cheval de Trait du Nord, confiantes dans votre patriotisme éclairé et dans votre sympathie et votre bienveillance pour tout 6e qui se rattache à l'élevage du cheval en France, vous demandent-elles de vouloir bien émettre le vœu :
1° Que M. le Ministre de l'Agriculture et M. le Directeur général des Haras consentent à consacrer nos efforts et nos succès en reconnaissant officiellement la Race du Cheval de Trait du Nord, par la création sous ce nom, au Concours central de Paris, d’une catégorie spéciale, et par l’allocation désormais de récompenses calculées proportionnelle. ment à celles qui sont affectées aux autres races, en tenant compte de l’aire géographique et du nombre de têtes de chevaux correspondant ;
eè° Que les Pouvoirs publics français et les groupements nationaux autorisés veuillent bien faire toutes démarches et toutes interventions utiles pour obtenir la reconnaissance officielle en Amérique du Stud-Book du Cheval de Trait du Nord ».
En 1913, avons-nous dit plus haut, l'Administration supérieure consentit enfin à créer au Concours de Paris une division pour la race de « Chevaux de Trait du Nord », mais malgré l'importance de l'élevage qu'elle représentait, cette division fut moins bien dotée que la race ardennaise dont on avait enfin consenti à la séparer. :
Le 5 décembre 1913, la Société des Agriculteurs du
Nord et le Stud-Book du cheval de Trait du Nord remettaient à M. le Ministre de l'Agriculture qui recevait leurs Bureaux en audience, le vœu suivant :
« La Société des Agriculteurs du Nord et sa filiale, le Stud- Book du Cheval de Trait du Nord :
Considérant, que M. le Ministre de l'Agriculture et M. le Directeur général des Haras ont bien voulu, par la création au Concours central hippique de 1913, d’une division spéciale pour la race des « Chevaux de Trait du Nord », reconnaître et consacrer à la fois l'existence de cette race, les efforts incessants et les sacrifices considérables faits par les éleveurs du Nord pour réaliser l'autonomie de ladite race et fixer ses caractères ethniques ;
Considérant que ce faisant, M. le Ministre de l'Agriculture et M. le Directeur général des Haras ont tenu : d’une part, à établir la démarcation qui existe entre les « Chevaux de Trait du Nord » et les « Chevaux ardennais », avec lesquels ils étaient jusqu'alors confondus dans une même division ; d'autre part, à mettre fin à une situation qui, par les résultats que donnaient les classements des concours, selon que tel ou tel élément prédominait dans les jurys, devenait décourageante pour les éleveurs de l’une et de l’autre races ;
Considérant que, du fait de l’heureuse subdivision qui a ainsi été innovée en 1913, les forces et la bonne volonté respectives de chaque groupement ont pu être mises en relief ;
Considérant que,bien que le p'ogramme du concours n’attribuât à la Race de Trait du Nord que 16 primes d'une valeur totale de 6.500 francs, alors qu'il prévoyait 18 primes d'une valeur globale de 6.900 francs pour la race ardennaîse, les éleveurs du Nord présentèrent au concours de Paris, un nombre beaucoup plus considérable de sujets que les éleveurs des Ardennes ;
Considérant en effet : a) que dans la re division de la 4 catégorie — où furent classés au dernier moment, sans autre considération que celle relative à la taille, sous le vocable générique « race ardennaise », tous les chevaux de cette race et ceux de la race de Trait du Nord ayant moins de 1 m. 60 de taille — sur 40 chevaux engagés, 18 provenaient du département des Ardennes, 15 du département du Nord, 6 de la Haute-Marne et 1 de la Meuse ; b) que dans la 2 division de la même catégorie, où furent seuls engagés ceux des chevaux de la race de Trait du Nord ayant une taille supérieure à 1 m. 60, sur 33 animaux présentés, 31 appartenaient à des éleveurs du département du Nord et 2 — poulains entiers de 2 ans, d'ailleurs nés l’un et l’autre dans ledit département du Nord — appartenaient à un propriétaire de l’Aisne ; c) qu'ainsi, et en résumé, la race de Trait
du Nord était représentée au concours central de 1913 par 48 sujets, alors que la race ardennaise ne l’était que par 25 chevaux, soit une proportion de près de 2 contre 1 ;
Considérant qu'il est de toute équité et de toute justice que les récompenses à accorder aux éleveurs soient rigoureusement proportionnelles aux efforts faits et aux sacrifices consentis par eux ;
Considérant que la répartition proportionnelle ainsi demandée, pourrait, sans aucune difficulté, être faite chaque année, lors de la rédaction du programme du concours ceritral hippique, en prenant pour base du calcul les nombres respectifs des animaux de l’une et de l’autre races ayant été présentés au concours de l’année précédente ;
Considérant, d'autre part, que les progrès d’un élevage et l'amélioration d’une race sont en fonction directe de l'unité de vues et de la coordination d'efforts auxquels consentent à se soumettre, au prix parfois de lourds sacrifices, les éleveurs qui produisent les sujets de cette race ;
Considérant que, seuls, dès lors, les éleveurs qui se groupent et s'affilient au Stud-Book de ladite race, font une œuvre véritablement scientifique et rationnelle, capable de rendre à l’industrie chevaline les services que les Pouvoirs publics ont le droit d’en espérer et d'en attendre ;
Considérant que, par contre, les cultivateurs isolés, que le hasard d’un achat heureux a mis en possession d’un cheval avec lequel ils se présentent dans les concours pour en retirer à leur seul profit des avantages dont l'intérêt général n’est en rien appelé à bénéficier, puisque du fait qu'ils restent éloignés du groupement auquel ils devraient logiquement se rattacher, ils témoignent de leur insouciance et de leur égoïsime, ne méritent ni ‘écompenses ni encouragements ; ;
Considérant qu'il existe depuis de longues années un Stud-Book de la race de Trait du Nord, et un Stud-Book de la race ardennaise qui ont fait leurs preuves et qui continuent dans leurs domaines respectifs — qui ne sont d’ailleurs pas limités au département dans lequel ils ont leur siège social — à démontrer, par les résultats qu'ils atteignent, leur force, leur puissance et leur vitalité, comme aussi tout ce qu'ils sont capables de réaliser dans l'avenir, pour le plus grand bien de la richesse nationale ;
Considérant qu'à ce titre ils sont dignes de toute la bienveillance et de toute la sollicitude de M. le Ministre de l'Agriculture et de M. le Directeur général des Haras,
Emettent le vœu :
1° Que seuls soient admis à prendre part au Concours central hippique de Paris dans la division de la race de
Un
Trait du Nord et dans la division de la race ardennaise, les reproducteurs mâles et femelles, de taille inférieure ou supérieure à 1 m. 60 qui sont régulièrement inscrits aux Stud- Book respectifs de ces races ;
2° Que la répartition, entre les deux divisions dont il s’agit, du total des fonds qui leur sont attribués ou qui leur seront attribués à raison de leur importance et de leurs succès croissants, soit faite proportionnellement aux sacrifices consentis, aux efforts faits et à la bonne volonté manifestée par les éleveurs de chevaux de chacune des deux races, et soit calculée au prorata des nombres respectifs des sujets de l’une et de l’autre races ayant été présentés au Concours central de l’année précédente ».
Profitant d’ailleurs de notre présence dans le Cabinet du Ministre de l'Agriculture, nous lui remîmes, au nom de nos deux Sociétés, cet autre vœu relatif aux Concours spéciaux des races de Trait du Nord et Ardennaise.
« La Société des Agriculteurs du Nord, et sa filiale, le Stud-Book du Cheval de Trait du Nord,
Adoptant à nouveau les considérations émises à l'appui du vœu précédent,
Considérant, en outre, que lés concours annuels, qu'a donnés jusqu'à présent la Société « Le Stud-Book du Cheval de Trait du Nord », et qui ont eu, tant à l'étranger qu'en France, un succès et un retentissement qu'a notés et enregistrés l'Administration des Haïas, qui y fut régulièrement représentée par M. le Directeur du Dépôt d’étalons de Compiègne, ont toujours été organisés avec les seules ressources que le Stud-Book tenait des prélèvements qu'il opérait dans sa caisse sociale et des subventions que lui accordaient la Société des Agriculteurs du Nord, le Conseil Général du département et les villes dans lesquelles se tenaient lesdits concours ;
Considérant que, malgré le taux relativement peu élevé des primes allouées dans les différentes sections, chacun de ces concours à cependant entraîné un total de dépenses s'élevant à près de vingt mille francs ;
Considérant que ces concours ont, pour la première fois, bénéficié, en 1912, d’une allocation ministérielle de six cents francs seulement, que M. le Ministre de l'Agriculture avait bien voulu porter à mille deux cents francs pour le concours qui devait être tenu en 1913, et qui, faute de fonds suffisants, n'a pu avoir lieu ;
Considérant que, tandis que les concours spéciaux de la race du Cheval de Trait du Nord sont ainsi si peu favorisés et si peu aidés, que leur existence même pourrait en être
re
compromise, le Stud-Book de la Race du Cheval Ardennais a, lui, obtenu, depuis deux ans, de M. le Ministre de l'Agriculture, une subvention de dix-neuf mille francs ;
Considérant que, ainsi que cela a déjà été exposé à un autre. point de vue, à propos du vœu précédent, il serait également de toute équité et de toute justice, que les concours spéciaux des deux races fussent mis sur un pied d'égalité, et qu’en tout cas une subvention au moins égaie à celle dont bénéficie le concours spécial de la race ardennaise, fût attribuée au concours spécial de la race de Trait du Nord ;
Considérant, par ailleurs, que dans une partie surtout de l'un des arrondissements du département du Nord, et du fait de la constitution géologique du sol et des conditions climatériques et culturales, maints agriculteurs se livrent avec succès à l'élevage du cheval ardennais ;
Considérant que ces agriculteurs voudraient pouvoir présenter leurs reproducteurs et les produits de ceux-ci au concours spécial de la race ardennaise, mais qu'une impossibilité absolue d’y prendre part leur est faite par cette particularité que l’avis relatif à la tenue dudit concours ne parvient jamais à la Préfecture du Nord que la veille ou l’avant-veille de la date fixée pour la clôture des engagements, et trop tard, par conséquent, pour que ces éleveurs puissent en être avisés et se faire inscrire à temps,
Emettent le vœu :
1° Que M. le Ministre de l’Agriculture et M. le Directeur général des Haras veuillent bien doter les concours spéciaux ännuels de la race du Cheval de Trait du Nord d’une subvention au moins égale à celle dont sont dotés les concours spéciaux annuels de la race du Cheval de Trait Ardennais ;
2° Que M. le Ministre de l'Agriculture et M. le Directeur général des Haras veuillent bien donner toutes instructions utiles pour que désormais les avis relatifs à la tenue des concours spéciaux annuels de la race ardennaïise soient envoyés dans les préfectures de tous les départements intéressés, et notamment à la Préfecture du Nord, en même temps qu’à celle du département dans lequel doit se tenir le concours dé l’année ».
Les efforts du Stud-Book étaient, au reste, reconnus et proclamés partout.
La presse régionale, la presse spéciale et la presse étrangère, les personnalités officielles, les agriculteurs et les éleveurs nous multipliaient leurs éloges et leurs encouragements.
Lors du Concours de 1910, et à l'occasion de la visite qu'en fit M. VASSiLièRE, Directeur au Ministère de l'Agriculture, remplaçant le Ministre empêché, « Le Grand Echo du Nord et du Pas-de-Calais » écrivait :
« M. VASSILIÈRE, accompagné du Préfet et des personnages plus haut cités, est arrivé au Concours à onze heures et demie. Reçu par M. DAVAINE, président du Stud-Book, et M. MONSARRAT, commissaire général du Concours hippique, il se dirigea immédiatement vers les parcs où étaient réunis les chevaux primés. M. MonsarRarT lui donna de nombreuses explications sur les caractères de la race, lui fit admirer les véritables qualités du Cheval de Trait du Nord.
L’impression fut excellente. Il ne pouvait d’ailleurs en être autrement. « Les progrès qui ont été faits ont été merveilleux, à dit M. VASSILIÈRE. Les éleveurs du Nord ont fait un effort qui attire l'attention. Par la sélection, par le choix judicieux des reproducteurs, ils ont obtenu un animal remarquable en tous points, très fort, très endurant pour les durs travaux que l'on attend d'eux ».
C’est déjà bien de reconnaître les efforts personnels qui ont été faits, mais ce n’est pas tout. Le Gouvernement doit donner aux agriculteurs les movens de faire connaître au dehors la race qu'ils ont créée. Il doit faciliter son exportation et pour y arriver prendre à sa charge certains frais. Lors de l'Exposition de Saint-Louis, aux Etats-Unis, le Gouvernement belge avait pris sur lui les frais d'assurance, de transport, de nourriture des animaux qui seraient présentés ; n’est-ce pas un exemple qui devrait être suivi ? »
En 1911, c'est dans l'enceinte de l'Exposition Universelle de Roubaix que se tint le Concours du Stud-Book qui eut l'honneur de recevoir la visite et les félicitations de M. le PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE.
Le Progrès du Nord apprécia en ces termes le Concours dont il s’agit :
« Le Concours-Exposition de chevaux de gros trait, organisé par le Comité de l'Exposition de Roubaix et la Sociéte du Stud-Book du Cheval de Trait du Nord, sous les auspices de la Société des Agriculteurs du Nord, obtient en ce moment un succès aussi vif que mérité.
On sait quels immenses services a rendus au pays ce Stud- Book fondé il y a une dizaine d'années par M. Emile DaA- VAINE, aujourd'hui maire de Saint-Amand et député du Nord, M. MONSARRAT, Vétérinaire départemental en Chef, avec la collaboration de MM. Pierre DEBUCHY, président de la Société des Agriculteurs du Nord ; LADEN, Prosper LELEU, Narcisse DESTOMBES, etc.
Le but poursuivi par ces Messieurs, nous a dit une personne dont l'opinion fait autorite, etait de créer une race homogene. Ce but à été atteint et les chevaux ue trait du Nord reponaent maintenant aux besoins du pays. Les industrieis de la région ñ ont. plus besoin de S’adresser ailleurs. Ils trouvent sur place les chevaux qui leur sont nécessaires, des chevaux qui unissent à la nervosiié de l'Ardennais, la sûreté de sabot du “lamand. Un se trouve en présence d’une race pure et bien déterminée ; la Belgique et les Etats-Unis le savent, et c'est aux éleveurs de notre région qu'ils s’adressent désormais. Ce fait est typique.
L'assistance d'élite composée d'agriculteurs, d’éleveurs et d'amateurs qui se pressaient hier à Roubaix dans les tribunes du Stadium de l'Exposition, a admiré environ 150 chevaux de tout premier ordre, « énergiques et puissants ».
Dans cette assistance figuraient MM. D'AGNEL DE BOURBON, directeur des Haras de Compiègne ; MALLET, LABALETTE, CO- QUELLE, DEBUCHY, MACAREZ, trésorier de la Société des Agriculteurs du Nord ; DEMESMAY, conseiller d'arrondissement.
Personne ne regretta de s'être déplacé et tous louèrent la beauté du spectacle.
Le président du Stud-Book lui-même, M. DAVAINE, présenta des chevaux classés hors concours, Margot, championne, Beau-Type, plusieurs autres admirables bêtes qui réunirent les suffrages de l'assemblée.
Il convient de citer parmi ceux qui ont grandement aidé au succès du concours, parmi les organisateurs de la vic: toire, M, MOoNSaRRAT, secrétaire général du Stud-Book, M. MonSarRAT dont la compétence, le dévouement et l’activité sont unanimement appréciés et en qui M. ALLAIN, secrétaire général de la Préfecture du Nord, saluait au cours d'un banquet récent « un des hommes qui ont conquis le plus de titres à la sympathie reconnaissante des Agriculteurs ».
De son côté, à propos de ce même Concours de 1911, Le Grand Echo du Nord et du Pas-de-Calais publiait ces lignes :
« La dernière journée du concours du Stud-Book a assuré le succès définitif de notre Cheval de Trait du Nord. Après la visite des animaux primés par M. FALLIÈRES, qui à vive ment félicité MM. DAVAINE, MACAREZ, MONSARRAT et les éleveurs, des résultats qu’ils ont obtenus, a eu lieu, l’aprèsmidi, sur le terrain du Stadium, la présentation au public des étalons et des juments ayant eu les premiers prix. Le
championnat et les prix de lots ont été particulièrement acclamés. €
De l'avis de nombreux cultivateurs et de membres du jury
due nous avons pu interroger, le concours a été admirable en tous points tant par la qualité des produits exposés que par la parfaite organisation de la fête.
M. MONSARRAT qui a été, on peut le dire, la cheville ouvrière de la création de la race nouvelle tant admirée ces joursci, à reçu par les bravos qui ont accueilli les chevaux presentés, la juste récompense de ses efforts énergiques et persévérants auprès des éleveurs pour obtenir enfin le cheval répondant bien par sa conformation, sa force et son allure, aux desiderata du commerce et de l’industrie régionale.
Comme l’a dit M. D'AGNEL DE BOURBON, l'œuvre du Stud- Book a donné des résultats probants ; des progrès sérieux ont été réalisés surtout pendant ces dernières années, et bientôt le Nord ne sera plus tributaire de l'étranger.
C’est une constatation qui fait le plus grand honneur à ceux qui ont pris l'initiative de cette rénovation de notre élevage, à ceux qui l’ont encouragée, à ceux, enfin, qui ont su mettre en pratique les conseils qui leur ont été donnés »..
Sous la Signature autorisée et bien connue de M. Alfred GALLIER, le Journal d'Agriculture pratique faisait paraître le 6 juin 1912 un artacle sur « Le Cheval de Trait du Nord ».
Nous en extrayons ces quelques passages :
« Y a-t-il une race de chevaux de Trait du Nord ?
Non, répond l'Administration des Haras. il y a dans le département du Nord, dans l’Aisne, un cheval de race ardennaise, de forte taille, dépassant le plus souvent 1 m. 60, massif, parfois même énorme, qui constitue un type, auquei nous donnons le nom de type du Nord, mais qui ne peut avoir la prétention de former une race à part.
Oui, répond la Société des Agriculteurs du Nord, appuyée en l'espèce par le Conseil Général de ce département, nous possédons dans la région qui confine à la Belgique un cheval de gros trait, dont les caractères tiennent tout à la fois du cheval belge et du grand ardennais et qui se différencie nettement de ce dernier cheval avec lequel on continue à vouloir le confondre.
Il n'importe, les éleveurs du Nord, constatant l’essor sans précédent obtenu par le cheval belge, dont on admire la stature puissante et les formes massives, ont voulu, par un croisement particulier, suivi d’une sélection raisonnée, obtenir un ardennais se rapprochant du cheval brabançon
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par son volume, son poids, mais s’en séparant nettement par une énergie beaucoup plus grande, un tempérament meilleur, c’est-à-dire par un ensemble de qualités spécifiques que lui donnent tout à la fois le climat, le sol et l’alimentation.
C'est en 1903 que, sur l'initiative de M. DAVAINE, président de la Société des Agriculteurs du Nord, et de M. MONSARRAT, son secrétaire, la Société du Cheval de Trait du Nord prit naissance.
A cette époque, comme aujourd'hui d’ailleurs, on élevait dans le département du Nord, une partie de la Somme, du Pas-de-Calais et de l'Aisne, des chevaux tenant, d’un côte du cheval ardennais, de l’autre du cheval flamand, présentant, par conséquent un certain nombre de caractères plus ou moins saillants, certaines aptitudes fonctionnelles qu’il importait de bien fixer.
Il fallait, pour cela, quelques exhibitions particulières, où ces chevaux seraient admis, à l'exclusion de tous autres, et où ils pourraient faire valoir leurs qualités individuelles et générales. \
Ce fut l'œuvre de la Société nouvellement créée et surtout de son secrétaire général, M. MonsarRar, Commissaire général des Concours.
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Le Cheval de Trait du Nord, très court dans son ensembie, véritable bréviligne, a une tête expressive, petite par rapport à la masse, une encolure puissante, une belle ligne de dessus, une poitrine ouverte et profonde, un rein court, épais et large, une croupe massive, le plus souvent double, une cuisse bien descendue, des membres osseux, des aplombs généralement réguliers, des articulations sèches et nettes, des sabots ronds, bien ouverts, avec beaucoup de talon.
Sa largeur et sa profondeur de poitrine rendent le Cheval de Trait du Nord « près de terre ».
D'un entretien facile, très doux, tres fort et très vigoureux c'est, au dire de ses admirateurs, le rêve des chevaux de culture.
Sa taille varie autour de 1 m. 60 ; son poids oscille entre 800 et 1.000 kgr. Il peut donc sans efforts apparents, sans contrainte, traîner de lourds fardeaux, démarrer dans les terres collantes du département du Mord, des chariots pesamment chargés de betteraves ».
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Lorsque la guerre éclata, le Stud-Book du Cheval de Trait du Nord était en pleine prospérité, et ce cheval lui-même avait acquis des qualités de tout premier ordre qui avaient solidement assis sa réputation et lui avaient créé, au grand profit de l'éleveur, des débouchés nombreux tant en France qu'à l'étranger.
Les réquisitions militaires effectuées durant les premiers jours de la mobilisation avaient laissé leurs étalons et leurs jumients poulinières à nos agriculteurs qu, escomptant comme tous les Français une victoire rapide de nos armes, espéraient bien pouvoir continuer à cultiver leurs champs et à faire naître chevaux et bestiau\,
L'invasion, avec son lamentable cortège d'horreurs et de ruines, mit bientôt fin à ces espérances.
Partout où il passait et où il s’installait, l'ennemi terrorisait, volait, pillait, saccageait, incendiait..., assassinait !
Persuadé qu'il était de triompher et de pouvoir dicter ses conditions, 1l ne prenait aucun ménagement.
Les lois de la guerre qu’il avait contribué à élaborer, les conventions qu'il avait signées, étaient pour lui, comme les traités de l'exécution desquels il s'était porté garant où comme celui que sa défaite lui à imposé depuis, autant de « chiffons de papier ».
Quotidiennement, au fur et à mesure qu'il L’aversait nos campagnes, il prélevait, au hasard des caprices de ses soudards, aux champs, au pâturage ou à l'écurie, des centaines de chevaux.
Nos meilleurs étalons et nos meilleures juments furent ainsi, en quelques semaines, incorporés dans les formations allemandes.
Plus tard, lorsque le front se fût stabilisé, que les Commandantures furent organisées et que les services de réquisitions — ironique euphémisme substitué par l'occupant au vocable « services du vol » qui eut seul exactement dépeint la situation — les propriétaires de chevaux étalons et de juments poulinières, furent convoqués à tour de rôle pour livrer dans les gares où dans les centres désignés leurs étalons et juments qui étaient
directement expédiés en Allemagne pour être vendus aux enchères, ainsi que nous en avions chaque jour la preuve par les annonces de ces ventes que nous lisions dans les journaux allemands, les seuls hélas ! que nous eussions à notre disposition !
Progressivement ainsi disparaissaient nos écuries d'élevage, ainsi d'ailleurs que tous les chevaux en état de rendre encore quelque service, et les protestations qu'élevaient les autorités qualifiées pour les formuler restaient vaines.
Longtemps avant que prit fin l'occupation, il ne restait plus dans chaque localité qu'un nombre insignifiant de chevaux usés, laissés aux services communaux pour le transport des denrées que les Comités de ravitaillement américain, puis hispano-néerlandais, envoyaient à nos populations pour les empêcher de mourir de faim.
Les travaux des champs effectués au seul profit de l'envahisseur qui obligeait les cultivateurs, hommes et femmes, vieillards et enfants des deux sexes, à cultiver la terre, à récolter les céréales et à les battre pour qu'il puisse les utiliser sur place ou les envoyer en Allemagne, éaient assurés par des chevaux de l’armée allemande, dont les municipalités devaient payer le prix de journée, tarifé sans discussion permise à un taux extravagamment élevé.
Quand enfin, après plus de quatre interminables an: nées d’un martyre ininterrompu, se leva l'aube de la délivrance, le cheval n'existait plus qu'à l'état de souvenir dans les régions qui avaient été occupées.
L’ennemi vaincu avait emmené avec lui les quelques débris qu'il avait jusqu'alors laissés aux administrations locales. Il avait même poussé l’inconscience et l’impudence jusqu'à s'approprier les chevaux producteurs de sérum de l’Institut Pasteur, lesquels, du reste, succombèrent à quelques kilomètres de Lille, avant même d'avoir quitté le territoire français !
L'œuvre poursuivie avec tant de soin par le Stud-Book du Cheval de Trait du Nord depuis 1903, était en tout cas complètement anéantie.
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Seuls nous revinrent, après la libération, quelques reproducteurs d'élite que leurs propriétaires avaient pu, avant l’arrivée de l'armée d'invasion, évacuer en France libre.
Allions-nous nous laisser aller au découragement et ne rien tenter pour nous efforcer de reconstituer le Cheval de Trait du Nord et le Stud-Book ?
La question ne se posa même pas.
Avec nos vaillants amis du Conseil d'Administration du Stud-Book, MM. DaAvaINE, MACAREZ, DEBUCHY et LELEU, avec tous ceux de nos adhérents d'autrefois que la mort avait épargnés et qu'animait autant que nous la certitude que nous aurions raison du destin, nous décidâmes de mettre à la disposition de l'œuvre à ressusciter, tout ce que chacun de rous avait en soi de volonté, d'énergie et de confiance dans l'avenir.
Tous ceux à qui leur situation de fortune ou les avances qu'ils reçurent de l'Etat sur leurs dommages de guerre, permit de le faire, rivalisèrent d’entrain pour aller en Belgiaue, où les Allemands qui pensaient bien annexer définitivement cette vaillante et héroïque nation, avaient respecté une partie encore fort intéressante de l'effectif hippique, acquérir des reproducteurs mâles et femelles avec lesquels ils fondèrent les assises du relèvemient de notre élevage.
Et dès 1919, nous eûmes la, joie de pouvoir ouvrir un nouveau livre généalagique.
De mars à novembre 1920, eut lieu en Allemagne la première série des récupérations que le traité de Versailles avait si légitimement imposées au vaincu.
Avec une admirable sagacité, nos Commissions retrouvèrent et prélevèrent là-bas, en particulier dans le pays rhénan, quelques milliers d'excellentes juments et pouliches des races belge et de Trait du Nord ; le président du Stud-Book, M. DAVAINE, qui dirigeait l’une de ces Commissions, fut l'âme et le guide-né des opérations da récupération.
Le Stud-Book avait été autorisé par la Commission départementale de répartition, à prélever dans chaque
convoi, au bénéfice de ses membres et Jusqu'à concurrence du nombre de sujets qui leur avaient été enlevés par l'ennemi, les jumients et pouliches répondant par leur conformation et par leurs qualités au type défini par le Standard du Cheval de Trait du Nord.
Si, à raison de la sévérité, inspirée de notre façon de procéder d’avant-guerre, avec laquelle au cours des débarquements nous procédâmes au choix qui nous était confié, nous ne sommes pas arrivé à rendre à chacun ce à quoi il pouvait prétendre ou espérer, nous avons pu cependant permettre à tous de constituer « des fonds d’écurie » dignes de ce qu’ils possédaient autrefois.
Les achats en Belgique se poursuivant parallèlement, nos éleveurs furent, de proche en proche, en possession d’un nombre tel d'animaux de valeur que la Commission technique avait pu, à la fin de ses opérations de 1923, inscrire au total, depuis la réouverture du livre, 325 étalons, 1.260 juments et 154 produits.
Dans le rapport qu'il adressait le 13 août 1920 à M. le Préfet du Nord, M. DE PIERRE, successeur et digne continuateur de M. D’AGNEL DE BOURBON à la Direction des Haras de Compiègne, et comme lui fort heureusement excellent connaisseur en chevaux de gros trait, appréciait ainsi les résultats déjà obtenus :
«Les propriétaires de juments ont eu à leur disposition en outre de 37 étalons nationaux, 55 étalons approuvés, o autorisés et 71 acceptés...
En 1914, les trois catégories d'étalons étaient représentées par 58 approuvés, 21 autorisés et 183 acceptés, d’où il résulte que le nombre des bons étalons a fort peu diminué, tandis que celui des médiocrités s’est considérablement abaïissé, et il faut aussi tenir compte de ce que dans le chiffre de 71 figurent encore de bons animaux, récupérés après l’époque où l'approbation et l'autorisation pouvaient être accordées, C’est une heureuse constatation pour la production chevaline, qui a tant à redouter des mauvais étalons, que la loi ne permet pas jusqu'ici d'éliminer de la reproduction s'ils sont exempts de cornage et de fluxion périodique.
L'ensemble des juments provenant des récupérations en Allemagne est bon, et malgré les difficultés provenant de la guerre, il y a lieu de regarder l’avenir avec confiance et de faire tous les efforts nécessaires pour rendre au département la prospérité hippique qu'il avait conquise grâce aux
personnes dévouées qui en ont jeté les bases en créant le « Stud-Book du Cheval de Trait du Nord » et en organisant des Concours pour récompenser les meilleurs sujets et ins: truire les éleveurs. Avec cette bonne organisation et le zèle de ceux qui l’appliquent, l'élevage du Nord est appelé à faire de rapides progrès, et j'espère que dans un avenir prochain, il pourra fournir en assez grand nombre des étalons pour lesquels nous sommes actuellement tributaires de la Belgique ».
En 1921, 1922 et 1923, M. DE PIERRE disait :
1921. — «Outre les étalons nationaux, les éleveurs ont eu à leur disposition 72 étalons approuvés, 15 autorisés et 9% acceptés (c’est-à-dire reconnus simplement exempts de cornage et de fluxion périodique).
Si l’on compare ces chiffres à ceux de 1914 qui étaient respectivement de 58, 21 et 183 on remarque que la catégorie des approuvés, c’est-à-dire les bons reproducteurs, a augmenté, tandis que celle des étalons inférieurs a diminué de moitié. Cette constatation, déjà faite l’an dernier, est tout à fait heureuse pour la production chevaline.
… Une loi actuellement devant le Parlement (Loi Macarez) viendra bientôt aider à l’épuration des reproducteurs en évinçant les indignes. Cette constatation montre également les sérieux efforts faits par les étalonniers pour se procurer de bons sujets. Aussi grâce à la qualité des juments provenant de la récupération et de celles achetées souvent à grands frais en Belgique, on peut regarder avec confiance l'avenir de la race chevaline dans le département du Nord. Basée sur le Stud-Book et les concours de sélection des meilleurs sujets, la prospérité hippique de ce département ne tardera pas, grâce au zèle et au dévouement des organisa teurs, à dépasser ce qu'elle fut avant la guerre et à permettre le recrutement des étalons dans le pays même, en nombre assez grand pour ne plus être tributaire de la Belgique à ce point de vue dans quelques années.
1922. — Ce que l’on peut constater avec satisfaction, c’est l'augmentation de la qualité, puisque c’est surtout la catégorie des approuvés qui est plus nombreuse que précédemment. Cette circonstance est très favorable à l'amélioration de la race des chevaux de Trait du No’d, qui s’est reconstituée avec rapidité, grâce à l'énergie et à la décision des éleveurs du département, qui ont su s'imposer les sacrifices nécessaires pour importer des éléments reproducteurs de mérite et arriver tout de suite à un niveau supérieur à celui d'avant guerre, et grâce également aux bonnes poulinières fournies par la récupération. Il est à souhaiter que la loi permette enfin d'éliminer les mauvais étalons, qui font du mal et retardent l'amélioration générale.
Malgré cela les concours de sélection, organisés par le Stud-Book du Cheval de Trait du Nord, ont montré chaque année un grand progrès, et à celui de Cambrai, en juin dernier, on a pu admirer de nombreux sujets d’une haute valeur : c’est un plein succès remporté par cette manifestation hippique et qui a récompensé fort justement les dévoués organisateurs qui luttent depuis des années pour doter notre pays d’une race, qui pourra bientôt se perpétuer et s’améliorer par elle-même, sans être tributaire de la Belgique.
1923. — ... L'élevage a fait de rapides progrès depuis la guerre, grâce aux sacrifices consentis par plusieurs éleveurs pour aller chercher en Belgique des étalons et des poulinières de mérite et les encouragements distribués dans les concours par le département et le Stud-Book du Cheval de Trait du Nord.
Les animaux nés et élevés en France ont paru cette année pour la première fois au Concours de Cambrai, et quelquesuns ont été très remarqués pour leur réelle qualité. D’année en année leur nombre augmentera, et l'élevage du Nord reprendra vite la prospérité qu'il avait avant guerre, donnant des produits bien nourris, bien élevés, d’une meilleure trempe, qui les fait rechercher ».
Un premier concours tenu à titre d'essai à Lille, en 1920, avait si parfaitement réussi, et avait été si encourageant, que le Stud-Book décida de reprendre dès 1921, à Cambrai, soit dans le berceau même de la race, ses concours annuels.
À la demande qui lui en avait été exprimée par d’imr portants éleveurs du département de l'Aisne, de: la Som:me et de l'Oise qui, déjà avant 1914, se livraient à l’élevage du Cheval de Trait du Nord et qui, après la guerre, s'étaient à nouveau résolument engagés dans la même voie, notre Société avait élargi sa zone d'action et inscrit dans ces départements les sujets d'élite qu'ils possédaient et qui tinrent, chaque année, une place très honorable dans nos expositions.
Le Concours de 1921 fut, pour les visiteurs non encore initiés aux rapides progrès de notre relèvement, une surprise et un étonnement qui provoquèrent parmi eux une explosion d’éloges unanimis et spontanés.
Sur l'invitation que nous fit l'honneur de nous en adresser M. le Professeur DECHAMBRE, Président de l'Office français d'Elevage et Rédacteur en Chef de la
« Revue de Zootechnie », nous en fîmes le compte-rendu dans ce périodique qui est aujourd’hui entre les mains de quiconque s'intéresse de près ou de loin aux questions d'élevage.
« La Société « Le Stud-Book du Cheval de Trait du Nord », avons-nous écrit, a tenu à Cambrai, les 2 et 3 juillet 1921, son concours annuel de reproducteurs inscrits Sur ses contrôles.
Fondée en 1903, cette Société qui souleva rapidement l'enthousiasme des éleveurs du département du Nord, fit de rapides progrès et, malgré la rigoureuse sévérité de ses dir1geants qui ne consentaient à inscrire, au cours des tournées qu'ils effectuaient au printemps de chaque année dans les arrondisséments de Lille, Douai, Cambrai, Valenciennes et Avesnes, que des sujets répondant au type bien défini qu'ils avaient décrit, elle put bientôt organiser annuellement des concours qui eurent de plus en plus de succès et de retentissement, et qui attirèrent des visiteurs et des acheteurs de plus en plus nombreux, venus de l’intérieur de la France, de Belgique et même... d'Allemagne.
Les Belges, qui retrouvaient dans le Cheval de Trait du Nord le moteur puissant et de toute beauté qu'ils produisent, admiraient en outre, en lui, non seulement la netteté et la sécheresse des articulations et des-tendons, comme aussi la rectitude de ses lignes et de ses aplombs, mais, et surtout peut-être, l’influx nerveux qu'il possédait grâce aux pro: cédés d'élevage qui sont en honneur dans le Nord et qui faisait de lui l'animal singulièrement énergique qui étonnait et émerveillait tout à la fois et ses admirateurs et ses. contempteurs des premières années.
Nombreux furent les poulains qui, nés de géniteurs ins. crits au Stud-Book du Cheval de Trait du Nord, passèrent en Belgique et purent plus tard, grâce à des similitudes de signalements qui facilitaient les substitutions, concourir dans les grandes exhibitions de ce pays et y remporter les plus hautes récompenses.
Le nom de tel étalon qui fut proclamé champion au Concours national de Bruxelles quelques années avant la guerre et qui était né et avait été élevé dans le département du Nord, est encore sur toutes les lèvres.
De proche en proche, l’'émulation créée avait amené à la Société de nouveaux adeptes appartenant aux départements de la Somme et de l'Aisne, à telle enseigne qu’en 1914 figuraient sur les contrôles du Stud-Book du Cheval de Trait du Nord 2.239 sujets d'élite, dont 369 étalons, 1.268 juments et 602 produits.
La guerre survint, bientôt suivie de l'invasion de toute la
région qui s’adonnait à l'élevage du Cheval de Trait du Nord.
Très rapidement, l'envahisseur réquisitionna ou... vola la cavalerie des départements qu'il occupait, mais apporta d'abord tous ses soins à s'assurer la possession des reproducteurs dont il avait, durant les années antérieures, pu et su apprécier la valeur, et qu'il envoya, pour le plus grand nombre, en Allemagne où il les vendit aux enchères.
Lorsque prirent fin les quatre épouvantables années du douloureux martyre qu'eurent à subir les régions envahies, plus un seul des étalons, juments et poulains dont s’enorgueillissaient jadis à si bon droit leurs propriétaires, n'y existait encore.
C'était le néant absolu ; plus rien ne restait des efforts et des sacrifices admirables qu'avaient faits et consentis les éleveurs du Nord.
Deux ans et demi à peine s'étaient écoulés depuis ces sombres jours, lorsque — 119 étalons, 820 juments et 42 produits étant déjà réinscrits au Stud-Book — fut donné aux amateurs du Cheval de gros trait, l’inoubliable spectacle que fut le Concours de Cambrai de Juillet 1921.
156 chevaux de tout premier ordre, dont 68 étalons et 88 juments, appartenant à 78 propriétaires des départéments du Nord, de l’Aiïsne, de la Somme et de l'Oise, se disputèrent les 25.000 francs de récompenses dont disposait la Société du Stud-Book du Cheval de Trait du Nord.
Le championnat des étalons, le prix de reproduction et le premier prix des étalons adultes, furent attribués à Ay, appartenant à M. Prosper LELEU-CRÉPIN, de Tilloy-lez-Cambrai, qui en refusa sur-le-champ 300.000 francs d’un groupe d’éleveurs belges présents au Concours.
Père-la Victoire, qui avait été chamnion en 1920, et dont les heureux propriétaires, MM. Ernest et Georges MACAREZ. d'Haulchin, ont, eux aussi, résisté à toutes les tentations dont ils ont été l’obiet de la part d'amateurs étrangers, s’est vu décerner le rappel de championnat qu'il méritait si hsutement.
Sucresseur et Conauérant, à M. François GaBer, d'Inchy, forcèrent l'admiration unanime et enlevèrent la première palme dans la catégorie des étalons de 2? ans, et dans celle des étalons de 3 ans.
Particulièrement remarquables et remarqués furent également parmi les chevaux de 3 ans : Mouton, à M. OLLivtER- DARR:S, de Mérignies, Coa Gaulois, à MM. MACAREz frères, d'Haulchin, Nérprun, à M. GABEer François, d’Inchy, Anno, à M. Jean DELrzr, de Croix-Fonsomme (Aisne), Lucifer, à M. Gustave LANGRAND, de Beauraïn, etc... et parmi les chevaux de 4 ans et plus : Crésus, à M. FAUVILLE, de Bouchain,
Brillant des Six-Fermes, à MM. MACAREz frères, Melon, à M. François GABET. Verdun, à MM. Emile DAVAINE et PRÉVOT, de Saint-Amand, etc...
Dans les pouliches de 2 ans, M. Prosper LELEU-CRÉPIN, de Tilloy, s’attribua avec Rose et Rita, les deux premières primes que leur disputèrent âprement Sarah, à M. CAUDRELIEP HAYEZz. d’Estreux, Caline, à M. RasSENEUR Alexandre, de Bertry, Alice et Alerte, à M. Camille EVR4RD, de Chemy.
Le jury des pouliches de 3 ans se heurta à de sérieuses difficultés pour classer les animaux soumis à son examen Si Princesse, à M. Prosper LELEU-CREÉPIN, distança, en fin @ compte, Féluque, à M. François GABET, ce n’est qu'après maintes hésitations que la décision fut prise et que furent rangées immédiatement après ces lauréates : Néga, à M. Prosper LETEU-CRÉPIN, Dompierroise, à M. JIOUNIAUX, de Dompierre, Boulotte, à M. BrassarT, d'Hélesmes, Amochée, à M. Léon RicHARp, de Solesmes, lanchette, à M. Gustave LAN- GRAND, de Beauraïin, etc...
Au groupe des poulinières, M. François GABEr s'adjuges Les 1er, 4e et 7e prix avec (raminée, Houlque et Phlèole, tandis que M. Monwez, d'Hélesmes, voyait sa iument Boulotte classé» ceconde, que M. de GUILLEBON, de Carnières, prenait le rang, avec Kaîserine, MM. Macarez frères, le 5° avec Joséphine, M. Philippe LELEU, de Roucourt, le 6° avec Marmotte, M. Prosper LELEU-CRÉPIN, les & et 9% avec Surprise et Fleurette, etc.
Huit « prix de lots » furent décernés aux propriétaires des meilleurs lots de trois juments ou pouliches.
Le premier et le troisième furent obtenus par M. Français GaBer, d'Inchy (Flouve, Houlque et Graminée, d'une part, F'étuaue. Renoncule et Phlèole, d'autre part).
Les autres furent ainsi attribués :
2 prix : M. Prosper LELEU-CRÉPIN, ke Tilioy-lez-Cambrai (Surprise, Madelon et Princesse).
4 prix : M. Jean DELIZE, de Crcix-Fonsomme {Beïla, Louise et Fillelte).
5e prix : M. DENOYELIE Alexis, de Villers-en-Cauchies (A glaé, Abella et Aubeline).
Ge prix : M. FONTAINE-CANU, de Trith-Saint-Léger (Musette, Magally et Mariette).
Te prix : M. WARGNIEZ Benjamin, de Caullery (Cocotte, Bibiche et Coquette).
& prix : M. Evranp Camille, de Chemy (Alice, Alerte et Charmante).
Le championnat d'étalons fit triompher, avons-nous dit, le haras de Tilloy, à M. Prosper LELEU-CRÉPIN, avec Av ; celui
des juments couronna de lauriers abondamment mérités l'écurie de M, François GABET, d'Inchy, qui possède en Graminée une « mère à Loulains » tout à fait hors dl pair, avec laquelle rivalise dignement toutefois Flouve au même propriétaire, et qui, proclamée championne en 1920, s’est vue à très juste titre, cette année, décerner un rappel de championnat.
La foule d'hommes de cheval, d’éleveurs et d'agriculteurs de maintes régions qui assistèrent à toutes les épreuves du Concours, et au nombre desquels se trouvaient, outre de nombreux sénateurs et députés du Nord, notamment MM. Porié, BERSEZ, MACAREZ, DES ROTOURS, MM. les députés Inr- ZAN, du Finistère, et THÉVENY, de l'Aube, M. le Préfet du Nord, M. l'Inspecteur général des Haras D'AGNEL DE BOURBON, MM. les Directeur et Sous-Directeur du Dépôt d’'étalons de Compiègne, M.l'Inspecteur général de l'Agriculture LEROUX, MM. BARBIER et SAVAGNER, Directeurs des Services Vétérinaires de la Côte-d'Or et du Pas-de-Calais, M. DELORME, Président de la Société d'Agriculture de la Somme, ete.…., etc.…, ne tarissaient pas d’éloges sur l’impressionnant spectacle qu'ils avaient sous les yeux, sur la qualité incomparable des chevaux qui étaient exposés, et aussi sur les efforts quasi-surhumains et sur les sacrifices pécuniaires presque incalculables qu'il avait fallu faire ou consentir pour arriver, si peu de temps après l’anéantissement complet de l'élevage du Nord, à d'aussi imposants résultats.
Un hommage particulier doit être rendu aux MACAREZ, aux POTIÉ, aux DAVAINE, aux LELEU, aux GABET, aux La\- GRAND et à tant d’autres ; une reconnaissance profonde doit être vouée à tous les vaillants éleveurs que l’adversité et les destructions par le Boche à jamais honni de leur œuvre d’avant-guerre, a galvanisés dans leur volonté et dans leur éne”gie au lieu de les décourager, et qui ont, une fois de plus, montré aux étrangers, ce que le paysan de France, ce que la fourmi du Nord sont capables de réaliser lorsqu'il s’agit de rendre à l’agriculture de leur pays dans le domaine de l’élevage. comme dans celui de la culture proprement Aite, la place prépondérante qui lui revient ».
En cette même année 1921, un autre concours du
« Cheval de Trait du Nord » fut organisé dans le département de la Somme, à Péronne.
A cette occasion, le « Journal d'Amiens » donna, sous la signature de M. Pierre DuBois, le très intéressant article suivant, dont quelques traits toutefois eussent peut-être été justiciables de légers redressements :
« Après-demain, dimanche, aura lieu à Péronne, un Concours du « Cheval de Trait du Nord », Le nom de cet impor-
tant groupement chevalin n’est entré que récemment dans l'usage des Picards du moins. Ce concours, le premier organisé dans la Somme — on en lira les résultats dans un de nos prochains numéros — est une occasion de commenter l'appellation nouveile et de montrer comment les quelques quatre-vingt mille chevaux de notre département se répartissent aujourd’hui entre trois types généraux. Le Boulonnais est surtout abondant dans l'Ouest, dans l’arrondissement d'Abbeville. Le voisinage géographique, plus encore l'importance de l'élevage dans le Vimeu des poulains boulonnais achetés aux foires de Desvres ou de Marquise, sont les claires raisons de cette prédominance. L'Est du département était surtout peuplé d’Ardennais : c’est ce domaine, Vermandois, Santerre, partie orientale de l’Amiénois, que dispute maintenant à l’Ardennais le « Cheval de Trait du Nord » qu'il nous faut définir.
Il y à une race boulonnaise et une race ardennaise de chevaux, lentement élaborées et différenciées par les conditions physiques du milieu, sol, climat, ressources alimentaires, et par le genre de vie et de travail que le milieu impose aux animaux. Et ces races ont une histoire de plusieurs siècles.
Il importe assez peu que le cheval boulonnais soit ou non, à l’origine, le descendant, adapté à sa nouvelle patrie, du cheval arabe importé par les Romains, bien que tous les auteurs spéciaux retrouvent en lui « les formes générales du grand ancêtre ». Mais sa constitution sèche, son ossature puissante, ses muscles résistants qui le faisaient jadis préférer à tout autre attelage par les maîtres de poste et les mareyeurs, il est clair qu'il en a été redevable aux fourrages très nutritifs que porte le sol du boulonnais riche en éléments minéraux divers, au climat vivifiant, à l’air charge d’effluves marins, à son entraînement spécial dans une region accidentée, dure à cultiver et autrefois très dépourvue de chemins. On montre’ait sans plus de peine que l’Ardenne a fait la nature, les qualités du cheval ardennais.
Après l’origine, l'hérédité, le milieu est donc le second facteur essentiel des qualités d’un cheval. Parfois l’action du milieu est plus forte que l'hérédité : transporte-t-on de bonne heure le produit de deux purs boulonnais du Haut- Pays dans les bassures humides de la Flandre ou du Marquenterre, on obtient un cheval lymphatique, aux pieds élar-gis sous un corps soufflé. ‘
Mais l’éleveur actuel est beaucoup plus averti et attentif que ses prédécesseurs. Il sait, par un régime alimentaire et une hygiène très surveillés, par la progression de l’entrafnement, amoindrir, contrecarrer les effets d’un milieu assez peu favorable. L'homme et sa technique maintiennent la race contre les conditions physiques ambiantes. N'est-ce pas
dans des prairies bien picardes, calcaires et tourbeuses, de l’Authie, qui ne rappellent en rien les herbages des pentes jurassiques de Desvres ou du plateau primaire de Marquise, que s’est développée une écurie très notable de race boulonnaise, celle de M. PouiLzzy, à Ponches-Estruval ?
Bien plus, l’ingéniosité des éleveurs de toute une grande région, faite de milieux variés, très inégalement propices, a su obtenir et fixer une véritable race. factice : les éleveurs de Belgique, ceux des plaines de Flandre et surtout ceux des plateaux, ces côteaux de Wallonie, ont créé, ou à peu près, le cheval « belge » le même que de ce côté-ci de la frontière, on appelle, par patriotisme sans doute, le « Cheval de Trait du Nord ».
Ce cheval belge se distingue nettement du cheval « flamand » trop grand, au corps étriqué, aux pieds nettement défectueux. Ils ont peut-être un ancêtre commun, le «frison», dont le « flamand » serait le descendant assez indigne. Un croisement heureux et très ancien du frison avec l’ardennais avait donné un produit déjà estimable dont les mérites de conformation et de musculature ont été très augmentés, il y à vingt ans, par les montes, en Belgique, de célèbres etalons de race belge, mais venus de France, comme Jupiter et Brillant. Aujourd'hui le cheval belge, de robe généralement foncée, bai ou alezan, plus rarement rouan, a un corps trapu et puissant ; ses articulations sont résistantes, ses pieds enchassés dans des sabots dont la conformation et les proportions lui permettent de supporter la réaction violente que les routes pavées, fréquentes en Belgique et dans le Nord, opposent à ses foulées. C’est ainsi que le dépeint dans un remarquable rapport, M. J. MoxsarRaT, Directeur des Services Vétérinaires du Nord qui, depuis vingt ans, a tant fait pour l’accroissement en nombre et en qualité de la cavaleric et du cheptel de son département.
C’est en Brabant et en Hainaut que l'élevage de ce cheval « belge » type parfait du gros trait, s’est surtout développé entre 1880 et 1900. Or, le Nord a, comme la Belgique contiguë, besoin de chevaux très forts pour ses transports de betteraves, les charrois sur le carreau de ses mines, la circulation des matières et des produits dans ses villes industrielles. Il est courant de croiser, dans le Nord, à l'automne, le long chariot plat couvert d’un haut chargement de betteraves, tiré par deux chevaux seulement jusqu'à la bascule de la sucrerie ou de la gare.
Tandis que la partie côtière du département, les arrondissements de Dunkerque et d'Hazebrouck, conserve toute préférence pour le boulonnais gris pommelé ou gris fer, qui a ici presque remplacé le cheval flamand, toutes les régions du sud d’Armentières, ont accueilli le cheval belge. En 1903, l’un des principaux éleveurs, M. Emile DAVAINE, conseiller
général de Saint-Amand, et M. MonsarRaT, se rappelant l’heureuse action qu'avait eue sur l'amélioration, sur ia sauvegarde de la pureté de la race boulonnaise l'institution, dès 1586, de son 1ivre généalogique, de son « Stud-Boo0k », tirent voter par la puissante Société des Agriculteurs du Nord, la création du « Stud-Book du Cheval de Trait du Nord ». Bientôt les écuries accueillirent d'excellents géniteurs mäles et femelles de race beige et les éleveurs, ayant connu iles bénéfices importants üe leurs confrères brapançons, devinrent nombreux de Carnières à Maubeuge, d'Orchies à Avesnes, Des concours avaient eu lieu à Lille, les dix années qui précédèrent la guerre.
Les Allemands razzièrent tous les chevaux et détruisirent souvent les bâtiments mêmes des élevages. Mais, en 1919, les éleveurs du Nord ont entrepris, énergiquement, méthodiquement, une belle œuvre de reconstitution. Des Commissions récupérèrent attentivement en Allemagne les plus remarquables animaux retrouvés ; à beaux deniers nos voisins achetèrent aux Belges des reproducteurs qualifiés. Aujourd’hui, l'élevage de ce cheval est plus développé peutêtre qu'en 1914. Un récent et très nombreux concours en a fourni la preuve ; il a eu lieu à Cambrai, ville beaucoup mieux située que Lille par rapport aux centres de production. Le vénérable maire, M. GaRIN, a même proposé, au nom de son Conseil, de faire les frais importants d’un champ de concours permanent si la Société des Agriculteurs du Nord fixait définitivement à Cambrai le siège du concours général annuel.
On inaugure à Péromne les concours départementaux préparatoires à ce concours annuel commun : mais déjà ne peuvent être présentés après-demain que des chevaux inscrits au Stud-Book spécial.
Même avant la guerre, le Cheval de Trait du Nord était bien représenté dans toutes les bonnes écuries de la région de Péronne, celles de MM. PÉpiN à Moislains, DELORME à Sancourt, POINTIER à Croix-Molignaux, PuCcHE à Misery..… Presque tous les animaux furent volés ou tués ; mais en Picardie comme dans le Hainaut français, la restauration de l’élevage a été prompte et habile. Des éléments bien typés ont été achetés dans le pays d'origine, en Belgique, d’autres retrouvés dans les régions libérées françaises et belges, d’autres enfin reçus d'Allemagne au titre des restitutions.
Des principes maintenant admis par tous et les circonstances facilitent d’ailleurs l'amélioration progressive des chevaux du Vermandois et du Santerre. Ici comme partout là notion de l'importance de la sélection, de la nécessité du respect des généalogies, a conquis depuis trois ans tous les propriétaires. D'autre part, la culture n’a pu encore reprendre ses caractères traditionnels ; la betterave n’y retrouvera
Sa grande extension que dans quelques années : jusque-là, on accordera, dans l’exploitation, aux prairies artificielles, terrains d'élevage, une part bien plus grande qu'autrefois.
Enfin des réunions, comme celle toute prochaine à Peéronne, ne peuvent que provoquer l'extension de la production chevaline. Ainsi la Somme, enrichie déjà par le gros élevage des poulains boulonnais dans le Vimeu, serait dotée d'une nouvelle spéculation animale ; Péronne renaissante serait peut-être appelée à devenir un fort marché de chevaux de trait du Nord, le pendant du vieux marché d’Abbeville pour les chevaux de trait boulonnais ».
A propos du Concours de 1922, nous ne pouvons mieux faire, pensons-nous, que de mentionner ici quelques extraits du compte-rendu qu’en fit dans « Le Cheval de Trait belge » l’un des rédacteurs de cette revue bi-mensuelle, M. Louis L'OLIVIER :
« Le concours des 30 juin, 1 et 2 juillet que le Stud-Book du Cheval de Trait du Nord avait organisé cette année à Cambrai, avait amené dans cette grande ville du Nord beaucoup de Belges, les principaux éleveurs et les amateurs du cheval de gros trait.
Le matin, avant l'heure du Concours, nous visitons un peu la ville détruite qui se relève tout doucement de ses cendres. Le jardin public est très bien et c’est là que se donne le Concours qui commence vers 10 heures par les étalons ; l'après-midi ce seront les juments. Les animaux sont assez bien choisis ; il y à là quelques bons chevaux massifs, du genre belge, avec tous les caractères qu’on demande ici et partout à nos chevaux de gros trait : la masse, la force, la ligne du dos droite, la croupe longue et puissante, les membres larges et nets.
Pour un pays dont tous les chevaux ont été enlevés pendant la guerre, il ne restait rien après le départ des Alle: mands, disons-le de suite, ils ont déjà bien travaillé. Quelques éleveurs intelligents ont fait de grands sacrifices en achetant chez nous de bons étalons et de bonnes juments et pouliches. Ils en seront récompensés, car en peu de temps, ils auront repeuplé leur cheptel et leurs écuries seront aussi belles qu'avant la guerre.
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Dans le concours de raceurs, c'est Ay du Fosteau, fils de Sergent et de Pervenche, qui arrive. Quel bon cheval ! Né
pendant la guerre en France, Ay devrait revenir en Belgique : massif, matériel, culotté, avec du dos, de gros pieds et des allures. S'il pouvait saillir en Belgique ce serait un fondateur.
Le dimanche les concours continuent : concours des championnats, concours des lots, concours des raceurs. Il était tard quand nous avons repris en auto, le chemin du retour. Nous avons salué une dernière fois ces braves gens, ces hommes dévoués à leurs semblables qui veulent faire revivre l'élevage du cheval de trait en France, dans ce pays du Nord où la terre est si riche ! Ils reviendront nous voir pour de nombreux achats, car ils admirent beaucoup notre race nationale de gros trait belge »
Au lendemain du Concours de 1923, nous avons écrit dans la « Revue de Zootechnie » qui avait réclamé de nous cette nouvelle collaboration :
« Ouvert aux éleveurs des départements du Nord, de l'Aisne, de la Somme et de l'Oise, et exclusivement réservé aux animaux inscrits sur les contrôles du Stud-Book, le concours organisé par la Société du Stud-Book du Cheval de Trait du Nord, sous les auspices de M. le Ministre de l'Agriculture et de M. le Préfet du Nord, avec récompenses et subventions du Gouvernement de la République, de l'Office régional agricole, de la ville de Cambrai et de la Société des Agriculteurs du Nord, s’est tenu à Cambrai, les vendredi 29, samedi 30 juin et dimanche 1° juillet 1923.
Favorisée par un temps superbe, cette manifestation, à laquelle prirent part 175 reproducteurs des deux sexes, appartenant à 70 exposants, obtint un succès éclatant.
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Les opérations se déroulèrent devant un publie considerable composé en majeure partie d’agriculteurs-éleveurs des départements du Nord, de l'Aisne, de la Somme, de l'Oise et aussi de la Belgique ; deux personnalités italiennes étaient venues également admirer les plus beaux spécimens d’une race qu'elles ont introduite dans la région milanaise depuis plusieurs années au moyen d'achats faits notamment chez MM. Prosper LELEU, de Tilloy, et François GABET, d’Inchy.
Avec une attention toute spéciale qui a bien souvent forcé leur admiration, les connaisseurs ont examiné les jeunes étalons et les pouliches de deux ans, nés de pères et de mères inscrits au Stud-Book.
Leur apparition au concours marque, en effet, la résurrection, dans son berceau même, d’un élevage que la guerre avait complètement anéanti, et que, grâce à leur ténacité et
à leur esprit de méthode, comme aussi aux lourds sacrifices qu'ils ont consentis, les éleveurs ont aujourd'hui reconstitué et au moins ramené à ce qu'il était en 1914.
D'aussi merveilleux résultats obtenus en un temps si court légitiment la fierté que manifeste le Stud-Book du Cheval de Trait du Nord ; et il n’est pas téméraire d’affirmer que, dans un avenir tiès prochain, les produits de notre élevage pourront rivaliser ävec ceux des meilleurs reproducteurs belges.
L'homogénéité présentée par l’ensemble des concurrents n'a pas été sans rendre parfois particulièrement ingrate la mission des jurys.
Dans la première catégorie (section A), réservée aux étalons de deux ans, non tracés, les chevaux ont été rappelés et définitivement classés dans l’ordre suivant :
1° Espoir, à M. rrospcr LELEU, de Tilloy ; 2° Tournesol, : à M. François GABEr, d'Inchy ; 8° Bienvenu, à MM. E. et G. MACAREZ, d'Haulchin ; 4° Echo, à M. Prosper LELEU, de Tilloy ; 5° Rivage, à M. Maurice LEFEBVRE, de Lesquielle- Saint-Germain (Aisne) ; 6° Pompon, à M. CARON Henri, de Crévecœur-sur-l'Escaut.
Dans la Section B, de la même catégorie, n'étaient admis que des sujets de deux ans nés de pères et de mères inscrits au Stud-Book.
Bel Ami, à MM. E. et G. MAcAREZz, d'Haulchin, arriva en tête du classement et obtint la meilleure note que le jury, appelé à l'examiner, décerna au cours de toute la série des Opérations.
Ce poulain, né de «Père-la-Victoire»,champion des années précédentes, dont il a hérité la conformation et la robe rt dont il aura aussi la puissance, possède déjà, bien qu'à pein” âgé de deux ans, 30 centimètres de tour de canon.
Après « Bel Ami », furent successivement primés trois magnifiques poulains du Haras de M. Prosper LELEU : Bob-de- Tilloy, presque aussi puissant que « Bel Ami » ; Bambou-de. Tilloy et Bilboquet-de-Tilloy.
La deuxième catégorie mit en concurrence les étalons de trois ans.
Le premier prix fut disputé par deux fils d’ « Albion d'Hor », portant le même nom, Albion, et appartenant l’un à M. GABET, d'Inchy, qui finalement, prit la première place, l'autre à M. BASQUIN, de Catillon, classé second.
Vinrent ensuite Brillant, à M. Prosper LELEU ; Certain. à MM. VANTEMSCHE et AR9ENOIS, de Levignen (Oise) : Ulex. à M. GaBeT, d’Inchy ; Indigo, à MM. DÉSERT et DELADBRIÈRE, de Saint-Saulve ; Amiral, à M. RoraAND, de Denain ; Major, à M. LerrBvre Maurice, de Lesquielle-Saint-Germain (Aisne).