I.K CIIEVAI.IKK lŒ.U -TK.Ml'S
indifférence. Je ne lui pariai de l(»i ({ira[très jjien des hésitations.
— « Est-ce qu'on sait jamais comment elle va? C'est un Fantasio en jnpon, gai et charmant par aventure, triste et insupportable sans qu'on sache pourquoi. En ce moment, par exemple, elle ne quitte plus sa loge que pour entrer en scène ; h peine est-elle libre qu'elle s'y renferme de nouveau. Depuis cinq ou six jours, elle ne parle plus à personne et joue en dépit du bon sens. Il suffit que son perroquet soit malade où que R... lui porte sur les nerfs. Cela passera tout d'un coup. Venez ce soir au théâti'e ou je me fâcherai. »
Je promis à Lorely d'aller le voir et je te vis.
Tu ne me parlas pas d'abord. Chaque fois que j'allais vers toi, tu t'éloignais. Je remarquai cependant que tu ne remontais pas dans ta loge. Un moment vint oîi nous nous trouvâmes seuls dans les coulisses de droite. Tu t'approchas de moi et me dis avec un peu d'humeur :
l.K CIIEVAI.IER ni:U -TKMPS
« — Qu'êtes -VOUS donc devenu depuis huit jours? C'est miracle, vraiment, que de vous voir. Si vous tenez toujours ainsi vos promesses, je ne vous en fais pas mon compliment. »
Et comme j'allais m'excuser :
« — Que faisiez-vous hier soir à minuit? .l'ai passé sous vos fenêtres et n'y ai pas vu de lumière.
— r.ommiMit!.. vous savez où sont mes fenêtres?
— Ce n'a pas été sans peine que je l'ai su. A l'avenir, quand je vous dirai de venir, j'entends que vous veniez et que vous ne vous fassiez ]»liis désirer... (et tu ajoutas en souriant) comme si vous en valiez la peine. Je vous suis donc bien indiffi'rente?
— Et qui "VOUS dit que je ne cherche pas à fuir un sentiment tout opposé dont je comprends....
— Ne me dites pas de ces choses-là, vous devez savoir que je ne puis pas les entendre... »
ïu me fermas la bouche avec trois brins
LK CHKVALIKR Hli Al -TKMI'S
de rose que lu me laissas. Puis tu entras en scène.
Depuis ce Jour-là, que d'heures bénies!
Tu te rappelles nos coiu'ses furlives, le .<uir, à la sortie du théâtre, et les chemins insensés
que nous prenions au grand déplaisir des cochers ; nos promenades à travers les bois, précédées ou
LE CHE\ALIi:r. bblAl-TEMI'S
suivies de dincttcs à mourir de l'aim et de rire; ton refus de \isitcr mon appartement de garçon, et la trouvaille que je fis alors d'une chambre bien blanche dans un hôtel de Yille-d'Avray, et les féeries que nous y avons improvisées. Tout était, pour toi, le prétexte d'une joie, d'une surprise... ou d'un éclat de rire : le pain de campagne auquel tu trouvais une saveur de noisette, le vin du cru que tu sablais en te cramponnant à la table , les sentiers où nous trouvions des fleurs qui ne poussaient que pour nous , nos désappointements , nos colères, lorsque, au retour, quelque maladroit se permettait d'entrer dans notre compartiment. Avons -nous ri de\ant les deux images qui embellissaient notre sanctuaire : « L'amour fait passer le temps ; le temps fait passer l'amour ! » Et quelle fcte le jour où je t'ai présenté Don Carlos! » La connaissance fut bientôt faite. Dès qu'il te vit il fut à toi et posa ses grosses pattes sur tes épaules, ce qui te fit quelque I)eu chanceler. L'as-tu assez gâté, depuis ! Et notre