‹ Le chevalier Beau-TempsChapitre 4 sur 18 · I.I-: ClIKN Al.li;i'. liKAI-TliMI'S · texte numérisé non relu

I.I-: ClIKN Al.li;i'. liKAI-TliMI'S

station à la gare de Naiitcrro, i^ous une pluie de fleurs d'acacias ; et le ])oau temps qu'il faisait toujours quand nous nous voyions, coïncidence heureuse qui m'a valu lo nom de : « (Ihevalier Beau- Temps; >' et notre dîner ù Ville- d'Avray avec Lucile! Pendant qu'ellt- écrivait une lettre que je devais emporter et mettre ù la poste en arri\ant à Paris, nous nous étions accoudés sur la jjalnstrade de la fenêtre; ta tête était appuyée srr mon épaule et de temps en temps le vent du soir faisait courir tes cheveux sur mon cou, ce qui me donnait des frissons adorables, quoique douloureux. Tn regardais l'étang tout rempli dherbcs, sur lequel la lune émiettait ses rayons. J'y penserai en mourant, à cette soirée-là. Et nos repas frauduleux chez toi, alors c[ue M. ]\... était je ne' sais où; nos transes alors qu'une sonnette lintait dans le quartier; nos grands travaux de jardinage et les beaux bouquets f|ue j'emportais; on me les enviait tout le long du chemin. Et ce baiser d'il y a quelques jours, sous un rayon de lune, dans

26 I,K CllKN AI.IKH HEAl-TK.MI'S

ton jardin, près de ce rosier-noisette; ce baiser qui dura assez longtemps pour que le dernier train fût parti quand j'arrivai à la gare, ce qui m'obligea de revenir à pied jusqu'à Puteaux ! Je lis le reste du chemin dans ime voiture de maraîcher qui s'en allait au pas à la Halle. Tu n'as jamais su cela; je ne m'en suis pas vanté, de peur de ^oir rogner une seconde aux baisers de l'avenir.

Maintenant que les dernières feuilles sont tombées, il faut dire au revoir à tout cela; tes répétitions vont absorber tes journées, et tu ne seras plus libre le soir. VA puis les succès vont revenir, qui effaceront tous ces souvenirs.

Oublie ces dernières lignes, elles sont impics et je m'en veu.v de les avoir écrites. 11 faut me pardonner, mais j'ai peur. C'est que je suis encore à me demander comment Dieu a permis que je fusse si heureux.

Bah! je vais, l'hiver durant, ruminer mes chers souvenirs, et quand reviendront les feuilles nouvelles, elles nous ramèneront de nouvelles

l.i: ClIKVAl.lKn lîKAl-TKMl'S

amours. Après tout, s'il fallait en mourir, do cet amour-là, j'en mourrais, et voilà tout!

Après-demain , je t'attendrai à la gare...

Ol.lVlFI!.

m: (:iii:\ai.ii;i{ ulai -tkmi's -j;!

Ma bonne chérie,

Qu'es-tu devenue hier soir? Tu devais être au n" 9 , mais la loge était vide. Le n° 7 était grillé de telle sorte qu'il était impossible de rien distinguer au fond de ce cloître. Y étais-tu? Je ne le crois pas, tu te serais montrée une seconde. Je suis resté à l'entrée de l'orchestre pendant « la Carmélite » et le premier acte du « Mariage sans conséquence. » ,Je suis allé dans le couloir, pensant que, fatiguée, tu sortirais peut-être; rien. J'ai cherché dans toutes les autres loges; rien. Je suis resté jusqu'à la fin sans en être récompensé.

30 i.E Cil E\ A LIEU BEAl-TKMl'S

Cela me tourmente beaucoup de penser que tu pourrais être souffrante sans que j'en pusse rien savoir. Je veux absolument croire que tu vas bien. Je vais m'appliquer, pendant nos vacances, à me bien porter, pour redevenir joli, joli; car il paraît que je suis moins beau de jour en jour, si je te crois.

Soigne'toi bien, chère aimée; je ne veux pas te voir pendant huit ou dix jours. Oublie-moi, mais tâche que ce soit au profit de ton rôle seulement, et n'en prends pas l'habitude. Enfin, pendant cette longue semaine, fais commo nioi, ne pense qu'à Marcelle.

(Jl.lVlKl!.

Je voudrais t'écrire des volumes, mais tu m'as recommandé de n'en rien faire.

Page 1