‹ Le cheval et ses races; histoire des races à travers les siècles et races actuellesChapitre 13 sur 17 · XI. -^ LES CHEVAUX RUSSES · texte numérisé non relu

XI. -^ LES CHEVAUX RUSSES

Beaucoup d'auteurs, entre autres Mohl et Gayot, parlent de la race russe et la regardent comme incarnée dans le cheval cosaque, et cependant, dans Timmense empire des Gzars où les races humaines sont nombreuses^ les races de chevaux le sont encore plus. Â une exposition de Moscou, qui eut lieu en 1873, les chevaux y formaient les quatorze classes suivantes :

lo Pur-sang anglais et arabes.

2^ Chevaux de selle de demi-sang.

3» Trotteurs Orloff.

4* Chevaux de voiture.

5* Carabahs (chevaux de selle croisés d'arabes et de Tourkmens.

6o Tourkmens.

T Chevaux du Don (de la cavalerie irrégulière des Cosaques du Don).

8» Chevaux de charrette.

9*» Voitugs.

W Finlandais.

11* Sinonds.

. 12*» Bachkirs.

13* Poneys.

14^ Chevaux du Caucase.

Le nombre de chevaux, pour toute la Russie, peut être approximativement évalué, dit Brehm, à 20 millions de tête, dont 60,000 juments employées à la reproduction dans les haras et près de 400,000 dans les steppes. Le

reste de la production annuelle, soit près de 84,000 tètes, provient de juments appartenant aux paysans.

Les propriétaires fonciers de la Russie comprennent un très grand nombre de gentils* hommes campagnards qui vivent sur leurs terres, très fiers de leurs chevaux, de leurs lévriers, de leurs grands chiens Joups, s'adonnant à tous les sports de la campagne et en particulier à la chasse, à Téquitation et à relève des chevaux.

Pendant longtemps encore, l'élève du cheval sera une nécessité en Russie, car la seule manière de voyager est, en voiture en été et en traîneau en hiver, et, pour parcourir les longues distances qui séparent entre elles les maisons de campagne, les villes et les villages, il faut des chevaux ayant de Tallure et de la résistance.

On compte jusqu'à 460 foires aux chevaux en Russie, dit Youatt ; ces foires ont lieu dans 140 localités et un total de 270,000 chevaux y sont vendus annuellement pour la somme de 12,000,000 de roubles d'argent, ce qui fait en moyenne 45 roubles d'argent par tête.

Les gouvernements de Tambov, Voronègc, Kharkow, Poltava, les gouvernements du Sud, le pays des Cosaques du Don, et les Steppes des Kirghises possèdent des richesses inépuisables sous le rapport de la population chevaline.

Il y a une centaine d'années que la noblesse russe commença à importer des chevaux de sang anglais pour croiser avec les juments

rnsses et, depuis, ces importations ont toujours continué parce que les résultats en ont été excellents.

Parmi tous les chevaux russes, une race se distingue des autres, c'est celle des Trotteurs, ou trotteurs Orloff. Voici comment cette race fut constituée, diaprés S. Sidney, l'auteur du Livre ékt cheval, déjà cité :

Alexis Orloff, l'amant de la grande Catherine, reçut en cadeau d'un pacha turc, un cheval barbe, SmoUnska, dont le squelette est conservé au musée Orloff. Ce fut la souche d'un haras que le comte monta en 1700 avec les éléments suivants, dans sa propriété de Krenothan :

Etalon! Juments

Arabes 12 10

Turcs 1 2

Anglais 20 32

Hollandais 1 8

Persans 3 2

Danois. ... 4 1 3

Meklembourgeois. ... » 5

De SmoUnska et d'une jument danoise il eut Volcauj qui fut le père de Barss hors d'une jument hollandaise. Barss montra d'ex« traordinaires qualités pour le trot, et tous les trotteurs russes modernes tirent leur origine de lui et des fils de SmoUnska hors de juments anglaises ou arabes. Le comte Orloff obtint aussi d'Angleterre deux fils i'Eelipse, deux fils d'Highflyer et les gagnants du Saint- Léger en 1798 et du Derby en

1794, Tarta et Dadalus, sans compter beaucoup d'autres. La race des trotteurs ainsi créée devint un type distinct au bout d'une trentaine d'années, et, ce qui est curieux, c'est que, depuis cette époque, tous les essais pour améliorer la race par un nouveau sang, soit arabe, soit anglais, soit français, ont toujours échoué. — On le croise cependant maintenant avec les trotteurs américains.

Le comte Alexis ne vendait aucun de ses étalons, et, par testament, il prescrivit la continuation de la même mesure. Mais cette défense fut levée en 1845, lorsque le gouvernement acheta, de la fille et héritière du comte, le haras de Krenothan.

Depuis cette époque, la race des trotteurs Orloff s'est vulgarisée au point qu'il n'y a pas moins de 1,600 haras particuliers et de 50,000 juments qui produisent des trotteurs Orloff ou russes.

Les trotteurs russes ont beaucoup d'analogie de conformation avec le pur sang anglais, ou plutôt avec les hunters, et cela se comprend quand on connaît leur origine. Ils ont la croupe et les cuisses plus nourries que le pursang, ainsi que les avant-bras et les jambes; c'est la conséquence de la gymnastique particulière à laquelle ils se livrent depuis une série de générations, en sorte que cette conformation est à la fois acquise et héréditaire. Leur robe est variable : il y a des bais, des alezans et surtout beaucoup de gris. Les meilleurs trotteurs font les 3 verstes en quatre

minutes et demie, c'est-à-dire la verste (1,067 mètres) en une minute et demie. La moyenne est loin d'atteindre ce chiffre.

Les trotteurs Orloff sont moins estimés qu'autrefois au dehors de la Russie, parce que la beauté de Faction est en général plus estimée que la vitesse de ï'alïure ; et puis les trotteurs américains, qui ne sont pourtant pas plus yites, les ont fait mettre au second plan.

Outre les trotteurs Orloff, qui sont des chevaux de voiture, il y a les bidets Orloff pour la selle. Ils descendent aussi de 5mo« lemka et d'un autre barbe nommé Sultauj croisés avec des juments anglaises ou anglo-arabes. Suivant les auteurs russes, ils réunissent les bonnes qualités de leurs parents, et, sans égaler les chevaux anglais en rapidité, ils les dépassent en beauté, en santé, en docilité et surtout en rusticité et en aptitude aux divers services de Tarmée. Comme les trotteurs, ils ont conservé leur type, malgré les introductions de nouveau sang anglais ou arabe qui ont été essayés sans succès.

tJn correspondant du Times lui écrivait le 1*' février 1873 :

« Les chevaux russes sont étonnants au point de vue de la constitution et de la rusticité. La cavalerie cosaque restera en bonne condition, même si les chevaux n'ont à manger que les pousses des arbres, et, d'après ce que j'ai vu, je pourrais dire que les chevaux de traîneaux et de voitures de Saint-Pétersbourg sont les plus merveilleux du monde. Ici on ne renvoie

jamais, comme à Londres, les voitures quand elles vous ont conduit à un diner ou au théâtre; elles attendent des heures et des heures, par 15 ou 20 degrés de froid, après que les chevaux ont été échauffés par une course rapide. Les cochers, d'après ce que j'ai pu en voir, ne promènent pas leurs chevaux au pas de long en large pendant l'attente, mais restent tranquilles à la porte ou vont à leur rang. Et ils ne paraissent pas attraper de mal, car on en voit rarement d'enrhumés.

L'exposition ethnographique russe qui s'était installée au Champ de Mars au mois de mai dernier, — et qui, entre parenthèse, n'a pas fait de brillantes affaires, — avait amené, outre de nombreux chiens (lévriers, briquets, esquimaux), une centaine de chevaux de selle et d'attelage qui avaient la prétention de représenter les diverses races hippiques de la Russie. Nous savons, par une de nos aimables lectrices (M"' K.), de nationalité russe, qui aime beaucoup les animaux, les connaît, et qui possède elle-même un splendide attelage de chevaux noirs de son pays, nous savons, disons-nous, qu'il était loin d'en être ainsi et qu'on aurait eu une idée très fausse de la beauté des chevaux russes, si on avait regardé ceux-ci comme des types de races : c'était en général des chevaux très communs, âgés, et assez mal choisis. Donc, après l'étude que nous avons faite des chevaux nobles, dans notre précédent article, nous pouvons avoir une idée des chevaux communs en étudiant ceux-ci.

Fio. 70, — Cheval du Caucase.

Parml les dix étalons, dits des haras impériaux, qui défilaient, il y avait, comme représentant les races de trait, un étalon gris pom** mêlé à queue et à crins blancs et abondants, âgé de dix ans, dans lequel, à n*en pas douter, le sang percheron dominait, et il aurait pa être vendu à la foire de Mondoublean comme indigène. Du reste, d'après ce que nous disait M"^ K., il y a en Russie, surtout dans les grandes villes, des chevaux élevés dans les provinces de l'ouest qui peuvent rivaliser pour la taille et la corpulence avec nos plus beaux boulonnais*

Gomme cheval de paysan, on montrait, attelé à une telega, à la fois tombereau et voi« tore de voyage, un cheval de race finlandaiu qui avait pour caractères : une taille ani*à&^ sous de la moyenne, le chanfrein camus, c'està-dire un peu creusé entre les deux yeux comme nos anciens bretons, les proportions assex élégantes; il était rabié, trapu et â memhres très bien faits et secs ; m robe était alezan brûlé poil de vafilie, c'est-à-dire À etbm blancs ou lavés.

dette couleur de robe est assez eonumme chez les chevaux russes; elle est oomomne surtout chez les poneys qui sont très nombreux dans les provinces voisines deia Polognaet de la Gallicie et qui, sauf les proportions, ^-* iis da mesurent souvent que i mètre 25 à 1 mètie 80 --* ont les mêmes caractères que le» chev»tz finlandais décrits plus haut. Du reste noufl «a voyons beaucoup en France de ces poneys

russes : la plupart de ceux qui circulent dans Paris ou en province attelés à des paniers, sont hongrois ou ont cette origine, — bien qu'on les baptise souvent chevaux corses, — et nous connaissons dans le voisinage du marché aux chevaux de Paris, plusieurs marchands qui ont pour spécialité de faire venir ces petits chevaux.

Les attelages en 7rolfta, soit pour la voiture, soit pour le traîneau étaient, au Champ de Mars, presque tous composés d'un trotteur placé au milieu, entre deux chevaux plus petits, toujours au galop et fortement renés, la tête en dehors, d'une façon qui nous a paru quelque peu barbare. Les trotteurs avaient beaucoup de vitesse et ne quittaient jamais leur allure.

Une troupe d'une cinquantaine de cosaques, ou plutôt de Therkesses du Caucase, représentaient plus ou moins exactement la cavalerie légère russe. Ils étaient montés en petits chevaux assez semblables à nos chevaux Ariègeois, très énergiques, ne paraissant avoir que deux allures, le pas et le galop. Généralement de robe baie ou châtain, ils avaient le profil un peu busqué, beaucoup de garrot, le dos de mulet, la croupe avalée et étaient presque tous sous eux du devant et du derrière. Malgré leur apparence défectueuse, ces chevaux du Caucase montraient, nous le répétons, une grande vigueur et une résistance étonnante.

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