J XII. — I.ES CHEVAUX ITALIENS
Nous avons vu, en faisant Thistoire des chevaux de France, qu'au xvii» siècle la cour de Louis XIV tirait ses grands chevaux de carrosse à tête de mouton, partie de la Hollande et du nord de FÂllemagne, partie de Tltalie et surtout du royaume de Naples.
Vers 1840, on voyait encore à Rome de ces grands chevaux de carrosse à chanfrein busqué, généralement de robe noire, attelés aux voitures des cardinaux ; « ils étaient très lents avec de grandes actions arrondies dans leur trot lugubre », dit Fauteur anglais S. Sidney, que nous avons déjà souvent cité.
Les meilleurs chevaux de cette race cardinalice étaient élevés dans la famille du prince Ghighi et les deux chevaux de derrière de la voiture du pape étaient d'habitude de cette race des Chighù
Il y avait aussi une race de grands chevaux de selle, très bons, qu'on connaissait sous le nom de race de Sancto^Spirito^ et qui avait été améliorée par le croisement d'un pur-sang, importé par les pères, ce qui en fit la meilleure race du pays.
Le vieux cheval romain n'était pas vite, mais très bon pour les voyages et marchait de longues heures sans fatigue.
La Galabre produisait et produit encore de bons chevaux, très rustiques, mais manquant généralement de taille ; ce sont les chevaux
des coricolos de Rdœe et des autres villes du sud de ritalie.
La Sardaigne produit aussi beaucoup de poneys, ice poiot que vers J838, Si^ney yit, à FLQreo^ce, ^us les yéhici^les traînés p^r cqs petite ebevaux sardes« h^ même autei^p d|t que VictorBoimanuel, quand il allait à la chasse, était toujours mpu^é ^uv up grospi§r prtney de cette race.
Aujourd'hui, les anciens cheyau? ronjaigs d0s ^aces de Ghiglù pt de Sancto-Spiri(o, qui représentaient raristocr^tie chevaline de l^Jtalie, n'existent plus; ils ont disparu dans les croisements nombreux que l'on i| fait depuis une cinquantaine d'années, entre les jupests Indigènes et les étalons anglais. Tou^ ]es l^ous chevaux de voiture ^yant de la taillfe^ sQgt presque tous des pur^îS^ng ou trè? vpi^iRs du sang; depuis longtemps les éleyeurs g^chè^eet à gros prix les étalons anglais.
Ces changements datent dé rintrp4uPtion dos courses en Italie.
C'est en 1842 qu'eurent Ueuj è ïlome, les premières courses de chevaux à l'iustar dçs courses anglaises. Dans cette année l^, plusieurs princes romains s'associèrept pour acheter un étalon anglais de pur7S^ng, et p§u ^^ temps après un des grands propriétaires de la campagne de Rome, le aignor Polierosi, appelé familièrement par les anglais « Dusty Qob », importa plusieurs étalons ^glais et se rçt^t à élever du pur-^sang et du demi-^^g? 3pn exemple fut suivi depuis par la généralité des
éleveurs et des fermiers, en sorte que, maintenant, il serait difficile de trouver en Italie un cheval quelque peu distingué qui n'eût pas de sang anglais dans les veines.
Les juments de Toscane et du territoire romain se croisent très bien avec le pur-sang anglais et les produits font de bons chevaux de troupe, très rustiques, ayant une meilleure constitution que les chevaux anglais^. Ces chevaux sont payés en moyenne 800 francs par l'Etat. Bien que le gouvernement italien ait des haras et des jumenteries, ils sont [insuffisants, même avec ceux des particuliers, pour fournir ce qui est nécessaire à la remonte de Tarmée; aussi achète-t-elle beaucoup de chevaux en Suisse, eu Allemagne, en Hongrie, même en France et surtout en Algérie : ainsi nous venons d'apprendre que cette année (1895), plus de trois mille chevaux et juments ont été embarqués pour l'Italie rien que dans le port de Bône et ces achats se répandent au point que des localités pourvues. Tannée dernière encore, d'assez de chevaux pour assurer le recrutement des remontes militaires de notre colonie, sont aujourd'hui dans l'impossibilité de fournir le moindre contingent.
Le goût pour les chevaux et les courses est très vif en Italie et il est entretenu par la pratique des chasses à cheval et la création d'établissements hippiques, tels que des Jockeys- Clubs dans les principales villes de la Péninsule, et surtout par le Derby Royale qui date de 1884,etdont les vainqueurs de pur-sang italien
sont déjà nombreux et descendent, soit de Andredj le célèbre fils de Blair-Athol, soit de Hamlet, soit de Garrick^ etc.
Depuis quelques années, le goût des courses au trot s'est aussi grandement développé et une véritable race de trotteurs américano-russoitaliens est en voie de se former au-delà des Alpes.
Parmi les établissements d'élevage où Ton produit des trotteurs, nous pouvons signaler celui des frères Macerata, à Pojana Granfion dans la province de Vicence; un de leurs produits, Endymion, a remporté le premier prix et la médaille d'or du Ministre aux expositions réunies de Milan, Tannée dernière.
Nous citerons encore le haras de Canedole, dans la commune de Roverbella, au baron Raimondo Granchetli qui, au milieu de cent trente juments, en compte une quinzaine de la race des trotteurs, soit américaines, soit russes, soit italiennes. Les principaux étalons trotteurs de cet établissement sont Middletan junior et Andante, tous deux américains, ayant comme record le premier 1' 31"! /2 au kilomètre et le second V 27" 1/4 à la même distance.
Il y a encore le haras Manganij de Bologne, qui produit des trotteurs ; et plusieurs autres.
Les pur-sang et les trotteurs italiens ont, bien entendu, leurs Stud-Books rigoureusement tenus.
§ icni. — I£S ClfETAUX AttÊltïCAllIS
A propos des races de chevaux américaios, voici ce qu'en a dît M. de Quatrefages : « Partout où l'homme porte ses pa$, il amène avec lui ou traîne à sa suite les animaux dont il a fait ses amis et ses esclaves. En prenant possession du Nouveau-Monde, il n'en a pas chassé seulement les races humaines qui lui disputaient le soi, il a déclaré également la guerre à tous les êtres nuisibles ou inutiles, et les a remplacés par ceux qui lui étaient de quelque profit. Les chevaux, inconnus des indigènes d'Amérique et qui furent pour eux, lors de la conquête, l'objet d'une si grande terreur, les chevaux sont aujourd'hui bien plus communs dans ces contrées qu'en Europe. Sur la vaste contrée du nouveau continent, il s'est formé un grand nombre de races. Les souches primitives varient aussi bien pour les chevaux que pour les hommes. Le cheval du Canada et de la Louisiane est généralement d'origine française, aussi bien que son maître; mais comme celui-ci, il disparaîtra bientôt sous le flot anglais qui le presse de tous côtés. Le reste de l'Amérique du Nord, jusqu'à la Floride et au Mexique a été peuplé par des chevaux anglais. Enfin, à partir du Mexique jusqu'au cap Horn, presque tous les chevaux sont de sang espagnol. » (1).
(I) Dictiùnncnfe universel d'histoire nahifeile, db d*Orbigay; tooie UI, p. 496.
Cette opinion de de Quatrefages sur l'origine des races de chevaux américains est, on peut le dire, universellement admise. Et cependant, il y a eu des chevaux sauvages en Amérique, dans les temps préhistoriques, on trouve leurs restes fossiles dans les couches superficielles de la couche terrestre. Dans le même ouvrage d'où nous avons extrait le passage de de Quatrefages que nous venons de citer, se lit à la page suivante, à l'article Cheval fossile de Laurillard : « On rencontre de ces ossements, non seulement en Europe, mais encore en Amérique, où l'on sait qu'il n'existait point de chevaux avant l'arrivée des européens. M. le D' Théodore Leclerc en a rapporté du Texas qui se trouvaient également mêlés avec des os de bœufs. Ce fait prouve que la disparition des races fossiles du diluvium ne doit pas être attribué à l'action des hommes, comme quelques naturalistes le pensent ; car même en le supposant, ce qu'il est difficile d'admettre, que Futilité des chevaux n'ait point été reconnue des populations indigènes de TAmérique, ces populations n'étaient point assez nombreuses, elles n^occupaient point assez com • plètement le sol pour avoir fait disparaître un animal aussi rapide à la course. »
C'est en effet un phénomène inexplicable, que Texistence de nombreux chevaux sauvages en Amérique dans les temps préhistoriques (ce que les fouilles confirment tous les jours), — leur disparition au moment de la découverte du nouveau monde, et leur réapparition dans
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Fia. 72. -- CbeTsJ do la PlaU (diaprés une ptiotû^rapMe),
les tem^ modernes sous forme d'innombrables bsnâes sditivages aossi bien dans les plaines du Nord que dans les immenses pampas du Sud, Et tout cela parce que les Péruviens et les Mexicains ont été frappés de stupeur à la vue des cavaliers de Pizarre et de Pemaad Cortez, qu'ils prenaient pour des êtres fantas-^ tiques !
Mais, de ce que la cavalerie était inconnue aai Mexique et au Pérou au moment de la ccHâquête, cela proure-t-il qu'il n'y avait pas de chevaux ailleurs et qu'il 7 a eu une disco&- • tinuité dans la chaîne entre les chevaux siau-' vages préhistoriques des pampas de FAmérique du Sud et ceux qui, tout aussi sauvages, foulent en ce moment les mêmes terres ? Nous savons bien qu'oâ: fait descendre ces derniers de chevaux espagnols, mais on Ta fait, pour les besoins de la cause, parce qu^on était con-^ vaincu qu'il n'y avait pas eu d'autres chevaux qu« ceux importés.
Du reste, mâme ceux qui ont donné cette explication, n'en étaient pas si sûrs que cela^ ainsi' que le prouve les derniers mots du passage de d'Âzara, l'auteur de Phypothése en question.
« Don Pierre de Mendoza, dit d'Azara (1), venu avec une flotte, fonda en 1535, la cité de Buenos-Ayres. Elle se dépeupla bientôt après, parce que les habitants passèrent au Paragay,
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(1) ÂZARAf Essai sur UKisloire des quadrupèdes du Pa» raguai/; Paris, 1801, tome II, p. 296.
mais d'une manière si incommode, si précipitée, qu'ils ne purent emmener avec eux toutes leurs juments qu'ils avaient tirées de l'Andalousie et de rile de Téneriffe et qu'ils se virent obligés d'en abandonner plusieurs.
c Don Jean de Garay, rétablit Buenos- Ayres de nouveau, le 11 août 1580, avec soixante habitants du Paragay, qui y trouvèrent déjà un assez grand nombre de chevaux sauvages provenus de ces juments (?) et ils entreprirent de dompter ceux dont ils purent s'emparer. Des agents de la fiscalité s'y opposèrent en prétendant que ces chevaux devaient appartenir au roi et cet incident donna lieu à des actes judiciaires. J'ai vu dans les archives du Paraguay, le jugement qui, en 1595, déclara la prétention du fisc injuste et décida que les conquérants devenaient les propriétaires des chevaux sauvages dont ils parvenaient à se rendre maîtres.
« Telle est l'origine de l'innombrable quantité de chevaux sauvages qui existe dans le sud de la rivière de la Plata, qui s'est propagée jusqu'au Rio-Négro et même dans toute la terre des Patagons, à ce que l'on prétend. »
Qu'on remarque bien cette fin de phrase de d'Azara : •A ee que Pon priund... » qui prouve qu'il n^est pas aussi sûr que cela de ce qu'il avance sur l'origine des chevaux sauvages américains actuels.
Les chevaux sauvages de l'Amérique du Sud ' portent le nom de Mttstangs et voici les caractères que leur donne Brehm : c Leur
taille est moyenne; ils ont une tâte grosse, des oreilles longues, les jointures épaisses. La tête et le tronc sont assez bien conformés. Leur pelage est long en hiver et court en été. La crinière et la queue sont toujours courtes et peu tou£Eues — (ces caractères sont bien ceux de tous les chevaux sauvages qu'ils soient d'Asie ou d'Amérique). — Dans quelques fermes seulement on en trouve qui ressemblent à leurs ancêtres (espagnols).
Chevaux de rAmériqae du Sad. -* < Ils ne
le cèdent pas en vitesse aux chevaux Andalous et ils leur sont bien supérieurs pour résister à la fatigue. Renggev assure avoir parcouru souvent, sur un de ces chevaux, huit ou même seize lieues au galop par la grande chaleur sans que l'animal s'en ressentit. »
On prend ces chevaux au lazzo, puis on les dompte ensuite.
Outre ces chet^aux complètement sauvages, il y en a d'autres peu différents comme conformation et comme aptitudes, qui sont évidemment de sang-mélô et qui s'élèvent à l'état demi- sauvage dans de grands enclos, fermés de cinq ou six fils de fer tendus entre des poteaux, que possèdent les grands propriétaires de la Plata, de l'Uruguay et des autres provinces du Sud. Nous avons donné dans le journal V Eleveur, l'année dernière (1894), des renseignements sur l'élevage des chevaux dans l'Uruguay où on les appelle Criollos, par un de nos amis, régisseur d'une grande propriété
(Jaofl ^ Plata; nous répèteroxij^ ki ce qu'il naus disait de ces races de chevaux, tout ea faisant ob&erver, qu'imbu de l'idée courante, il s'eSbrce à en rechercher l'origine pure européenne, comme on le voit.
« Il est assez difficile d^avoir des renseigne* menta exacl^ sur l'introduction des chevaux en Uruguay, après la découverte de ces pays ; mais^ d'après les nombreux types que j'y ai étudiés et qu'on nsi'a assuré être des « oriol-^ hs » purs, je crois pouvoir affirmer qu'il y a eu un mélange du cheval arabe, du cheval barbe et du cheval andalou. J'ai vu des che-^ vaux criollos purs, ayant absolument les ca^ raetéres spécifique» du cheval arabe, frontaux Larges et plat^ arcade orbitaire saillante, i^Sr&aseaux rectilignes ou en voûtes urbaissée, arcades inoisives petitea, profil droit dépassé par Tare sourcUierv
a D'autres crioUospurs ont, comme te cheval bar^ les frontaux bombés et les sus-nasaux continuant d'abord la courbe des frontaux, puis formant une courbe dana l'autre sens et redevenant ensuite convexes; bref le profil en S.
« Il y a enfin des chevaux crioUos présentant ateolumjent la tête busquée, duj cheval Qior^ mand ou andalou.
a On trouve aussi dans les crioUos purs des mélanges de deux ou trois de ces types.
a le cheval criollo n'a donc pas de cara^tèi^s spécifiques bien définis et fises, maia dans lee cai^act^re^ lootechnîques gtoéraux on trouve
plus d'homogénéité, due à Tinfluence du milieu (climat et élevage).
«Ces caractères sont : taille n'atteignant qu'cxceptionHellemcnt 1*50, descendant sourent au-dessous de I"35, moyenne d'environ I*38à 1*43. Le corps est généralement fort, le ventre gros, Tencolure courte, quoigue grêle, souvent en col de cygne, la tête longue et forte, les oreilles sont longues et poilues, 1» crinière fournie, la queue longue ei épaisse, les membres secs, fins et grêles sont souvent pourvus depoiis, les sabots sont petits et secs. Lés chevaux présentent des robes de toutes nuances où dominent les claires. Quand je vins en Uruguay, je fus frappé de la variété de couleurs des robes. Le poils rouge surtoul passe des nuances les plus jaunes au plus brunes. Les robes pies sont très nombreuses aussi, ainsi que les balzanes haut-'Chaussées et les larges listes en tète. Le noir est rare, et encore n'est- il jamais franc ou brillant comme le noir jais.
« Il y a un grand nombre de termes indigènes pour désigner les différentes variétés de couleur, et la moindre particularité est désignée spécialement dans le terme général de la robe.
« En résumé le cheval eriollo est un petit cheval, très vigoureux, joli en action, mais n'ayant rien de beau au point de vue du type idéal du cheval. Il a des qualités mo)*ales qu'il serait injuste de passer sous silence. De tempérament plutôt nerveux, il est très ardent et courageux et offre une résistance Incroyable à
la fatigue. Sans parler des longs voyages que font les gauchos sur leurs chevaux, je citerai une course que j'ai faite avec un petit cheval de 1" 39, que j'avais payé 60 francs (prix moyen, plutôt inférieur, aes bons chevaux). Ce poney m*a fait, au galop, 60 kilomètres, avec une demi-heure de repos à moitié route, en 4 heures li2, sans que j'aie eu besoin de le pousser de la cravache ou de Téperon.
Certainement en arrivant d'Europe je n'aurais pas osé prendre ce cheval pour faire seulement une lieue de galop, tellement il paraissait malingre et faible, surtout sachant que ce cheval n'avait, comme nourriture variée et riche, que l'herbe du campo, comme abri que les poteaux et les flls de fer dés alambrados (ou clôtures]. L'autre jour j'ai fait avec un vieux cheval de dix-sept ans 25 kilomètres en une heure un quart à travers des campos pierreux et secs, ce qui fait souvent souffrir les sabots non ferrés des chevaux. Je pourrais multiplier les exemples ; il y en a de beaucoup plus frappants et curieux; on m'a souvent montré des chevaux qui avaient l'habitude de faire lOQ et 120 kilomètres par jour; quand ils arrivent à Pétape de nuit on les lâche dans un potreros (enclos) pelé, où le pauvre animal passe sa nuit à arracher les quelques herbes qu'il rencontre.
D'après Darwin, qui a voyagé beaucoup sur les bords de La Plata, on chasse les chevaux dans ces régions pour se procurer leur peau et leur chair. Buenos-Ayres est
éclairée avec un gaz tiré de la graisse des chevaux tués uoiquement pour Texploitation de leur graisse et de leur peau.
En guerre, les troupes envoyées dans les expéditions lointaines emmènent avec elles des troupeaux de chevaux comme provisions ; on les préfère aux bêtes à cornes, car ils permettent aux corps d'armée plus de rapidité.
Outre les chevaux sauvages connus sous le nom àe Mustangs et les chevaux demi- sauvages appelés CrioUoSj dans TUruguay et les pays voisins— (lesquels Griollos sont en grande voie d'amélioration par l'introduction d'étalons européens et surtout français qui se fait journellement), — il y a, dans les grands centres, des chevaux d'équipage très voisins des pursang anglais. Il y a même une société de courses à Rio-Janeiro, et des éleveurs chez lesquels le fameux Ormonde a fait en 1893 une courte apparition : Ormonde est le célèbre étalon de pur-sang, fils de Ben dfOr et petit-flls de Doncaster qui, bien que corneur, fut payé par un milliardaire des Etats-Unis la jolie somme de 750,000 francs.
Nous ne nous étendrons pas davantage sur les chevaux de l'Amérique du Sud et passons à ceux de l'Amérique du Nord.
Chevaux de l'Amérique du Nord. — ^ Il y
a dans les grandes plaines incultes du Far- West de grandes bandes de chevaux sauvages comme dans les pampas de l'Amérique du Sud ; ainsi que ces derniers, ils sont regardés
comme descendaîiis de chevaux espagtiols abandonnés après la conquête du Mexique. Ils sont chassés et pris au larao par les Peaux- Rouges qui les domptent pour en faire des chevaux de selle, quand ils ne les tuent pas pour les manger. La condition des cheTaux, chez ces sauvages, est bien misérable et ils succombent souvent aux mauvais traitements. Chez les Indiens, dit Brehm, comme chez les Bédouins du Sahara, les chevaux sont souvent cause de bien des combats sanglants. Celui qui n*a pas de cheval cherche à en voler. Chez les Peaux-Rouges le vol des chevaux est une chose honorable. Des bandes de voleurs suivent souvent pendant des semaines et même des mois une autre tribu ou une caravane, jusqu'à ce qullsf trouvent une occasion favorable pour lui enlever tous les chevaux de selle.
Ces chevaux ne sont pas beaux, mais ils ont des qualités morales remarquables. Voici comment en parle le célèbre naturaliste américain, Audubon (1) :
« Pendant ma résidence à Henderson, je fis la connaissance d'un gentleman- qui revenait de visiter les contrées voisines des sources de la rivière Arkansas. Là, il avait acheté un cheval sauvage, tout récemment capturé.
L'animal n^était pas beau, tant s'en fallait ; il avait une grosse tête avec une proéminence
(1) AoDuBON. — Scènes de la nature dans les États- Vnts, Paris 1859, t. 11, p. iW.
oon^iolérablc au milieu da front ; m, criaiére épaisse et en désor Jre iui peodait du cou sur la poitrine^ et sa queue^ trop peu touruie pour qu'oa put la dire oodoyante l)alayait presque la terre ; mais eu reTaache, il avait un large poitrail, des jambes fines et Derveu^es, et ses yeux aussi bien que ses oiseaux anuonçaieût du feu, de la vigueur et beaucoup de fond. Il n'avait jamais été ferré et, bien que surmeoé pendant un long voyage qu'il venait de faire» ses noirs sabots n'étaient nullement endommagés. 8a couleur tirait sur le bai ; ses jambes, d^une teinte plus foncée, se rembru* nissaient peu à peu jusqu'à devenir en bas presque noires. Je m'informai du prix qu'il pouvait valoir chex les Indiens O.^ages et le propriétaire actuel me répondit, qu'attendu que l'animal n'était âgé que de quatre ans, il lui avai^ fallu donner pour l'avoir, avec le bois de la selle et le harnais en peau de buffle, divers articles équivalent à environ trentecinq dollars. Il ajouta qu'il n'en avait jamais monté de meilleur, et ne doutait pas que, bien nourri, il ne fit faire pendant un mois à son homme de 35 à 40 milles par jour ; du moins c'était de ce train que lui-même il avait voyagé sans lui laisser prendre d'autre nourriture que l'herbe des prairies et les roseaux des basses-terres. Seulement, après avoir traversé le Mississipi à Natchez, il lui avait donné du blé. — Maintenant, dit-il, que j'ai fini mon yojikg^j je n'en ai plus besoin et je voudrais le vendre. Je pense qu'il vous Conviendrait
pour un bon cheval de chasse ; il porte très doux, ne se fatigue pas et est ardent comme je n'en ai guère vu. — Je cherchais précisément un cheval ayant les qualités qu'il me vantait dans le sien et je lui demandai si je pouvais ressayer. — L'essayer, monsieur, mais très bien, et si vous voulez le nourrir et le soigner libre à vous de le garder un mois. — En conséquence, je fis mettre le cheval à l'écurie et me chargeai de sa nourriture.
« Deux heures après, je prenais mon fusil, enfourchais le coursier de la prairie et partais pour les bois. Je ne fus pas longtemps sans m'apercevoir qu'il était très sensible à l'éperon, j'observai de plus qu'en effet, il marchait parfaitement sans se fatiguer et sans incommoder son cavalier. Je voulus tout de suite m'assurer de ce que je pourrais en attendre dans une chasse au daim 6u à l'ours en le faisant sauter par dessus une souche de plusieurs pieds de diamètre. Je lui rendis les rênes, pressai ses flancs de mes jambes sans employer l'éperon et Tintelligent animal, semblant comprendre qu'il s'agissait pour lui de faire ses preuves, bondit et franchit la souche aussi légèrement qu'un élan. Je tournai bride et le fls sauter plusieurs fois de suite et j'obtins toujours le même résultat. Bien convaincu maintenant qu'avec lui je n'avais à craindre aucun obstacle de ce genre à travers bois, je résolus d'éprouver sa force et pour cela me dirigeai vers un marais que je savais bourbeux et très difficile. Il entra
dedans en flairant Teau comme pour juger de sa profondeur ce qui indiquait une prudence et une sagacité qui me plurent. Ensuite je le conduisis en différents sens tout au travers et le trouvai prompt, sûr et décidé. Sait- il nager? me demandai-je, car il y a d'excellents chevaux qui ne savent pas nager du tout, mais qui se couchent sur le côté comme pour se laisser flotter au courant, de sorte qu'il faut que le cavalier lui-même se mette à la nage en les tirant vers la rive, si mieux il n*aime l'abandonner. L*Ohio n'était pas loin, je le poussai au beau milieu de la rivière et il commença à prendre obliquement le fll de Teau, la tête bien élevée au-dessus de la surface, les naseaux dilatés, mais sans renifler. Il se laissa mener dans tous les sens, et le trouvant tout à fait à mon gré, je regagnai le bord où il s'arrêta de lui-même et se détira les membres en se secouant de façon à me faire presque perdre la selle. Après quoi, je le mis au galop pour revenir à la maison; je tuai un gros dindon sauvage dont il s'approcha comme s'il avait été dressé à cette chasse et qu'il me permis de ramasser sans descendre. »
Après avoir fait l'acquisition définitive de ce cheval, qu'il avait nommé Barro^ du nom de son premier propriétaire, Audubon raconte toutes les prouesses qu'il fit avec lui, entre autres un voyage de plus de huit cent lieues, d'Anderson à Philadelphie, en faisant quatre mille à l'heure ; puis toutes les preuves de résistance qu'il donna et de supériorité.
sur d'autres chevaux do bien plus doble appa* rence. Bref, il arriva à conclure avec sôû ami Skinner, de Baltimore, directeur du Sporting Magasine, que l'introduction dans leur pays de cette espèce de chevaux des prairies de l'Ouest devrait servir généralement à améliorer leurs races, et, s'il en juge d'après ceux qu'il a vus, il pense que certains d'entre eux pourraient devenir propres à la course.
Datis le milieu de ce siècle, les AméricâiQS du Nord, par suite du développement considé» rable de leur agriculture, éprouvèrent le besoin d'avoir une race de chevaux de gros trait et ils s'ingénièrent à la créer en prenant surtout pour souche notre cheval pey* cheron.
Les premiers chevaux français qui traversèrent l'Atlantique furent exportés en 1839 par un M. Edouard Harrls, de New Jersey. Il emmena un étalon et une pouliche. L'étalon lut baptisé Philippe-Égalité et eut un fils qu'on appela Louis -Philippe. Ce Louis* Philippt fut un des plus beaux produits de son époque et il a laissé toute une lignée de chevaux qui ont été côtés très haut.
Ce qu'il y a de piquant, c'est que Aom^ ans plus tard, en 1851, un M. FuUington vint à son tour en France acheter un* poulain qu'il surnomma bravement Louis -Napoléon. Ce pou« lain prince-président rapporta plus de cent cinquante mille francs à son propriétaire» Il a laissé des descendants qui étaient encore^
trente ans après, les rivaux les plus redou* tables de ceux de Louis-Philippe.
C'est surtout vers 1880, que Fimportation en Amérique des chevaux percherons est devenue active. Chaque année, vers le mois de juillet, les maquignons Yankees, s'abataient sur nos campagnes percheronnes et, à beaux écus sonnants, enlevaient les plus remarquables produits de la ré^on. Ils les payaient en moyenne une dizaine de mille francs et les revendaient quatre fois plus aux éleveurs du Kan^s, du Michig^n, du Yisconsin et du Mineso4a.
C'est de préférence aux concours de Nogentle-Rotrou que les éleveurs américains faisaient leurs achats. Ils se guidaient d'après le Stud-book du Perche, lequel établit, comme on sait, que, seuls, les chevaux nés dans le Perche, de parents percherons, pett* vent être inscrits au registre matricule de la région. En un mot, pour figurer dans l'armoriai chevalin, il leur faut tous leurs quartiers de noblesse.
Un éleveur de Tlllinois, M. Marck Dunham, est venu ainsi régulièrement en France pendant une vingtaine d'années visiter nos concours régionnaux. Ses propriétés ont une étendue fantastique ; pour en donner une idée, il nous suffira de dire qu'il mettait à la disposition de chaque étalon qu'il achetait un petit sérail composé d'une quarantaine de gracieuses et fringantes pouliches : or, comme chaque année il emportait près de trois cents perche*
rons, ses haras contenaient parfois plus de vingt mille bâtes !
' Du croisement des étalons percherons et normands et des frêles et délicates cavales du nouveau-monde, est sortie une race merveilleuse qui, maintenant, se reproduit par ellemême, car, depuis quatre ou cinq ans, les éleveurs américains ne viennent plus chercher d'étalons percherons en France, après avoir écrémé tout ce qull y avait de mieux et exposé ainsi notre bonne race percheronne à une dégénérescence presque certaine. Heureusement qu'elle s'est promptement relevée des rafles américaines.
. Il y a donc maintenant en Amérique, une race perckeronne'américaine.
Les mêmes raisons qui engagèrent les Américains du Nord à créer une race de cheval de gros trait, les incitèrent à créer une race de trotteurs très vites, pour leur permettre de parcourir rapidement leurs immenses propriétés.
Pour créer les trotteurs, les Américains recherchèrent les meilleurs, c'est-à-dire les plus vites et les plus résistants ; les marièrent entre eux et fixèrent dans leur nature cette admirable aptitude d'une rapidité au trot vraiment extraordinaire et d'une utilité pratique immédiate. Le pur-sang est entré comme élément dans la formation de cette famille de chevaux, mais seulement comme élément.
Le trotteur américain, disent Mohl et Gayot, est de taille peu élevée^ long de corps,
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défectueux dans sa croupe et est moins régulier de formes que le trotteur de Norfolk ; il a plus de sang que celui-ci et trotte plus vite. La marche en est plus rapide, mais il se désunit souvent et quelquefois prend Tamble, allure plus douce et moins fatigante pour le cavalier.
Les Américains mettent un soin infini dans réducation, le perfectionnement et la préparation de leurs trotteurs ; des sociétés organisent des courses avec paris considérables et les sujets exceptionnels se vendent des prix fabuleux, ce qui entretient une grande émulation. Le gouvernement américain favorise ces luttes de tout son pouvoir en prohibant leis courses plates au galop.
Les parties de l'Amérique où l'on élève le mieux les trotteurs, — nous apprend notre confrère belge, M. Gobbels, établi dans l'Ohio, — sont, en première ligne, Flndiana etTIUinois, puis viennent le Missouri, Touest de l'Ohio et enfin le Kentucky, pays de gras pâturages que Ton appelle blue grass région (région de rherbe bleue). C'est à Terre-Haute (Indiana) et à Chillicote (Ohio), que se trouvent les champs de courses de trotteurs les plus renommés.
L'entraînement du trotteur commence à un an, mais en général ce n'est qu'à deux ans qu'il est appelé à développer tous ses moyens. L'entraînement comprend de très longues pro* menades de 30 ou 40 milles, mais pas d'exercices violents. Comme nourriture, en moyenne, un galon (4 litres 1/2} d'avoine par jour, dont
on diminue la quantité avant la course ; du foin de bonne qualité bien secoué et nettoyé et, deux fois par semaine, un masch de maïs concassé, de son, de farine d'orge, donné très chaud.
Les voitures, ou sulkys, de course sont extrêmement légères, à roues de bicyclette, avec pneumatiques. Il y a des sulkys à quatre roues pour deux chevaux, à deux roues pour un seul cheval et même à une roue seulement.
Outre le harnachement ordinaire, le cheval est enrèné par une deuxième bride dont les montants se réunissent sur le front à une courroie unique qui passe entre les deux oreilles et vient se fixer au collier. Par cet enrénement, le chanfrein est plus relevé et le cheval respire plus librement, disent les Yankees.
Il y a en Amérique des chevaux trotteurs (trotters) et des ambleurs (pacers). Ils ne con* courent jamais qu'entre eux, chaque catégorie à ses champions ; nous donnons les portraits des plus vites.
Les prix de vente de certains étalons trot-« teurs sont fabuleux. Dexter s'est vendu 500.000 dollars (2,500,000 francs).
Gomme indication de la valeur des trotteurs ordinaires, nous dirons que le 30 janvier 1891, il s'est vendu, à New- York, 122 trotteurs envoyés par le sénateur Stanford, de Washington, et élevés par lui.— Une vente analogue a lieu du reste chaque année. — La moyenne des prix payés a été de 5,300 (1,500 fr. de moins
que rannée précédente). Les plus hauts prix ont été atteints par les descendants de Selec^ tioner qui n'a pas peu contribué à rendre le nom du sénateur Stampfort célèbre. Vingt descendants de cet étalon fameux ont été vendus 250,000 francs et l'un d'eux 37,000 francs. La vente totale a produit 640,000 francs.
Maintenant, à propos des chevaux américains, voici ce que nous venons de lire, dans les journaux quotidiens, il y a quelques jours (premiers jours de septembre 1895) :
« Avec le progrès des arts mécaniques ^ rhomme en arrive à négliger sa « plus noble conquête». Ilparaît qu'aux Etats-Unis notamment, le prix de vente des chevaux diminue de plus en plus, l'offre surpassant la demande. C'est à la Liberté que nous empruntons cette information :
a Kn effet, il y avait aux États-Unis 16 millions de chevaux dont la valeur, comparée à ce qu'elle était il y a dix ans, a baissé de 65 0/0.
a Tout naturellement, le cheval vaut moins cher parce qu'il est moins demandé, ei il est moins demandé parce qu'il n'es; plus employé pour le service des véhicules publics, qui marchent à la vapeur et à l'électricité.
« D'autre part, les particuliers s'étant pris de passion frénétique pour la bicyclette, ont délaissé aussi le cheval. Il s'est vendu là-bas 200,000 bicyclettes en 1894; il s'en vendra peut-être 300,000 en 1895. Beaucoup de personnes préfèrent une machine qui ne mange pas, à un cheval qu'il faut nourrir. »
Nous n'en sommes pas encore là sur le continent, et pendant longtemps encore, espérons-le, nous aurons à nous occuper du cheval.