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Le chevalier Casse-Cow

Le carnaval de 1831 allait finir et le brouillard d'une triste soirée de février étendait sur Paris son voile humide.

La lourde façade de TOdéon apparaissait éclairée par les feux ternes des réverbères, et le toit d'ardoises du classique édifice se dessinait vaguement sur le ciel sombre.

Une longue file d'étudiants se déroulait sous les galeries de pierre, en attendant l'ouverture du théâtre. D'énormes affiches annonçaient la première représentation d'un drame romantique, et, aux bruits variés qui éreillaient les échos du paisible Luxembourg, on I *

pouvait juger de rimpatience de la foule. Rien ne manquait à ce tumulte insolite, pas môme le roulement précipité des voitures qui jetaient incessamment devant le péristyle des chargements de spectateurs empressés.

Les fiacres, 11 fout l'avouer, étaient en majorité, car on sortait à peine d'une révolution et le luxe n'avait pas encore repris droit de cité. Cependant, des équipages bien attelés débouchaient de temps à autre sur la place et, décrivrant une courbe savante, s'arrêtaient majestueusement au perron pour laisser descendre des dames empanachées et des cavaliers pavoises de larges manteaux.

Sous la colonnade, devant le vénérable monument, stationnait un homme qui semblait prendre plaisir à regarder ce brillant défilé.

Grand, maigre et planté sur de longues jambes, ce personnage avait la prestance jeune et la tournure dégagée. Sa mise tenait le milieu entre la toilette cor« recte d'un militaire en bourgeois et le costume bizarre des élégants de l'époque. Le corps serré dans une lon«» gue redingote pinoée à la taille et tombant jusqu'aux talons, la tête coiffée d'un immense chapeau évasé par en haut et retroussé des bords, il s'appuyait avec désinvolture sur une canne à bout tordu.

Quant à son visage, il offrait une frappante ressemblance avec le type si connu de DouQuichotte. Un long nez busqué, des joues creuses et un menton orné de la barbe pointue que les romantiques commençaient à mettre à la mode, lui donnaient une physionomie à la fois mélancolique et baroque; mais de grands yeux bruns, d'un éclat singulier et d'une douceur charmante, tempéraient l'aspect légèrement rébarbatif de ses traits

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