ACTE 1, SCENE VI
M“® D’HERBELAY.
Hein ! que dites-vous?
La vérité, l’horrible vérité!... trois mots vous mettront au fait. Én arrivant h Paris, j’allai rendre mes devoirs et montrer mon Uniforme à M. de Mazarin. Après lui avoir exprimé toute ma reconnaissance, je lui jurai que j’étais h lui corps et Ame... J’allais me retirer, quand son Eminence me rappelle. — Les dettes s’oublient vite, monsieur de Nangis; je ne veux mettre à une trop longue épreuve ni votre reconnaissance ni votre mémoire... vous allez me servir dès aujourd’hui. — Où faut-il courir, Eminence, au bout du monde? Je suis prêt... Et parole d’honneur, j’y serais allé. — Non, dit en souriant le cardinal, il s’agit simplement d’aller jusqu'à Auxerre; arrivé là, vous demanderez M. d’Essonne ; vous vous assurerez qu’il est bien au château de M ffle d’Herbelay, sa sœur... Je suis donc venu, j’ai vu... et voilà pourquoi, mon cher ami, vous êtes mon prisonnier.
M®' D’nERBELAY.
Mais il me semble, monsieur de Nangis, que voilà votre mission remplie; vous pouvez aller dire au Cardinal que vous m’avez vu fort paisiblement installé dans ce château, et...
NANGIS
Ah! bagasse, ce n’est pas tout!
M me d’herbelaï.
Comment I
NANGIS
Monsieur le Cardinal vous porte, à ce que j’ai pu voir, le
f lus vif intérêt, car il m’a donné l’ordre de vous ramenor à aris.
M me d’iierbelay.
A Paris ?
NANGIS
Mort ou vif.
Oh ! mon Dieu ! Et vous avez accepté une semblable mission, vous, monsieur de Nangis!...
NANGIS
Je ne pouvais pas mieux commencer mon rôle d’inséparable... car je ne dois pas vous perdre de vue une minute... nous allons nous mettre en route.
M m * D’HERBELAY.
Aujourd’hui ?
NANGIS
Sur-le-champ, le temps seulement de déposer mon hommage aux pieds de la noble châtelaine de ce manoir; vous allez me présenter n’est-ce pas ?
LE CHEVALIER D’ESSONNE
M rae D’HERBELAY.
Ce serait de grand cœur, mais madame d’Herbelay est partie chez notre oncle le commandeur.
NANGIS
Dieu ! c’est jouer de malheur. Dans ma famille, c’est un écho d’éloges sur votre sœur : les femmes mêmes en disent du bien.
M me d’herbelay.
Ces dames ont peut-être trop d’indulgence.
Sang-Dieu, j’aurais voulu en juger par moi-même... mais pnisque c’est impossible... partons... nous avons trente lieues à faire, mais vous devez avoir un bon cheval, et en galopant toute la nuit.
d’herbelay.
Trente lieues à cheval!... miséricorde!...
NANGIS
Si vous êtes fatigué... je vais faire ateler une petite voiture à deux places dans laquelle nous voyagerons de compagnie.
M me d’herbelay, à part.
Dans quel guêpier, me suis-je mise, mon Dieu ! *
NANGIS
Holà! garçon! la fille! (Gillette paraît.) Va faire atteler la carriole à deux places.
M me d’herbelay.
Mais du tout, monsieur, je ne veux pas...
NANGIS
Vous aime? mieux le cheval ?
M m ® d’herbelay.
Mais non... je ne veux pas partir...
NANGIS
Monsieur d’Essonne, je me ferai tuer demain pour vous avec le plus grand plaisir, mais aujourd’hui, vous me tuerez ou vous me suivrez ! Ah ! je suis soldat, je ne connais, que ma consigne.
M m ' d’herbelay, à part.
Que dire? que faire?... avouer ma ruse, c’est impossible!... cet homme est dévoué au Cardinal, mieux vaut partir, gagner du temps. (Haut.) Je pourrai emmener Réné, mon intendant?
NANGIS
Certainement ! il montera devant ou derrière à son choix.
M me d’herbelay, à part.
Ah! mon Dieu! nous serons seuls.
Gillette, rentrant.
La carriole est prête.
, M“ e d’herbelay.
Déjà ! Oh ! je ne puis m’éloigner sans Réné...
* Nangis, M me d’Herbelay.