ACTE I, SCÈNE VI
nangis, à Magloire , à la table.
Vous appelez ça du vin du Midi, c’est de la piquette...
N’est-il venu personne me demander?
GILLETTE
Si fait, mon beau monsieur... il y a justement là un gentilhomme qui veut vous parler.
M mc d’herbelay, à part.
Lo gentilhomme arrivant de Paris!... Allons, du courage... c’est pour celui-là, surtout, qu’il faut être le chevalier d’Essonne ! Gillette, à voix basse.
Dites donc, monsieur, pendant que nous sommes quasi seuls et qu’on ne nous regarde pas... si vous le voulez encore... moi je le veux bien.
M mB d’herbelay.
Tu le veux bien, quoi?...
GILLETTE, plus bas. *
Prenez vite... ce que vous m’avez demandé hier soir...
M mc d’herbelaï.
Hein?
GILLETTE
Ah! mais dépêchez-vous!
, j M mc d’herbelay, à part.
Que devait donc demander le chevalier ?
GILLETTE
Eh bien ! vous étiez si pressant hier.
Air : Le fleuve de la vie.
Un baiser sur ta blanche épaule,
Disiez-vous, ça n’ peut s’ refuser...
M me d’herbelat.
Comment donc finira mon rôle,
S’il commence par un baiser?
(Parlé.) Allons 1 ( Elle embrasse Gillette.)
magloire, à Nangis.
Messire, ce bruit nous annonce Que 1’ message est rempli, je crois.
nahgis, se levant et pressant Gillette.
Très-bien, ma chère : alors, tu dois
Me rendre la réponse. (Il l’embrasse à son tour.)
Gillette, s’échappant.
Oh! il embrasse bien plus fort, celui-là...
nangis, saluant.
C’est' à M. le chevalier d’Essonne que j’ai l’honneur de parler? M mc d’herbelay.
Oui... 011L monsieur. (A part.) A merveille, il ne connaît pas
mon frère.’..
Vous ne sauriez croire à quel point cette rencontre me rend joyeux... (Du geste, il renvoie Gillette et Magloire .) On vous a dit que je me nommais le vicomte de Nangis... Nos deux familles furent alliées autrefois et sont restées amies, quoique séparées l’une de l’autre. Décidé à prendre du service, reçu d’avance dans la compagnie des mousquetaires de M. le cardinal, j’ai pris, il y a huit jours, congé de mon digne père, qui sachant M. le chevalier d’Essonne à Paris, m’a dit : Sois l’ami du fils, comme je fus jadis l’ami du père... On nous appelait autrefois les inséparables... joie ou douleur, fortune ou gène, tout était commun entre d’Essonne et Nangis. • — Vive Dieu ! m’écriai-je, bon sang ne peut mentir, j’irai trouver M. d’Essonne et je lui dirai : Nos pères furent amis, soyons frères. Je partis donc, emportant pour vous une amitié toute faite et une lettre de recommandation que voici.
M me d’iiebbelay, à part, prenant la lettre.
Rien à craindre de celui-là. [Haut.) Monsieur, le nom de Nangis suffisait pour vous assurer le dévouement de quiconque porte le nom d’Essonne.
NANGIS
Ainsi, monsieur, vous voulez bien être à moi, comme je'compte être à vous, c’est-à-dire, à la vie, à la mortl... Ah! nous autres enfants du Midi, nous avons le cœur chaud comme la tête... Touchez-là, mordieu ! et appelez-moi votre ami.
M me d’herbelay, à part, souriant.
Quelle bonne et franche nature.
NANGIS
Votre main... là, dans la mienne... voulez-vous?
M me d’hERBELAY.
De grand cœur, monsieur...
Oh ! non, non, pas celai...
M me d’herbelay, souriant.
Mon ami !...
NANGIS
Ce mot-là dans votre bouche me fait un plaisir... vrai ! j’en suis tout ému.
M“ e d’herbklay, à part.
Pauvre garçon !
NANGIS
Maintenant, mon cher ami, permettez-raoi...
M me d’uebbelay, à part.
Est-ce qu’il va vouloir m’embrasser 1... Oh! non, par exemple!..» nangis, se reprenant .
Permettez-moi de vous arrêter...
* M me d’Uerbelay, Nangis.