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vinait qu'il n'appartenait point au service actif, et que, dans la redoutable administration de la rue de Jérusalem, il occupait de paisibles fonctions bureaucratiques. Du reste, il se chargea de détruire les préventions du chevalier Gasse-Gou, car il ajouta modestement :
-» Votre déclaration, monsieur, sera d'une grande importance, mais il vaudrait mieux la faire directement à la Préfecture, car je sub tout simplement secrétaire du commissariat de l'Ile Saint-Louis.
— Êtes-vous venu seul? demanda vivement Cambremer.
— Non, je me suis fait accompagner par le gendarme qui était de planton chez nous.
— Où est-il?
— Je. lui ai dit de m'attendre dans la rue, parce que je ne voulais pas faire d'esclandre dans une maison honnête.
— De sorte que, si une arrestation était nécessaire ici, vous auriez quelqu'un pour vous prêter main-forte?
— Sans doute, et je ne vous cacherai même pas que M. le commissaire m'a fait escorter, dans la prévision que le cas dont vous parlez pourrait se présenter. Ce n'est pas qu'il eût de mauvais renseignements sur vous; mais, vous comprenez, on ne sait jamais ce qui peut arriver, et, mafoil...
— Alors, s'écria. Gambremer en faisant un pas vers M. Bousenna, je n'ai plus qu'à vous désigner on coupable, je vais...
— Il ne s'agit point maintenant d'arrestation, interrompit M*"* Mongis en se plaçant de manière à empêcher l'agent de police de voir les gestes des deux adversaires.
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Tout en parlant, la veuve avait lancé à Gambremer un coup d'œil significatif.
Cette scène à cinq personnages était alors bien curieuse à observer.
Dès qu'il avait vu intervenir M*"* Mongis, M. Bousenna avait suspendu à la fois son discours et son mouvement, mais il avait gardé une attitude menaçante, car sa main restait appuyée sur la fameuse poche où il cachait une arme bien plus dangereuse qu'un poignard. Le chevalier Gasse-Gou comprenait que sa voisine était d'avis de conclure la trêve proposée par l'ennemi, et il hésitait à passer outre en le dénonçant. Paul Yemier attendait dans la. pose résignée d'un coupable assistant à la délibération des juges qui vont décider de son sort. Quant à l'employé du commissariat, sa mine ahurie attestait qu'il ne comprenait absolument rien à tous ces propos interrompus.
— Où se trouve en ce moment M. Gourapied? demanda M""* Mongis qui avait hâte de mettre fin à cette situation tendue.
— L'homme du chantier? dit Tagent, mais il est chez M. le commissaire qui l'interroge depuis plus d'une heure, et qui m'a bien reconmiandé de revenir le plus tôt possible.
— Ne pensez-vous pas, monsieur Francis, reprit H"* Mongis qui voulait se hâter de profiter de ses avantages, que le mieux serait d'aller délivrer promptement ce pauvre garçon?
L'excellente femme avait trouvé l'endroit sensible. Quand on parlait â Gambremer de son cher écuyer, on était sûr de lui faire tout oublier, et cette fois, comme toujours, le résultat souhaité fut obtenu.
-» Oui, certes, s'écria le chevalier, je veux aller sur-
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le-ûhâttip atteste!' ftoti Innocence. Ce que j'avais à dire à monsieur, ajouta-t-il en désignant Tagefit de police éf et regardant le banquier, Je le dirai au magistrat et j'ai la certitude qu'on voudra bien me croire.
M. Bousenna avait compris à merveille la menace enveloppée dans cette phrase; mais, à la grande surprise de son adversaire, il ne s'en émut nullement, et parut même très disposé à saisir l'occasion de terminer une conférence orageuse. Ce cnlme irrita Gâmbremer et le poussa à tenter une attaque plus directe.
^ Je suppose que vous ailes me suivre chet le commissaire, dit^l d'un ton provocateur.
-^ Désolé I cher monsieur, répondit le financier avec une désinvolture parfaite ; les aS^ires me réclament et on m'attend à mon bureau. D'ailleurs, je ne tous serais pas, que je sache, d'une grande utilité dans le petit voyage que vous allés entreprendre.
~* Trôve de plaisanteries. Vous saves très bien que votre présence est indispensable là où je vais.
— Pourquoi donc, cher monsieur? Votre honorabilité personnelle est plus que suffisante pour couvrir ce... comment l'appelez-vous... aht Cassonade... pour couvrir, dis-je, ce garçon qui vous intéresse si fort et, comme je ne le connais pas du tout, il est clair que ma recommandation ne servirait à rien.
Cet odieux peréifflagê réveilla toutes les eôlères du obevalier.
— Vous voulez donc que j'appelle le geûdaKne, pour voua y eoïkdairê, cria-t^tl en faisant un pas vers la flmétre qni donnait sur la rue oH stationnait la représentant de la force publique. M. Bou^enna ne chercha point à le retenir, mais il tira .de sa pochè vn papier qu'il aiféclà d'examiner avec attention.
■\ -^ Je piÛB d'autant tnoias tous accompagner à TQo
•Saint-iiOniSy dit-^il avec un incroyable sang-froid, que
je retrouve dans mon portefeuille un document très
important et que j'ai hâte de rentrer chez moi pour le
placer dans la caisse où je serre mes titres.
II n'y arait pas moyen de se méprendre sur le sens de ce petit discours à double entente, car Gambremer avait reconnu du premier coupd'œil le fatal reQU. L'afreux BoUsenna tournait entre ses doitgs le chiffbfl de papier et, pour les assistants qui comprenaient les sousentendus de cette manœuvre , il était clair que le banquier jouaitavec lerécépiseéavant des'en servir, demèmeqa'un homme attaqué arme son pistolet avant de faire feo.
A e» moment, la porte t'entr'onvrit et Marthe montra timidement son doux visage que l'émotion embellissait encore. Le motif qui l'amenait n'était pas diffioile à deviner* A sa pâleur^ à Tanxiété qu'on lisait dans «es yeux, on pouvait aisément comprendre que la durée de la conférence l'inquiétait. Peut^tre avait*elle remarqué les allées et venues qui se faisaient autour- de la maison et aperçu de sa fenêtre le tricorne galonné du gendarme. Elle venait évidemment vcâr ce qui se passait chez ton voisin le chevalier, et la présence de Paul Yemier était, certes, pour quelque chose dans l'indiscrétion qu'elle commettait en se présentant ainsi sans avoir été appelée.
Le pauvre amoureux aurait voulu être bien loin, et il aurait suis doute préféré la prison dont on le menaçait à la cruelle situation que lui faisait l'arrivée de la 4eutie £Ue. A la pensée de confesser sa honte devant celle qu'il aimait, tout son être se révoltait, et il oherchait des yébx une arme quelconque pour m soustraire par la moirt à cet horrible supplice.
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Marthe n'eat pas le temps d'ouvrir la bouche pour expliquer ce qu'elle Tenait faire, car sa mère s'empressa de prendre la parole. M""* Mongis youlait, avant tout, sauver Paul et elle comprenait que Dieu lui envoyait dans la personne de Marthe un auxiliaire excellent Gambremer connaissait trop les sentiments qui liaient les deux jeunes gens et il avait le cœur trop bon pour vouloir humilier son protégé devant sa petite amie.
— Ma fille vient me rappeler que notre chère Ba!a a besoin de moi, dit la veuve; je crois, mon cher voisin, qu'il serait temps de partir pour l'île Saint-Louis.
Elle appuya cette phrase d'un coup d'œil si éloquent que Gambremer sentit s'ébranler sa résolution.
Accuser immédiatement Bousenna, c'était prononcer l'arrêt de mort de Paul Vemier, dont le visage exprimait en ce moment la ferme volonté de se tuer si, comme on n'en pouvait douter, son patron ripostait en le dénonçant. D'un autre côté, l'issue de la lutte qui allait s'engager était fort douteuse; car, en présence de deux affirmations contraires, l'employé de la police ne manquerait pas de remettre à la gendarmerie la solution de la difficulté.
C'était se présenter devant le commissaire dans de bien mauvaises conditions que 'd'y arriver au milieu d'un enchevêtrement d'accusations réciproques, et le rusé Bousenna était assez habile pour obtenir gain de cause. Au contraire, en laissant partir son ennemi, Gambremer gagnait un temps précieux, le temps d'expliquer à l'autorité qui retenait Gassonade l'origine de cette affaire embrouillée^ le temps de réunir et de grouper des témoignages.
N'y avait-il pas à l'Hôtel-Dieu un bandit subalterne qu'on pouvait interroger et qui se déciderait peut-être
à tout ayouer avant de mourir? Le chevalier se disait qu'il serait bien plus fort contre Bousenna-Biroulas quand il aurait édiûé la justice sur les antécédents criminels de ce monstre. Rien ne Tempècherait alors de raconter aux magistrats mieux éclairés l'histoire du malheureux Paul et de faire valoir en sa faveur les circonstances atténuantes. Il réfléchissait encore qu'un banquier patenté, notable de son quartier et chargé de grosses affaires, ne disparaît pas comme le premier venu et que M. Bousenna serait facile à retrouver, surtout si on feignait pour le rassurer, d'accepter ses conditions.
Tous ces raisonnements, le chevalier Gasse-Gou les flt en moins de temps qu'il n'en faut pour les écrire.
-» Vous avez raison, monsieur, dit-il à Bousenna, je puis me passer de vous aujourd'hui et je ne vous retiens plus.
— Mille grâces, répondit le financier d'un air dégagé ; je cours chez moi pour mettre ce document en sûreté, ajouta-t-il en faisant disparaître le reçu dans sa poche, mais je vous prie de croire, cher monsieur, que je reste entièrement à vos ordres.
Et, après avoir .salué avec beaucoup d'aisance M*"* Mongis et sa fille, M. Bousenna sortit sans se presser.
00 tB CHEVALIER GASSE-COU