‹ Le chevalier Casse-CowChapitre 30 sur 52 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

ou l'on EEVIBNT a la eue FiROU,

Dans les vies les plus accidentées, il y a des heures calmes, de même que sur les mers les plus orageuses la tempête s'apaise parfois.

Le lendemain de celte journée que tant de péripéties avaient troublée, les habitants de la maison de la rue Fcrou s'étaient rassemblés au coin du feu, comme les barques chassées par le vent se réunissent dans le port après la bourrasque. Cette fois, c'était la salle d'armes de Cambremer qui abritait les épaves échappées à l'ouragan soufflé par l'affreux Biroulas.

Le chevalier Casse-Cou avait reçu chez Morillon les soins que réclamait son état, et, dès qu'il s'était senti en pleine possession de ses facultés physiques et morales, il avait repris le chemin de son domicile où, depuis le malin, on espérait son retour avec une fiévreuse impatience. 11 est inutile de décrire les transports de joie de M"' Mongis et de Marthe.

Après le départ de Paul Vernier, qu'elles avaient envoyé à la découverte, les pauvres femmes avaient passé par toutes les angoisses de l'attente. Vingt fois la jeune lille était allée ouvrir les fenêtres qui donnaient sur la rue pour écouter si elle n'entendrait pas ce roulement

Ifi CnSVALIBR CASSB-COU 6t

* lointain d'une Yoiture qui annonce le retour d'un absent. La veuve, plus maltresse d'elle-même^ se contentait de donner de temps en temps un coup d'œil à la pendule et s'efforçait de calmer les inquiéludes de Marthe par des raisonnements qu'elle formulait du bout des lèvres.

Il n'y avait pas jusqu'à la pauvre petite Bala qui n'exprimât à sa façon les craintes que lui inspirait le sort de son bon ami. Elle abandonnait de temps en temps ses joujoux pour sauter au cou de M"' Mongis, en pleurant à chaudes larmes, et cette douleur enfantine n'était pas faite pour rassurer ses protectrices. Aussi lorsque, vers minuit, le vigoureux coup de sonnette de Morillon était venu arracher ces dames à leur triste torpeur, il y avait eu grande émotion dans Tappartement du deuxième étage.

Le brave cocher venait annoncer le miracle auquel Francis Gambremer avait dû son salut et apprendre en môme temps aux excellentes voisines du chevalier que le héros de tant d'aventures les attendait chez lui. Brisé par la douleur et par l émotion, le pauvre Casse- Cou avait eu à peine la force de monter la première volée de l'escalier, et il avait fallu que Morillon le déshabillât et le couchât comme un enfant.

Ce fut au lit qu'il reçut les amies dévouées dont Texistence était désormais si étroitement liée à la sienne, et qu'il embrassa sa chère Baîa. Aux questions qu'on lui flt, Gambremer répondit en priant M"' Mon- ^s de remettre les explications au lendemain, mais il demanda aussi avec une singulière insistance qu'on envoyât sur-le-champ chercher Paul Vemier. Personne

^ n'osa contrarier les volontés d'un homme qui venait de subir, pour la cause de tous, de si terribles catastro-

pii^ss et les vîfeiteaëes se retirèrent Mt te pointb du ^iéd * pot^r laisser te chevalier jouir d'ua repas fort Héises^ saire.

MoHiion tes avait, du reste, ^éalaMeraent rassurées sur i'état da prisdnater ei heureuesment délivré. Oette robuste nature n'avait pas trop souffert d'ua Iriitement qui aurait tué bten des gens, ei^ sauf un ^u de •ufR)Cation, résultat inévitable de rapplicatroa trc^ prolongée du Milioû, Can^bremlsr n'épniuvuit aucun symptôme grave. «S^ulement^ la fatigue evuit produit chez lui un iiupérieus besoio de «ommeil et l'avait contraint à renvoyer lei^ affAires sérieuses «u moment où le kéveil, après une nuit répatutrice^ lui rendrai! tt^ute sa lucidité. Mais, en se tésfgnant à le laisser du«^ mir, M"'Mongi8 ti*eut garde d'oubliet* la recommanda^ tion suprême de son cher malade. Il avait exprimé et iV)fmeUement te désir de voir Paul que^ malgré l'fceu^e avancée^ et aussi fualgré iUds défiances à l^Btid^oit dû jeune homoke, te mère de Miirthe dépécha, sfauoe tenante^ uki messager.

• Cette mission de confiance échut uaturrilement A MoHtlon, et l'infatigable cocher s'était mis en routé pou^ te portie Saint-Denis, eans demander de plus akn^ pics explications; tl eut quelque |ieine à trouVéb te maison Où habitait M. Vernier> car M™* Umg^ ne savait pas exactement le taumél*oç mais enfin il y Hbssit et il vint frapper à te potit de te éhambl^te bù l'employé de M. Botisenna soutenait en oé motaient Un terrible combat avè^ sa Cônscièntié».

La s^ifprîse de Paul avait été gWndé en voyant ap^ paraître le braVe homme qui l'avait ôdndnît nagnèbé à la bârriét-e d'Ettltet», ^r il s'attendait à Unô tottt attti^ vii&lte, et, daM im. ttoubte-, fi a¥àil Mb diàiA %à p6éM

LE «RUTÀUBa GâMC-OM S9

le Y^Qta ée quatre mille fnuix» à moitié rempli. Mais lès hôuvèllès t)crè Mo>rillon lui ap^MHlAit étaient si gfaVés qu'elles lui avârent Ifait t»ublier les émoiiona par lesquelles i! Venait de {passer, ëàns plus s'inquiéteï* des tettibleft ôbiwèquewces de «a faute, Paul Vernie)* ÀVaît suivi son conducteur avec un empressement qû^expii(]^it siiffbamM^ât mn amitié pour le efaeva- Uer Cassé-Cou.

iPèndàUt lô trajet du boulevard à la me Férou, il avait tu 1b tenlps dé s'enquérir de^ détalis de la périlleuse odyssée de son proteéteUr, et^ quand il arriva che« M^* Môngis, elle n'avait plus rien h lui apprendre. L'accueil fut moins IVoid qu'il ne le éraîgnait et, quoique Marthe ne fût pas présente à l'entrevue, l'amoureux w félicita d'a\^ir gâgué du moîAs à tous ces événements le droit de reprendre pied dans la maison. Gassouàde^ n n'est pas besoin de lé dire, Cassonade n'était pas rentré, et, en son absence, ï*aul se trouvait là tout à poittt pour veiller sur Cambremer endormi. Aussi la veuve Vinstalla-l-ellô poûlf là Uuit dans la salle d'armes, Aon sans lui recommander d'être attentif aux besoins du chevaliei", qui reposait dàtts la éfaambre voisine.

Le jeune homme n^eut i>as de peine à rester vigilant, car il était trop agité pour avoir envie de dormir. Le remords, un InstâUl ûjî^âisé, lui rongeait lé cœur; il sentait approcher lé moment où il faudrait confesser une action honteuse, et céîâ devant les êtres qu'il respectait et qu'il aimait le 'pWi^ au monde après sa mère. Wus d'une fois, pendant cette veille qui lui parut bien longue, il eut envie dé se lever et de s'enfuir. Un sentiment indéfinissable, celte vague espérance qui îi* abandonne pas \\\ii liss lôoupables que ies malheureux, le clOUà sut té f^aAitéUil ûft il attendait le jouté

Il ne pouvait s'empêcher de penser que déjà une fois, à cette môme place, il avait voulu se tuer, et que la généreuse intervention du chevalier Tavait sauvé du suicide. Il songeait alors à se jeter encore une fois aux pieds de cet ami providentiel et à lui avouer tout; puis, il se disait que Gambremer serait sans doute plus sévère pour le joueur incorrigible qu'il ne l'avait été pour l'enfant entraîné dans une première faute.

La nuit se passa dans ces alternatives d'espoir et de découragement et, quand le malade se réveilla le matin, Paul Vernier n'avait encore pris aucune résolution.

Les premiers instants furent consacrés par le protecteur et le protégé à un échange d'amitiés aussi vives que sincères.

Francis se regardait presque comme le père de celui qu'il avait sauvé, et Paul avait voué au chevalier une affection toute filiale. Mais, après ces épanchements bien naturels, on en vint très vite à parler des sérieuses difficultés de la situation.

Gambremer, que sept heures de sommeil avaient remis en pleioe possession de sa lucidité et de son énergie, Gambremer alla droit au fait en commençant par mettre son jeune ami au courant des aventures de la veille.

Le récit fut court, précis et exempt de tout^ récrimination oiseuse. Paul comprenait que le chevalier Gasse-Gou ne lui parlait des dangers courus que pour en venir à lui exposer un nouveau plan de campagne, et il se trouvait bien petit en présence de tant de simplicité courageuse. Du reste, Gambremer ne le questionna point sur l'emploi de sa journée, par la raison qu'il ne se doutait nullement qu'elle se fût passée ailleurs que dans le cabinet de M. Bousenna»

Lfi CHÉVAtlEK CASSÉ-CÛt) 61

Ce fut un malheur, car peut-être, si son ami l'avait mis vir la voie des confidences, le jeune homme aurait ouvert son cœur. L'horrible perfidie de M. de Taulade était si apparente qu'il suffisait de raconter les scènes du dîner et du jeu pour expliquer bien des faiblesses. Mais la victime de ces machinations n'eut pas le courage d'aller au-devant des questions que le chevalier ne pensait pas à lui faire. On ne lui demandait rien ; il ne dit rien.

Gambremer, après avoir terminé son récit, pria Paul d'allumer du feu dans la salle d'armes, pendant qu'il allait se lever, et d'aller ensuite chercher M""" Mongis.

— Mon cher enfant, dit-il en lui serrant la main, nous avons à causer sérieusement, et c'est pour cela que je vous ai fait appeler cette nuit. Je ne vous ai pas tout dit; et je ne vous cacherai pas que maintenant j'aurai besoin de vous à tout instant.

Paul balbutia une phrase où il était question de son bureau et des exigences de son patron, mais le chevalier l'interrompit en disant d'une voix où perçait une vive émotion :

— Nous parlerons de cet homme tout à Theure.

L'employé de M. Bousenna n'était pas habitué à entendre son protecteur traiter si légèrement le devoir, et il s'étonnait qu'il lui conseillât de manquer l'heure du travail, mais il n'osa pas répliquer et monta chez M"* Mongis pour lui transmettre l'invitation de son voisin.

La veuve était sur pied depuis longtemps déjà et reçut Paul dans la salle à manger. Le déjeuner matinal avait dû être dérangé par son coup de sonnette, e^ l'amoureux regarda tristement la place que Marthe venait de quitter, probablement par ordre de sa mère.

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Il était tlait qu'on le tenait toujours en suspicion et qu'il avait encore bien des choses à faire pour rentrer en grâce. Cependant, il crut apercevoir à travers rentre-bâillement de la porte du salon la tête curieuse de Marlhe et il reprit un peu courage.

Si la jeune fille cherchait encore à le voir à la dérobée, c'est qu'elle ne lui tenait pas rigueur. M** Mongis le pria d'annoncer à Cambremer qu'elle allait descendre dans un instant, et lui fit comprendre par son attitude réservée qu'elle ne désirait pas prolonger l'entre v\iô.

Une demi-heure après, le conseil était réuni. Câ«bremer occupait un des coins de la cheminée, la mère dé Marthe lui faisait face, et PaulVemier s'était assis au rtiilieu. La conversation commença par des questions empressées sur la santé du vaillant chevalier, qtm ses amis retrouvaient plus fort et plus hardi après tàtit de catastrophes. Mais Cambk*emer avait hâte d'en vetiir à des choses plus sérieuses.

— Savez-vous, demanda-t-il sans autre préambule, savez-vous le nom du scélérat qui, hier, a voulu tut faire tuer par les bandits qu'il commande?

— Mais, dit M"*» Mongis étonnée, n'est-ce pas Biroulas?

— Peut-ôtrô, mais il se nomme aussi Bousenna. ^-

— Bousenna I c'est le nom du banquier chez lequel travaille M. Vemier.

— Mon patron I murmura Paul, stupéfait de cette révélation.

— Précisément, dit Cambremer sans s'émouvoir.

— Et qui vous fait croire?...

— Je vais vous le dire.

Là mère de Marthe ouvràft de grénâs yetik et se Aï^

mandait 8] son voisin avait conservé saraisoa. Le jeune homme ne s'attendait çoère non plus à pareille con&n dence, mais elle répondait bieo aux soupQons vagues qu'il avait conçus quelqutfois» et il écoutait de toutes ses oreilles.

— S'il me restait encore un doute, reprit le chevalier, je ne vous fatiguerais pas de mes conjectures dans un moment où il nous faut prendre un parti décisif, oi\ chaque heure perdue peut nous coûter la vie à tous. Mais, depuis hier, j'ai eu le temps de réfléchir, et maintenant je ne crois plus, — je suis sûr^

-* Mon Dieu! à qui se fier? dit tout has M""* Mongis.

— Pas à ce misérable, assurément, répondit Cambremer avec un sourire triste, et je vous félicite de ne pas lui avoir comme moi, confié des fonds,

— Mais je loi ai fait remettre hier quatre mille francs, s'écria la pauvre veuve.

— Gomment cela? demanda le chevalier très surpris.

— Par M. Vemier, qui s'est chargé de les verser pour moi. le voulais placer cet argent avant de partir.

-^ Et vous l'avez fait, Paul?

II s'écoula peUt-'étre cinq secondes entre cette question et la réponse qu'y fit le malheureux enfant; mais, si, dans ce court intervalle, réHK>tioa avait pu lui paralyser à tout jamais la langue, les événements qui suivirent auFaient été bien, différents.

Un « oui » faiblement articulé fut sa seule réponse. Pourquoi Tavait-il prononcé? Comment le souvenir de sa mère n'avait-il pas arrêté au passage ce mot fatal ? Quel vertige l'avait poussé à sceller ainsi son piactc^ avec^ le déshonneuv? il Q,e 1^ sut jamais luimême, car il y a dans la vie des momei^^. gù la parole

deyance la pensée, et la volonté n'avait été pour rien dans cette affirmation inconsciente.

— Allons! reprit Cambremer, il était écrit que ce monstre nuirait à tous ceux que j'aime; mais Paul ne pouvait pas deviner qu'un ancien correspondant de sou père commandait une bande de brigands.

— Et maintenant encore, je ne puis me faire à cette idée, murmura M"' Mongis.

— Au reste, perte d'argent est toujours réparable, et plût au ciel que nous n'eussions pas autre chose à craindre, mais j'espère que bientôt M. Bousenna sera hors d'état de nuire.

— Ainsi, c'est cet homme qui voulait tuer notre pauvre chère Bala, après avoir tué sa mère I dit la veuve enjoignant les mains. C'est lui qui voulait hier...

— Me faire jeter dans la Seine, dit Cambremer, et Dieu veuille que nous n'ayons pas à ajouter à tous ses crimes la mort de mon pauvre Cassonade.

— Ah! ce serait trop de malheurs à la fois et je ne puis y croire.

— Je saurai à quoi m'en tenir avant que cette journée soit finie ; mais, avant de vous expliquer ce que je veux faire, il faut que je vous dise comment j'ai acquis la certitude que Biroulas se cache sous la personnalité de ce prétendu banquier.

Paul Vernier avait la fièvre et, pendant que son protecteur parlait, il se figurait par moments qu'il l'entenr daitdans un rêve.

— Vous vous rappelez, continua Cambremer, l'ensemble du récit que je vous ai fait hier, quand ce brave Morillon m'a ramené ici...

Le jeune homme et M*** Mongis firent ensemble on signe affirmatif ,

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— Mais certains détails ont pu vous échapper et il y en a d'autres que je n'ai pas eu le temps de vous donner. Ainsi, je ne vous ai pas dit que, dans la Yolture, les coquins qui m'avaient bâillonné parlaient entre eux de leur chef. Ils l'appelaient le Vieux et ils ne se gênaient plus devant moi, car je devais mourir et mes indiscrétions n'étaient pas à craindre. Le Vieux était puissamment riche, disaient-ils, le Vieux avait le bras long, il était propriétaire de la voiture et des chevaux qui nous emmenaient. Tout cela se rapportât bien à M. Bousenna, opulent financier.

M*^* Mongis écoutait avec attention, mais elle ne pa* raissait pas absolument convaincue.

— Attendez! ce n'est pas tout.

Avant d'avoir subi leurs violences, quand j'avais en* core la bouche libre, j'avais exprimé des soupçons sur ce banquier, qui avait d'abord feint de pas me reconnaître et qui m'avait ensuite suivi partout dans la visite du garni de la rue Sainte-Barbe. Les drôles n'avaient fait que rire de mes paroles au moment où je les prononçais; mais ensuite, alors qu'ils me croyaient hors d'état de leur nuire, le chef dit littéralement ceci : « Je n'aurais pas été fâché de l'entendre causer davantage pour connaître au juste ce qu'il sait sur le Vieux. » De qui pouvait-il parler, si ce n'est de M. Bousenna que je ve* nais d'accuser en leur présence?

— C'est vrai, mm-mura M"' Mongis.

— J'ai bien d'autres preuves encore. Lorsque ce faux] agent de police est intervenu dans la cour de la maison du boulevard Bonne-Nouvelle , c'est lui qui a nommé aux gendarmes M. Bousenna, c'est lui qui T^recommandé au commissaire de police en le présentant comme un nota* ble du quartier. Donc, ils«e connaissaient, n'est-ce pas?

— Oi»y da moins, Wfaax ageoJk CAOAaissait le ban* fuier.

— Ite se GMmaias^ienty iious éis-jev car j^e me suis tfOBVom depuis que dix foie iis ont échangé dies sigMS dTiittet^igenc», cl, si je n'avais pas été aveuglé par la ce^ tère, J6 ks Mirais- pris em ftagrant délit de compliciié sous le» yeux du commissaire.

-^ El ee magistrat lui-nètte D*a rien vu?

— R a élé leur d«pe^ comme moi, el quand je loi rappelterai eerfeainesciffconstancesde la visite, il n'aura plus de doutes non plus sur la cocuoâvence 4ii banquier «née cène oié^re qoi tient la misérable auberge où il a logé ses victimes le jour tte leur arrivée à Paris.

— Oui, Baïa a reconnu cette msaison, dit M"* Mongis, et elle cet trop intelligente peur s'être trompée.

-^ £h bien! s'éeria Gambremer,. ne comprenez-vous po» maNiieBant pearquoi le meurtrier de sa mère avait ekoisi ee kouge infâme? N'est-it pas évidente que le moiislre femelle qm garde ce repaire a été placé Là par ee M. Bousenna dont eUe imvoquait si bien le témoignage? Ab ! c'est un babile scélérat que cet homme, •I noire espion d* la rue de la Lune ne ment pas quand il m'écrîA qm Mroulas se tran^^orme à volont^.

— Mais, monsieur, dit timidement Paul Yernier, ne rom sembfe*t4ii pas difâcile que M. Bousenna puisse jouer tant de rôles, lui qui ne quitte jamais son bureau?

•^Peut-être estril seulement affilié à La bande, ajouta li*^Mongps.

-«Je l'ai pensé d'abord, mais maintenant J'ai la certilude que l'hoo^me de la loge de TOdéon, — Biroulaa, si vouavoulezy ~ e'est Bousenna^ car je l'ai reeonjM».

IB CBBYiJ.IBR CÀaSS-CQV 67

— Qttoîl la figiKQ serait la mêiuel s'écxia Paul qui n'avail jamais vu Vassassiu.

— U a ôté la faussa barbe qu'il portait le jour du crimes mais il n*a pu changer ui ses yeux» ui sas dents. Gomment les traits caractéristiques de ce sinistre yisage ne m'oAi-ite pas frappé le jpur où je Tai revu pour la première fois? — c'était avec vous, mou cher Paul, — je rignore; mais ce que je sais^ c'est que uxaintenaat, cet homme fut- il dé^^uis/i eu prêtre ou eu soldat, je crierai» k première vu6 : c'est luit

M""' Mongis commejoçait à se rendre à. L'évidence et Paul, qui avait des rabons personnelles pour se défier de son patron, Paul ne doutait plus.

— Au reste, reprit Cambc^emer^ mon plan est arrêté et la démarche que vous ave^ faite hier pourra m'être utile. Voulez-vous me confier le reçu de la somme que vous avez versée? ajouta- t-il en s'adressant à M."" Mongis.

— tt. Paul ne me Ta pas. encoce remis, dit simpleisieAt U m^e de Marthe.

Si te ebevalier Casse-Gou n'avait pas été absorbé tout entier par ses idées de vengeance, il aurait remarqué Vaffreuse pâleur qui euvobii subitement les traits de son protégé. La phrase que M""' Mongis venait de prononcer avait frappé droit au cœur l'amoureux ' de sa fille. U eut euvie da crier un aveu^ mais le premier pas était fait et le aoui » funeste qu'il avait laissé échapper l'obligeait k aller jusqu'au bout*

— Veuillez me donner • ce reçu,, mon ami, lui dit Gambremer ; j'ai besoin de le voir pour des motifs que vous comprendrez tout à l'heure.

Paul aurait bien pu rcpondve qu'il l'avait laissé chez hû^ mai» il vit leayeux de M.'"'' Moagia sa ftzer sur les

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siens et il crut y lire un soupçon. En même temps, son mauvais génie lui souffla la pensée que son patron allait être arrêté et ne pourrait pas dénoncer le faux, en admettant même que sa signature lui fût jamais présentée.

— 11 est resté dans la poche de mon pardessus, et je vais le chercher, dit-il en se levant brusquement pour passer dans l'antichambre.

11 avait vu là en entrant un encrier et des plumes, — de quoi parfaire le reçu frauduleux qu'il avait déjà à moitié rempli quand Morillon était venu le chercher.

— Avant d'aller avertir la justice, dit Gambremer dès qu'il se trouva seul avec M"* Mongis, je veux me trouver encore une fois face à face avec cet homme, et l'argent que vous avez fait déposer chez lui me servira de prétexte.

— Et vous ne craignez pas...

— Je ne crains rien, car je le verrai dans son cabinet, en plein jour, et, une heure après notre entrevue, il sera arrêté. J'ai hâte d'en finir, car je ne vous ai pas tout dit.

— Quel autre crime ce monstre a-t-il donc pu commettre ?

— 11 veut perdre Paul. Pourquoi l'a-t-il enveloppé dans la haine qu'il nous porte? Je ne sais; mais, depuis six mois, il machine contre ce pauvre enfant des entreprises ténébreuses, et je soupçonne qu'il veut assouvir une vengeance particulière. 11 a connu son père autrefois, et il y a dans ce passé un mystère que je n'ai pas pu pénétrer.

— Mon Dieu ! pourvu que cette fois encore il n'aille pas imaginer quelque ruse infernale! Je tremble que. ••

M""* Mongis fut interrompue par la rentrée de Paul

Vemier.

— Yoici le reçu, monsieur, dit-il en tendant on papier.

Sa voix et sa main tremblaient, mais CSambremer ne s'aperçut de rien ; car, après avoir jeté un coup d'œil indifférent sur la signature, il posa le récépissé sur le manteau de la cheminée.

— Mon cher Paul, dit-il doucement, j'espère que TOUS avez confiance en moi.

— Ohl monsieur, en douteriez-yous? balbutia le jeune homme.

— Non, et la preuve c'est que je vais vous demander de faire une chose qui vous déplaira peut-être.

— Laquelle, monsieur?

— Je vous prie de rester ici jusqu'au jour où nous serons débarrassés de ce misérable. Il ne faut pas qu'il vous revoie.

Paul n'avait garde de refuser, car, pour beaucoup de raisons, cet arrangement comblait tous ses vœux; mais il n'eut pas le temps de répondre. La porte de la salle d'armes s'ouvrit avec une lenteur discrète, et quelqu'un entra qu'on n'attendait guère. Ce personnage, qui apparaissait comme la statue du commandeur, n'était autre que M. fiousenna.

C'était Marthe qui avait introduit M. Bousenna. Elle le suivait de près, et au moment où il franchissait le seuil de la salle d'armes, elle l'annonça timidement.

— Monsieur, dit-elle en s'adressant à Gambremer, voici quelqu'un qui demande M. Paul Yemier et qui croyait le rencontrer chez nous.

En effet, le banquier était allé sonner d'abord chez

M'^^Mougi^ ^ la jeune fille avait été pifesque çffuïée en voyant apparaître cette sombre figure.

£11^ n'^^y^it jamais vu M. Bouseuna, mais elle l'avait deviné. Plus d'une fois, Paul lui avait parlé de Thomme IMQ^ss^ vie ^taii ipQi,omeatanémçnt enchaînée; il avait Récrit ia rébarbative personne et imité le ton rogue ^vdc lequel il s'exprims^it. Aussi Marthe eut-elle tout d'abord bonne envie de fermer la porte au nez de ce 4^aisftnt visiteur; mais elle se ravisa, en pensant qu'après tout, le farouche financier disposait un peu du sort 4e son atmoureux. Elle l'avait donc prié de descendre avec elle au premier élage.

La porte de l'appartement du chevalier Casse-Cou so trouvait ouverte et elle n*eut que la peine de la pousser pour conduire M. Bousenna jusqu'au sanctuaire iutiOie oî^le conseil délibérait en ce moment môme.

4.a jeune flJle ne se souciait pas, pour plus d'un motif, d'assister à la scène qu'elle pressentait. Il lui déplaisait fort d'entendre gronder Paul par son patron, et à peine eut-elle balbutié sa phrase d'introduction qu'elle se retira discrètement. Le banquier resta donc ^ul en présence de trois personnes sur lesquelles son apparition venait de faire un effet prodigieux.

M"^ Mongis avait pâli, Paul était devenu rouge comme une cerise et Cambremer s'était levé aussi brusquement que s'il eût été poussé par un ressort.

Ce qu'il y avait de plus bizarre dans le tableau que présentait cette réunion troublée, c'est que M. Bousenna lui-môme semblait ressentir une partie des impressions qu'il venait de produire. En dépit de son imperturbable aplomb et de la froideur glaciale dont il s'enveloppait habituellement, le financier du boulevard Bonne-Nouvelle avait laissé échapper quelques mar-

tS CHBVAUBft CASSB^GM fi

ques d'étonnement, pour ne pas dire de frajrenr. Ses yeux noirs avaient iancé un éclair en apencevaql le chevalier Gasse-Gou y et uanuage avait passé sur ses traits réguliers et durs. Mais son trouble ne fut que passager et il eut bientôt repris sa tenue roide et ses allures im* passibles.

On se regarda réciproquement pendant quelques secondes, comme des troupes ennemies qui s'obser^ vent avant d'engager le - feu. Gambremer^ toujours bouillant, fut le premier à attaquer.

— G'est trop d'impudence, dit-il en faiisant un p3â au devant du visiteur inattendu; comffleal es6z*vous entrer ici?

— Monsieur, dit sèchement le banquier, je n'ai point affaire à vous. Je viens chercher uil de mes commis que j'attends, depuis uiie heure, à mon bureau, et je vois que je ne me suis pas trompé en supposaat qu^ je le trouverais ici.

— Ici, vous êtes chez moi, s'écria le chevalier que la tolère emportait au-delà même de ses intentions, et il ne tient qu'à moi de vous en chasser sur-le-champ*

— Vous n'aurez pas cette peine, répondit M. Bousenna de plUs en plus ft^oid ; que M. Vemier veuille bien me suivre et ma Visite sera terminée.

— Et qu'avez-vous à lui dire, sll vous plaît?

— Cela ne regarde que moi.

— Pardon, cela me regarde si bien que vousne sor* tirez pas d'ici avant d'avoir répondu à tiaes questiensi dît Cambremer en se pla^jant devant là porte pour bar» rer le passage au banquier.

— Monsie\!ir, répondit celui-ci avec «m sourire forcéi il faudrait cependant nous entendre; tout à Ttoeuie vous vouliefe lA'exjfUlSôt, te îqài, soit ^it «aire peren*

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thèses, est ane impertinence dont Je vous demanderai compte plus tard, et maintenant vous semblez disposé à me retenir par force.

— Misérable I s'écria le chevalier Casse-Cou exaspéré, ce n'est pas moi qui te retiendrai, c'est la justice qui va te demander compte de tes crimes.

M. Bousenna haussa légèrement les épaules et garda le plus dédaigneux silence.

M"* Mongis observait cette scène avec une émotion bien naturelle, mais le sang-froid du banquier commençait à l'impressionner et elle se demandait si les reproches formulés si vivement par Cambremer avaient un fondement sérieux. Elle avait une foi absolue dans la loyauté et dans la générosité de son cher voisin mais elle se défiait quelque peu de Texaltation d'esprit dans laquelle il vivait depuis les derniers événements.

Quant à Paul Vemier, l'arrivée de son •patron l'avait littéralement bouleversé. Il ne doutait plus que son protecteur eût raison de prendre le banquier pour un scélérat, et il aurait bien volontiers apporté personnellement son contingent de preuves à l'appui des accusations de Cambremer; mais le sentiment de sa propre honte l'accablait et lui fermait la bouche.

Le reçu qui portait la signature contrefaite de M. Bousenna, ce terrible reçu était là étalé sur le manteau de la cheminée. Il éprouvait un violent désir de le prendre et de le jeter au feu; puis il pensait que M"' JM ongis le voyait et alors il s'éloignait pour fuir la tentation. Mais le papier fascinateur l'attirait malgré lui, et il se rapprochait peu à peu de ce jnuet témoin de son crime. ^ "/'" ;

Heureusement pour lui, les intéressés avaient d'au-

LE CtfEVALIER GA06E-GOU 73

I1.6S soucis que d'observer ses moa?ementS| et son anxiété ne fut pas remarquée.

— Monsieur, dit enfin le banquier, vous usez de trop gros mots pour que je puisse vous répondre sur le môme ton. J'aurais pu m'attendre à ces excès de langage en me rappelant lés discours que vous teniez bier quand j'ai été assez heureux pour vous rendre seryice; mais, enfin, si tous voulez formuler vos griefs... . — Mes griefs, interrompit Gambremer de plus en plus furieux, je vais te les dire, et puisque tu oses rappeler ce que tu as fait hier, je veux que tu entendes le récit des exploits de tes valets.

— Mes valets I répéta le banquier avec l'air de la plus parfaite innocence.

— De tes complices, que tu avais déguisés en agents de police et qui voulaient m'assassiner.

— Sa folie le reprend, dit M. Bousenna en baissant la voix, mais en s'arrangeant pour que M""* Mongis l'entendît.

— Tune t'attendais pas à m) revoir, n'est-ce pas, cria le chevalier que la colère éj^arait au point de lui faire perdre le fil de ses idées.

— Pourquoi donc, monsieur? demanda le financier sans s'émouvoir; il est vrai que ce n'est pas vous que je venais chercher ici, mais je ne suis nullement surpris de vous y rencontrer.

— Tu mens, et je sais ce qui t'amène. Tu me croyais mort et tu voulais voir par toi-même la maison où on a recueilli la pauvre enfant dont tu as tué la mère ; cette nuit, tu serais revenu et tu serais entré avec des fausses clés, comme un voleur que tu es...

— Madame, dit M, Bousenna, je n'ai pas l'honneur n «

71 LE rnKVATiKH r.ASsi'-cni:

d'être connu de vous, mais j'espère que vous voudrez bien intervenir pour mettre fin à une scène qni n'a déjà que trop duré.

M"' Mongis ne pouvait guère rester indifférente à cet appel, et elle posa doucement la main sur le bras de Cambremer en le regardant d'un air suppliant. Le chevalier fut si frappé de l'expression de ses yeux qu'il fit un retour sur lui-môme.

La violence était un mauvais moyen d'en venir à ses fins, car l'ennemi n^avait pas encore demandé merci, et il opposait à toutes les attaques un calme inquié* taat.

— le n'ai plus rien à faire ici, si M. Vernier refuse de me suivre, reprit tranquillement M. Bousenna; seulement Je crois devoir le prévenir que je ne puis pas garder un employé qui passe ses journées hors de mon bureau, récrirai ce soir même à Saint-Omer pour avertir M"* Vernier de la conduite de son fils.

— Et moi, dit Cambremer qui avait réussi à reprendre un peu de sang froid, je lui écrirai pour lui dire en quelles mains son fils est tombé.

M"' Mongis n'était pas absolument sûre que son ami ne fît pas fausse route en disposant ainsi de l'avenir du jeune homme, et elle crut devoir intervenir.

— Monsieur, dit-elle au banquier, je ne sais ce que vous pouvez avoir à reprocher à M. Vernier; mais, s'il s'agit de son absence d'hier, je vous assure qu'elle avait un motif fort natureL Je l'avais prié de passer chex moi pour lui confier une somme que je voulais placer chez vous, il a bien voulu s'en charger et, ce matin, il n'est vexm ici que pour m'apporter votre reçu.

L'excellente veuve, en donnant cette explication dés

absences de Paul, croyait arranger les choses de façon à tout concilier.

i — Et ce reçu, vous l'avez, madame, demanda M. Beusenna dont les yeux brillèrent.

— Le voici, dit la mère de Marthe en lui tendant le fatal papier.

' Paul porta la main à sa poitrine, comme s'il avait été frappé par une balle, et se laissa tomber sur son fauteuil.

Le banquier avait saisi le reçu avec une prestesse qui aurait suffi pour éclairer M"** Mongis sur les suites de son imprudence. Il l'examina un instant avec attention, le plia soigneusement et le mit dans sa poche. Gambremer le regardait sans comprendre le sens de cette action fort inattendue.

~ Je m'en doutais, dit M. Bousenna d'un ton ironique.

— Que voulez-vous dire? balbutia M"* Mongis toute tremblante.

— Oh! une chose bien simple. Ce reçu est faux.

— Vous mentez encore, s'écria le chevalier.

— Vos injures me touchent peu, répondit sèchement le banquier, mais je veux bien vous apprendre que ma signature a été imitée et même assez grossièrement par votre protégé. Tenez, ajouta-t-il, si vous en doutez, vous n'avez qu'à le regarder.

Le malheureux Paul s'était affaissé sur lui-même et cachait sa figure dans ses mains. Cambremer aurait voulu nier l'évidence, et il se flattait encore qu'il y avait li\ une nouvelle machination de M. Bousenna, mais il perdit bientôt cet espoir.

-^Je comprends tout, reprit l'odieux banquier. M« Yenùer comptait probablement que les menaces d^

monsieur me feraient penr et que je me tairais sur sa honteuse action; mais je lui ferai Toir qu'il s'est trompé dans ses calculs.

— Et que comptez-Yoas faire? demanda Gambremer d'un ton menaçant.

— Ohl fort peu de chose. Déposer ma plainte entre les mains de qui de droit. Si vous avez toujours l'intention de me dénoncer, nous pourrons aller ensemble chez le procureur du roi.

Le chevalier Gasse-Gou devint pâle comme la mort et marcha droit à M. Bousenna.

— Vous allez me rendre ce reçu, dit-il en le regardant bien en face.

M. Bousenna soutint sans broncher le regard de Gambremer.

— Je ne vous le rendrai pas, dit41 avec un calme glacial, et je suis étonné que vous me le demandiez.

Le chevalier Gasse-Gôu fit un mouvement pour se précipiter sur son insolent adversaire, maisM"** Mongis l'arrêta.

— Monsieur, dit-elle au banquier, je ne sais si M. Yernier a commis la faute dont vous l'accusez, mais vous conviendrez que, fût-il coupable, je suis seule lésée dans cette affaire. G'est donc à moi seule qu'appartient le droit de porter plainte, et je vous prie...

— Pardon, madame^ mais je suis obligé de vous dire que vous vous méprenez étrangement.

Un crime a été commis, et tout citoyen honnête a non-seulement le droit, mais le devoir d'avertir la justice. L'intérêt social est engagé, et où irions-nous, bon Dieu, s'il fallait fermer les yeux sur de pareik méfaits?

Pour {NTononcer ee Ttrtneox discours, M. Bousenna

LB CHEYAUBB CAS8B-C0U 77

avait éprouvé le besoin de prendre le ton nasillard et solennel que Monnier a prêté plus tard au célèbre Joseph Prudhomme. La veuve ne se laissa pas prendre à cette mise en scène.

— Vous êtes maître de vos actions, monsieur, dit-elle sans se déconcerter, mais vous ne nierez pas que ce reçu est ma propriété et qu'en le gardant vous commettriez vous-même un acte déloyal.

— Pourquoi donc? Peu importe, puisqu'il est faux, qu'il soit dans votre poche ou dans la mienne ! D'ailleurs, je n'ai pas de ménagements à garder dans une maison où on vient de m'insulter et de me menacer. Si on me dénonce, je veux être en mesure d'édifier les magistrats sur la moralité de ceux qui m'accusent.

— Ahl je comprends, s'écria Cambremer, c'est un marché que le misérable ose me proposer. Si je consens à lui accorder l'impunité, il me rendra ce papier.

— Si tel était mon calcul, dit le flbiancier avec un mauvais sourire, avouez que je n'aurais pas tout à fait tort.

— Peut-être, dit le chevalier d'une voix vibrante, mais vous oubliez que vous êtes ici Chez moi et que vous n'en sortirez pas sans ma permission.

Cambremer avait quelque raison de parler ainsi, car il venait de décrocher d'une panoplie fixée h la muraille une longue épée qu'il brandissait furieusement.

— Fort bien I reprit M. Bousenna, il parait que tout en me traitant d'assassin vous voulez m'assassiner. A votre aise, monsieur; seulement, je vous préviens que vous n'y gagnerez pas grand'chose. On sait dans mes bureaux que je suis venu ici pour chercher M.Yernier, et, si je tardais trop à rentrer, il ne manquerait pas de

78 LE CIBrÂLtn CÂSSâ-dCMJ

gens qui Tiendraient vonft demander oe que to«s ttez fait de moi.

— Je ne veux pas tous tuer, mais je Teux que tous

me donniez £e papier.

— Et moi je tous dis que, pour TaToîr, tous serez forcé de me percer aTec cette longue broche que tous manies si bien, car je suis plus fort que tous el^ tant que je serai Tivant, tous ne parTiendrez pas à me l'arracher.

Ce sang-froid ironique porta la rage de Gambremer à son paroxysme et il semblait tout disposé à se jeter sur M. Bousenna, sans réfléchir daTantage aux suites désastreuses que pouvait aToir une pareille violence. Mais au moment oti il écartait M*"* Mongis, qui s'était placée prudemment entre lui et son ennemi, le cheTalier Gasse-Gou Tit son protégé se lOTer du fauteuil où il étah resté comme anéanti.

Jusque-là, Paul Yemier avait assisté sans prononcei une parole à la terrible scène dont il était la cause, mais rénergie lui revint quand il comprit le danger auquel son sauveur allait s'exposer pour lui. Il vint droit à M. Bousenna et lui dit d'un ton ferme :

— Je suis coupable et je suis prêt à subir toutes les conséquences d'une impardonnable faiblesse.

— Vous entendez cet aveu, madame, interrompit le banquier; je vous préviens que, devant la justice, j'aurai recours à votre témoignage.

-^ C'est inutile, monsieur, reprit le jeune hoffltoe, car je ne rétracterai rien de ce que je viens de confesser, mais je dirai aussi que si j'ai commis une action honteuse, c'est vous qui tn'y avez poussé.

— Voilà du nouveau! articula M. Bousenna en haussant les épaules.

-^ Je dirù que vous m'aves tendu ua piég« ialâJBAe. Je dirai que j'ai voulu hier vous remettre rargeut qu'on m'avait confié et que vous avei refusé de le recevoir, parce que vous connaissiez ma malheureuse passion pour 1» jeu^ parce que tout était préparé pour me tenteTi*.

— Je crois en vérité que vous perdei l'eaprit^ monsieur« Si j'avais su que vous fussiea joueur, tous ne séries pas resté un jour dans ma maison»

-«Vous le saviea si bien que deux fois déjà tous m'a» viea fourni l'occasion de me déshonoreri en me cmr fiant des sommes que vous me forciez à garder jusqu'au , lendemain ; quand je vous les ai fidèlement rapportées, votre visage a trahi votre désappointement, car Thorrible femme qui vous sert d'agent vous avait dit. que j'avais passé la nuit à Frascati et que j'avais t^ut perdu.

— • Allons I j'en apprends de belles et il était temps que le hasard me révélât vos fredaines, dit le Ûnanoier avec une rare impudence.

^— M. Gambredier attestera au besoin que je ne mens pas, car il a généreusement réparé ma première fapte. Pour la seconde, je ne ehercïierai pas à m'exouaer, mais je raconterai ce qui s'est passé dans l'hôtel de la rue Basse-du-Rempart; je nommerai votre ti) complice, ce prétendu baron de Taulade, qui m'atteodiût avec une bande d'eserocs pour me dépouiller» et je dirai que vous m'aviez eovoyé dans ee eoupe-(orge. Partons maintenant, monsieur Bousenna, je suis prêt à vous suivre ohei le commissaire de police.

Après cette vigoureuse scfîtie de Paul, il j e^l un moment de silence. M"""" Mongiaémue jusqu'au ft>ad du cœur avait les larmes aux jeux, et Qembremer te 4e-

fO LE CHETALIBB CASSB-COU

mandait si son jeune ami n'avait pas raison et s'il ne valait pas mieux porter sur-le-champ le différend devant un magistrat, si tant était que le financier osât s'y présenter.

— Cest un conte des Mille et une Nuits que vous me faites lày dit M. Bousenna avec un aplomb imperturt>able, et je n'y comprends guère qu'une chose, c'est qu'il vous plaît de calomnier aussi un homme respectable qui m'honore de son amitié. Vous pourrez tout à votre aise répéter au commissaire le roman que vous venez de débiter, seulement je doute fort qu'il le prenne au sérieux.

Et se tournant vers Cambremer, qui avait toujours l'épée à la main, le banquier ajouta :

— Je suppose, monsieur, qu'après les excellentes justifications que vous venez d'entendre de la bouche de votre protégé, vous ne voyez plus d'inconvénients à me laisser partir. Une innocence aussi bien établie n'a certainement rien à craindre.

En dépit de son caractère décidé, le chevalier Casse- Gou éprouvait en ce moment toutes les tortures de l'incertitude. D'un côté, il brûlait d'en finir avec le scélérat qu'un hasard providentiel lui livrait; de l'autre, il ne pouvait pas se dissimuler que, si la lutte s'engageait judiciairement, l'avantage pourrait bien ne pas restera la bonne cause.

L'embarras de Gambremer se lisait trop clairement sur sa figure pour échapper longtemps à Tœil clairvoyant du banquier. Aussi reprit-il la parole eii changeant de ton avec une facilité qui faisait honneur à la souplesse de son esprit : '

— Monsieur, ditril doucement, je viens de vous faire entrevoir les suites que pourrait avoir une lutte entre

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nous. Pour ma part, je ne les crains pas, et je ne vous empêche point de dénoQcer mes prétendus crimes. Je me réserve seulement d'user dans ce cas-là des armes que j'ai entre les mains; mais, au fond, je ne veux pas, comme on dit, la mort du pécheur, et...

— Expliquez-vous nettement, interrompit CSambremer, je n'ai pas le temps de deviner des énigmes.

— Soit. Je voulais vous dire que si vous prenez le très sage parti de me laisser en repos, je m'abstiendrai de déposer une plainte contre M. Yemier. Qu'il cherche une autre place, c'est tout ce que je lui demande pour le OQoment. Mais si on m'attaque, j'ai dans ma poche une arme pour me défendre.

Le chevalier Gasse-Gou allait répondre par un refus indigné au pacte qu'on lui proposait, quand on sonna vivement à la porte. Il eut le bon sens d'attendre d'être fixé sur la visite qui s'annonçait ainsi et, comme il ne voulait pas perdre de vue M.Bousenna,il priaM'^^Mongis d'aller ouvrir.

Un instant après, la îmère de Marthe introduisit un "individu d'assez piètre mine dont la figure était complètement inconnue des habitants de la rue Pérou.

— C'est à M. Cambremer que j'ai l'honneur de par* 1er? demanda le nouveau venu.

— Oui, monsieur. Qu'y a-t-il pour votre service ? dit brusquement le chevalier impatienté de ce dérangement intempestif.

— Monsieur, reprit le personnage, je suis envoyé par la Préfecture de police.

Cette énonciation de sa qualité produisit sur tous les assistants un effet assez marqué. Les yeux de Cambremer brillèrent, ceux du banquier se baissèrent comme pour éviter de croiser un regard avec l'agent; M"' Mon-

lA CUYAUBft GAMB-GOU

gl» 66 trouMa et Pftal devint d'une pâleur livide. Gh«* cun expliquait à sa façon cette entrée inatteDdue, mais personne n'osa faire ses réflexions tout haut*

— Je suis chargé, monsieur, reprit le visiteur, de vous demander si vous connaisses un individu qui se donne le nom de Jacques Gourapied, dit Cassonade.

— Lui seraitril arrivé malheur? s'écria Cambre* mer4

— Je vous serais extrêmement obligé de vouloir bien d'abord répondre à la question que je viens d'avoir l'honneur de vous adresser.

— Si je le connais l mais c'est mon voisin, mon ami, le plus brave de tous les serviteurs.

•^ Il a prétendu, en effet, qu'il était à votre service, et c'est pour vérifier cette indication que je viens ici.

— Mais au nom du ciel, que s'est-il passé?

*^ Je ne tois aucun inconvénient à vous l'apprendre. Gel homme a été arrêté celte nuit dans l'île Louviers, et il n'a jamais pu expliquer d'une manière satisfaisante sa présence dans les chantiers où se commettent beaucoup de vols...

— Il est innocent, je réponds de lui comme de moimême •

— C'est ce qu'il faudra dire à M» le comniissaire, répondit évasivement l'agent de police; mais je ne vous dissimulerai pas que le nommé Courapied a été trouvé nanti d'une somme très importante, an billets de banque...

— Les dix mille francs de Gévaudan, s'éeria étourdimént Cambremer ; c'est moi qui les lui ai coni4a hier matin.

— De plus, il était en compagnie de trois hommes qu'il prétend ne pas connaître, mais que noua eonnaii-

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